Édition internationale

DIPLOMATIE – Sarko s'échine en Chine


Le Président français est en Chine pendant trois jours, jusqu'à vendredi, l'occasion de sceller la réconciliation entre les deux nations aux relations tumultueuses. Aborder des sujets délicats sans pour autant vexer Pékin, la tâche n'est pas aisée pour Nicolas Sarkozy. L'amitié chinoise, ça se mérite

Le Président de la République est arrivé mercredi matin en Chine. Nicolas Sarkozy va consacrer trois journées complètes à sa visite de l'Empire du Milieu, l'une des plus longues jamais effectuées par le Président à l'étranger. Il s'est accompagné pour l'occasion de chefs d'entreprise mais également de cinq ministres, dont celui des Affaires étrangères,  Bernard Kouchner, de l'Economie, Christine Lagarde et de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo. Sans oublier non plus son atout charme : son épouse Carla. 

Opération séduction
Lors de cette visite officielle, le chef de l'Etat va rencontrer son homologue chinois, Hu Jintao (AFP) ainsi que le président de l'Assemblée nationale populaire, Wu Bangguo. Le président ira également visiter le pavillon de France et assister à la cérémonie d'ouverture de l'Expo 2010 à Shanghai. Mais le couple présidentiel passera également beaucoup de temps à visiter des lieux culturels chinois majeurs : le site historique de Xi'an et son armée de terre cuite, une parcelle de la Grande Muraille, des tombeaux de la dynastie Ming et la Cité interdite. Pour l'un des intermédiaires principaux des relations sino-françaises, l'ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, ces visites touristiques d'ordre privé démontrent "l'intérêt [que le président] porte à la civilisation chinoise".

Fin de la guerre froide
Le chef de l'Etat veut prouver qu'il fait du "renforcement du partenariat franco-chinois une priorité", comme il l'a affirmé dans une interview à l'agence Chine nouvelle. Lors de son premier voyage officiel en Chine en novembre 2007, Nicolas Sarkozy souhaitait "faire mieux" que Jacques Chirac, l'ami de toujours. Il avait réussi à décrocher un record de 20 milliards d'euros de contrats commerciaux.  Mais les relations entre la France et la Chine s'étaient fortement détériorées l'année suivante. La position française suite à la situation tibétaine, les menaces de boycott des J.O de Pékin, l'annulation du sommet UE-Chine ?, autant de raisons pour les autorités chinoises de bouder Paris. La diplomatie française n'avait pas mâché ses efforts pour caresser Pékin dans le sens du poil. La hache de guerre a été définitivement enterrée avec la visite du Premier ministre, François Fillon, en décembre dernier. Si l'heure est à la réconciliation, le président français ne devrait pourtant pas éluder le thème cher à l'électorat français à savoir : le respect des droits de l'Homme. Nicolas Sarkozy insistera également pour que la Chine, membre du Conseil de sécurité de l'ONU, soutienne la nouvelle salve de sanctions à l'égard de l'Iran, l'un de ses premiers importateurs de pétrole.

Un retour donnant-donnant
S'il ne reniera rien, Nicolas Sarkozy marchera tout de même sur des ?ufs. Il l'a affirmé : le monde a "besoin de la Chine pour faire face aux grands défis du XXIè siècle". La France ne peut pas se passer d'un tel partenaire économique. Le gouvernement compte d'ailleurs fêter ce dégel des relations sino-françaises avec de nouveaux contrats qui devraient être officialisés lors de la visite du président chinois à Paris à l'automne prochain. La France n'oublie pas non plus qu'elle sera bientôt à la tête du G20, on évitera de froisser la Chine en parlant trop du yuan et en se promenant avec un pin's du Dalaï-lama. Mais avec l'ouverture de l'expo universelle, la Chine ouvre également grand les bras à ses partenaires occidentaux. Alors que les autorités de Pékin tentent de débloquer l'embargo européen sur ses ventes d'armes, elles savent que la France reste son principal allié sur le vieux-continent.  La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Jiang Yu a déclaré que 2010 marquait "une nouvelle opportunité de développer les relations sino-françaises". L'Elysée acquiesce et espère "le retour à une relation de partenariat stratégique global sans nuage". Mais le ciel restera-t-il longtemps dégagé entre Paris et Pékin ?
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mercredi 28 avril 2010

En savoir plus

Article de l'Express, En Chine, Nicolas Sarkozy pratique la diplomatie du tourisme
Article du Figaro, Sarkozy et la Chine, trois ans de relations compliquées

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