

La maison de haute couture Dior se sépare de son directeur artistique emblématique John Galliano, suite aux propos antisémites qu'il aurait tenus dans un café parisien. Une onde de choc dans le monde de la mode, qui met fin à plus de dix ans de collaboration entre la célèbre griffe et le créateur
Il avait été mis à pied dès vendredi dernier par la maison Dior, en raison d'accusations antisémitismes émises par un couple de Parisiens, la veille, à son égard. John Galliano (Photo AFP) sera finalement licencié par la marque française après qu'une vidéo rendue publique lundi ait confirmé les charges qui pesaient contre lui. Depuis, les témoignages présentant un personnage instable, à l'alcool mauvais, se multiplient.
Galliano? "Il se déchire la tête"
Alors qu'il a été confronté lundi au couple qui l'accuse d'avoir proféré des injures antisémites, un autre témoignage met à mal le créateur. Il s'agit cette fois d'une femme qui accuse la star de l'avoir insultée il y a quelques mois, dans le même café parisien, où il a apparemment ses habitudes. Et lorsqu'est rendue publique, lundi, une vidéo dans laquelle on peut voir le directeur artistique injurier une autre femme, Dior décide que c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase et engage une procédure de licenciement. Réalisée à l'aide d'un téléphone portable, en décembre dernier, la vidéo présente un John Galliano qui affirme "aimer Hitler" et qui ajoute: "Les gens comme vous devraient être morts. Vos mères, vos ancêtres, tous devraient être gazés". Dès lors les déclarations accablantes à l'encontre du célèbre couturier émanent de sources différentes. "Depuis quelques semaines il se déchire la tête avec l'alcool, beaucoup de champagne et sans doute autre chose" relate un témoin proche de Galliano. Un jeune créateur parisien, qui a souhaité conserver l'anonymat, explique à l'AFP qu'il ne "compte plus le nombre de fois" où il l'a vu "se prendre des caisses et être ramené chez lui". D'après lui, une "cure de désintoxication" s'imposerait même. Une autre source le décrit ainsi: "C'est un artiste, mais son addiction est devenue problématique, il ne donne presque plus d'interviews et fait de plus en plus fait de scènes".
Mercredi - alors que Galliano présentait ses excuses - le parquet de Paris a décidé de poursuivre le styliste, pour "injures publiques envers des particuliers à raison de leur origine, de leur appartenance à une religion (...) proférées à l'encontre de trois victimes". Il risque 6 mois de prison et 22.500 euros d'amende.
Si dimanche, Natalie Portman, Oscar de la meilleure actrice, et égérie du parfum Miss Dior Chérie, n'a pas choisi de porter une robe de la griffe pour l'occasion, ce n'était pas un hasard. La jeune comédienne a déclaré dans un communiqué: "En temps qu'individu fière d'être juive, je ne souhaite pas être associée avec Mr Galliano de quelque façon que ce soit". Le mot de la fin revient à la maison de haute couture qui "a décidé sa mise à pied et a engagé à son encontre une procédure de licenciement".
Un débordement qui tombe à pic?
Arrivé à Paris au début des années 1990, John Galliano, fils d'un père anglais et d'une mère espagnole, ne tarde pas à se faire un nom dans le monde de la mode. Cet enfant surdoué de la haute couture rafle de nombreuses récompenses prestigieuses avant de collaborer un an avec la griffe Givenchy. 1997, année où Dior l'engage, marquera un tournant dans sa carrière. "A son arrivée à Paris, cela a été une révolution, il a amené une scénographie qui n'existait pas avant", raconte une source. S'ensuivent ensuite des années de gloire et de succès.
Mais peut être qu'au bout de tant d'années la célèbre maison parisienne souhaitait mettre un terme à sa collaboration avec son directeur artistique? En effet, selon Vivianne Blassel, journaliste-chroniqueuse mode, "Dior souhaitait peut être aussi se séparer de son créateur". Un avis corroboré Marie-Pierre Lannelongue, spécialiste de mode: "Il y a aussi une époque qui a changé, d'après-crise, où on valorise un chic plus discret, où le bling-bling est passé de mode. John Galliano a incarné ces années flamboyantes et ces années d'excès" affirme-t-elle. Qui plus est, des rumeurs circulent depuis plusieurs mois quant au retour de l'ancien créateur vedette de Dior Homme, Hedi Slimane.
Marie Curci (www.lepetitjournal.com) mercredi 2 mars 2011
En savoir plus:
Article Le Parisien: Accusations d'antisémitisme : Dior se sépare de Galliano
Article Le Point: John Galliano, le scandale dans l'art et dans la chute






























