

La candidate du Parti des travailleurs, Dilma Roussef, est devenue dimanche la première femme présidente du Brésil en remportant le second tour de l'élection présidentielle avec plus de 55% des suffrages
Dilma Roussef emporte donc les éléctions présidentielles du Brésil avec 55,59% des suffrages - à partir de 94% des bulletins dépouillés - contre 44,41% pour son adversaire José Serra, du Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne (PSDB), soit plus de 10 millions de votes de différence. Au travers de ce score, les Brésiliens ont délivré un message de continuité envers la politique menée par le gouvernement de Lula qui quitte le pouvoir avec 82% d'opinions favorables.
Dilma Rousseff, loin du plébiscite attendu, a du composer avec une campagne électorale empreinte de machisme
Dauphine du chef d'Etat sortant, le très populaire Luiz Inacio Lula da Silva, l'actuelle chef de cabinet a eu pour adversaire le social-démocrate José Serra, tout au long de la campagne. Son élection est présentée comme un symbole fort pour l'émancipation féminine alors que le climat de la campagne électorale a été quelque peu empreint de machisme.
Ne pas bousculer l'électorat conservateur
C'est un drôle d'exercice auquel s'est pliée Dilma Rousseff afin de remporter la partie tant toutes les concessions semblent bonnes au risque de dérouter les électeurs et les observateurs internationaux. N'échappant pas à la folie de la chirurgie esthétique qui sévit au Brésil, la candidate de 62 ans qui est également passée par la case total relooking, a subi des opérations du visage ayant pour but d'adoucir ses traits. Mais rien de sexiste ici, quelques années auparavant Lula avait fait de même pour s'aider à remporter les élections. Toutefois à la métamorphose physique, s'est ajoutée une évolution remarquable du personnage concoctée par les conseillers en communication du Parti des Travailleurs (PT). A la femme forte, "pionnière" de la vie politique brésilienne, s'est substituée l'image d'une femme traditionnelle, et plus encore, d'une femme soumise à un homme, le président Lula.
Où est passée l'ancienne militante de l'extrême gauche ?
Car si au Brésil, on n'hésite pas à élire un président issu du prolétariat -Lula- ou à s'enthousiasmer pour une candidate venant elle aussi d'un milieu très pauvre et qui fut analphabète jusqu'à son adolescence -Marina Silva, ministre de l'écologie, éliminée au premier tour-, il convient tout de même de ménager une société très catholique toujours marquée par le machisme. Au lendemain du premier tour, Dilma Rousseff, femme divorcée avouait n'avoir pas suffisamment pris en compte "le réveil des forces conservatrices" et a reconnu que la question "des valeurs religieuses avait été son handicap le plus grave". Aussi, pour maintenir sa popularité, elle a dû clamer haut et fort qu'elle était bien contre l'avortement. Toutefois ses détracteurs n'ont pas manqué d'aller dégoter une interview datant de 2007 dans laquelle la candidate PT se montrait beaucoup plus progressiste sur le sujet. "C'est une question de santé publique et non pas la question de savoir ce que je pense en mon for intérieur", avait-elle alors déclaré.
C'est Lula qui dirige
Difficile aussi de s'émanciper lorsqu'on a le très populaire Lula pour mentor et que l'on lui doit tout car, novice éléctorale, Dilma Roussef n'avait jusqu'à présent jamais participé à une élection et ne possède aucun fief politique. Et dans ce couple, c'est bien Lula qui dirige et qui pare à sa place aux attaques des adversaires. Dans ces conditions, la dauphine apparaît faible, peu spontanée et même incompétente tandis que ses partisans ne manquent pas de rappeler ses succès et prises de position passés. Ils n'oublient pas non plus que dans les années 60, Dilma Roussef avait rejoint la guérilla contre la dictature. Arrêtée en 1970 et torturée pendant 22 jours, la Jeanne d'Arc de la guérilla comme l'ont surnommé ses compagnons résistants de l'époque, elle a purgé une peine de 3 années de prison. Mais ce n'est plus vraiment la même force de caractère qu'elle démontre aujourd'hui. De quoi se demander si Lula laissera jamais de l'autonomie à son héritière. La nouvelle présidente élue prendra ses fonctions le 1er janvier. Bien que son score soit inférieur à ceux enregistrés par Lula en 2002 et 2006 (plus de 60%), Dilma Rousseff bénéficiera d'une franche majorité au Sénat et à l'Assemblée, qui devrait l'aider à compenser, en partie, le charisme du président sortant.
Siri Ounechay (www.lepetitjournal.com) lundi 1er novembre 2010
En savoir plus:
Notre article de l'édition de Rio de Janeiro: ELECTIONS 2010 ? Portrait des candidats à la présidence, Dilma Roussef (1)
Le Figaro - Dilma Rousseff, première femme présidente du Brésil
Dilma Rousseff, première femme présidente du BrésilLe Monde: Au Brésil, la candidature de Dilma Rousseff dissimule mal le machisme ambiant




































