

Le 25 juillet dernier, le Musée de l'Histoire des Juifs Polonais a rappelé le combat de Jan Karski qui, au cours de la Deuxième Guerre Mondiale, a pris de gros risques pour dénoncer l'Holocauste et exhorter les forces alliées à intervenir
Maciej Wierzyński fait part de ses entretiens avec Jan Karski (Photo LPJ-Varsovie)
Maciej Wierzyński, un journaliste qui connaissait bien Jan Karski, a partagé avec l'assistance les souvenirs qu'il a gardés de leurs discussions lors d'une série d'interviews entre 1995 et 1997. Le public a pu également voir la projection du film documentaire "Ma mission"dans lequel Jan Karski en personne raconte ses péripéties pour rassembler les preuves de l'Holocauste et pour les faire partager aux forces alliées incrédules. De son vrai nom, Jan Kozielewski est né en 1914, dans la ville cosmopolite de Łódź. Il étudie à l'Université de Lwów le Droit et la Diplomatie et termine une école d'officier d'artillerie. En janvier 1939, il entre au ministère des Affaires Etrangères. Fait prisonnier par les Soviétiques pendant la campagne de septembre, il est livré aux Allemands, mais s'échappe pendant son transfert et rejoint Varsovie où il entre en résistance. Dès 1940, il devient courrier du gouvernement Polonais en exil.
Le Rapport Karski dénonçait l'holocauste mais personne ne l'a cru
Devant une carte du Ghetto de Varsovie dans le musée de l'holocauste à Washington, Jan Karski récapitule ses missions secrètes (Photo E. Thomas Wood, 1994)
En 1942, au péril de sa vie, il s'introduit dans l'enceinte du ghetto de Varsovie puis dans celle du camp de Belzec en se faisant passer pour un policier estonien pour collecter des informations sur les camps de concentration et d'extermination allemands. Son rapport, appelé le Rapport Karski, sera envoyé aux plus hautes autorités anglaises, américaines et aux représentants de la communauté juive.
En 1943, il rencontrera en personne le ministre britannique des Affaires Etrangères, Anthony Eden et le Président des Etats-Unis, Theodore Roosevelt. Mais, en raison du caractère inimaginable du génocide, ses interlocuteurs incrédules n'ont pas pu, ou pas voulu le croire. C'est l'attitude de Felix Frankfurter, le juge de la Cour Suprême de Etats-Unis qui résume le mieux la réaction de ses interlocuteurs. Après l'avoir écouté, il lui déclare : "Jeune homme, je ne vous dit pas que vous êtes un menteur. Mais je ne vous crois pas".
Il continuera inlassablement de présenter son rapport sans plus grand succès à toutes les personnalités qui voulaient bien l'entendre. Il a écrit en 1944 "Mon Témoignage devant le monde : Histoire d'un Etat secret", un récit consacré à l'Etat polonais clandestin. Après la guerre, il reste aux USA où il travaille à l'Université de Georgetown à Washington. C'est sa participation en 1985 au film de Claude Lanzmann "Shoah"qui l'a rappelé sur le devant de la scène. Pour ses actions, il a été nommé Juste parmi les Nations et décoré de la médaille de l'Ordre de l'Aigle Blanc et en 1998, il est nominé pour le prix Nobel de la Paix. Jan Karski est décédé le 13 juillet 2000 à Washington.
J.R. (www.lepetitjournal.com - Varsovie) mardi 7 août 2007




































