Édition internationale

DEBAT – "Entre les murs" au cœur des discussions

Après la Palme d'or et avant de partir représenter la France aux Oscars, Entre les murs obtient un beau succès d'audience avec un million et demi d'entrées. Que les retardataires s'y pressent pour participer au débat : est-ce ou non un bon film ?

Après la Palme d'or, un oscar? Entre les murs est en effet en compétition cette année pour la précieuse statuette dorée (photo © Haut et Court)


Laurent Cantet figure bien au prestigieux palmarès de Cannes, aux côtés des Fellini, Lelouch, Coppola, Scorsese et autres Kurozawa. L'humble chronique scolaire du réalisateur de Ressources humaines semblait pourtant, sur le papier, très éloignée de ces géants du 7ème art.
Alors on peut raisonnablement, et sans mauvaise intention, se demander sur quels critères le jury présidé par Sean Penn, a fait de Entre les murs le lauréat surprise de l'édition 2008. Après tout, une Palme d'or existe pour ça : c'est la quintessence de la subjectivité;elle est donc par nature source de discorde.
L'adaptation du livre de François Bégaudeau, basé sur son passé de prof, avait déjà donné des cartouches à la gauche pour tirer sur la droite au sujet des problèmes dans l'Education nationale, à vif depuis que Xavier Darcos est au ministère. Mais c'est bien évidemment le côté artistique qui nous intéresse ici.

La classe de Bégaudeau
Mais plus que la forme, c'est sur le fond que le film révèle d'un certain intérêt. Un peu écrit, un peu improvisé, il s'apparente à une succession de saynètes, qui ont pour théâtre principal le cours de français de François, interprété de manière fort à propos et avec un naturel déconcertant par Bégaudeau lui-même. Au fil de l'affrontement grandissant entre l'enseignant et ses élèves plus que turbulents, le spectateur découvre que la vie scolaire est une lutte d'influence et de pouvoir entre les uns et les autres, exacerbée dans cette zone d'éducation prioritaire où a lieu l'action. Pour le côté éducatif, les échanges à couteaux tirés, et rondement menés, font écho aux maux qui rongent notre société.
Le schéma narratif de Entre les murs, un brin ronronnant sur les 2 heures que dure le film, implique, sans surprise, l'arrivée d'un incident, histoire pour Cantet de poser une intrigue. Qui n'a elle-même rien de bien passionnant. C'est en tout cas très classique.
Il n'y a enfin pas de quoi sauter au plafond du coté de la mise en scène, même s'il ne fallait pas en faire des tonnes pour capter au mieux l'énergie des protagonistes, et leur grande authenticité.
En bref, Entre les murs offre du bon comme du médiocre. Ce n'est pas un mauvais film, mais il n'a peut être pas les épaules assez larges pour supporter une Palme d'or. Mais c'est seulement en le voyant qu'on peut se faire une idée et participer aux débats qui agitent toutes les conversations.
Nicolas MANGIN. (www.lepetitjournal.com) lundi 1er décembre 2008

Entre les murs, de Laurent Cantet, D'après le livre de François Bégaudeau. 2h08. Sorti en France le 24 septembre.
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