Édition internationale

COUVRE-FEU - L’idée qui jette de l’huile sur le feu

Brice Hortefeux fait encore parler de lui. Mardi soir, il a évoqué l'idée d'un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans. Une réflexion qui a été l'occasion pour tous ses détracteurs de crier immédiatement au scandale

Mardi soir à Paris, lors des rencontres de Beauvau avec des élus de la majorité, Brice Hortefeux (AFP) a proposé l'idée d'un couvre-feu concernant les mineurs de moins de 13 ans ayant déjà accompli un acte de délinquance, sauf s'ils sont accompagnés par un adulte. Constatant une augmentation de la délinquance des mineurs, le ministre a souligné en parallèle une transformation de cette délinquance qui devient "de plus en plus violente, avec l'apparition d'armes blanches et d'armes létales", "de plus en plus jeune et féminine".
Le but de cette mesure : améliorer la protection des plus jeunes et prévenir la récidive.

Des chiffres contredits par les experts
Directeur de recherche au CNRS, le sociologue Laurent Mucchielli, a avoué ne pas comprendre les chiffres avancés par Brice Hortefeux. Le ministre justifie l'idée du couvre-feu par l'augmentation de la part des mineurs dans la délinquance "5% en un an pour atteindre 18%. Or, en réalité, ces 18% sont stables depuis 5 ans, le pourcentage aurait même baissé par rapport au pic de 1998 où il atteignait 18%".

Une décision qui a déclenché un tollé
La décision a aussitôt été décriée par tous les partis qui se sont dressés contre la mesure, même l'UMP a semblé sceptique. Plus surprenant, les policiers et magistrats ont eux aussi exprimé leur indignation. Les critiques qui reviennent sont l'inapplicabilité de cette mesure au niveau des effectifs policiers et un effet de bluff à l'approche des régionales.

C'est un énième texte sur la sécurité pour Martine Aubry, la première secrétaire du PS déclare "vous pensez vraiment qu'il va y avoir des policiers pour aller contrôler la nuit si un jeune qui est dans la rue a moins de 13 ans ou plus de 13 ans, s'il a été condamné et s'il peut sortir ? On se moque du monde". Aussitôt contrée par Fréderic Lefebvre, le porte-parole de l'UMP qui a qualifié sa réaction de "non- assistance à personne en danger".
Même le président UMP de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a paru sceptique : "Ça serait sûrement assez complexe à mettre en oeuvre. Ça serait plutôt une interdiction de sortir de nuit, donc il faudrait trouver l'autorité pour l'imposer. Il faut y travailler. Ça demande une expertise approfondie".
Le FN quant à lui a qualifié la proposition "d'écran de fumée", tandis que les Verts dénonçaient un gouvernement "dégainant dans tous les sens"à l'approche des régionales.
Pour les magistrats, qui rappellent un expérimentation non concluante dans certaines communes, cette mesure n'a aucun intérêt. La présidente du Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) Emmanuelle Perreux a affirmé qu'il s'agissait "d'une mesure totalement inapplicable qui s'inscrit une fois de plus dans une politique répressive". Les policiers eux ont estimé que cette mesure n'était pas compatible avec les réductions d'effectifs entamés par le gouvernement.

Il est intéressant de souligner que Brice Hortefeux avait précisé que ce n'était qu'un sujet de réflexion...
MM (www.lepetitjournal.com) vendredi 6 novembre 2009

En savoir plus:
Article du Point- Des communes ont déjà testé un couvre-feu pour mineurs
Article du NouvelObs- Couvre-feu pour les mineurs délinquants: "On se moque du monde"


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