Désormais, dans les prairies bordées de cactus de la Catalogne, les ruminés vont pouvoir paître sans craindre pour leur peau. Le Parlement catalan prend le taureau par les cornes et décide d'interdire la corrida. Cette décision n'en finit pas de diviser l'Espagne et titille la France

Est-ce que ce monde est sérieux ?
De l'autre côté des Pyrénnées, quatres régions françaises perpétuent la tradition espagnole de la tauromachie.L'Aquitaine, les Midi-Pyrénées, Le Languedoc-Roussillon et la Provence-Alpes-Côte d'Azur bénéficient d'une dérogation législative précisée dans l'article 521-1 du code pénal qui punit tout "acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité" mais prévoit une exception pour les "courses de taureaux lorsqu'une tradition locale ininterrompue peut être invoquée".
La décision catalane ne pouvait être que saluée par Claire Starozinski, la présidente de l'Alliance anti-corrida pour qui cette pratique est "le symbole de la barbarie donnée en spectacle". "C'est une grande victoire, un vote symbolique qui préfigure ce qui va se passer en France dans quelques années", indique-t-elle. Alors que la SPA parle d' "un jour historique", Brigitte Bardot qui milite depuis de nombreuses années avec sa fondation estime que "c'est une victoire de la dignité sur la cruauté. La corrida est d'un sadisme incroyable, nous n'en sommes plus aux jeux du cirque et il faut mettre un terme immédiat à cette torture animale".
Les organisations de protection des animaux se réjouissent d'autant plus qu'elles espèrent que la fermeté catalane va appuyer la proposition de loi pour l'interdiction des corridas et combats de coqs en France déposée par la députée UMP des Alpes-Maritimes, Muriel Marland-Militello, et sa collègue PS, Geneviève Gaillard. Une abolition à l'échelle européenne est également envisagée via l'initiative citoyenne prévue par le traité de Lisbonne.
Sí, hombre, hombre, baila, baila
Les pro-corridas français se disent, eux, déçus mais pas inquiets. Le modèle taurin français est différent du modèle espagnol et plus à même de se défendre. "On ne peut pas interdire une culture. La tauromachie ne se résume pas à la corrida, c'est aussi les fêtes de village et les courses de taureau", conteste Jean-Jacques Baylac, président du club taurin de Vic-Fezensac (Gers) réputé pour sa feria de la Pentecôte. "La tauromachie est un phénomène identitaire très fort chez nous, en pays d'Arles" explique pour sa part Luc Jalabert, le directeur des arènes d'Arles.
De grands artistes dont Goya, Lorca, Picasso ou encore des écrivains comme Hemingway ont été fascinés par la corrida, ses rites et sa dramaturgie. Les partisans de cette forme de course taurine se défendent de n'être que des spectactateurs sadiques d'un jeu cruel et sanguinaire. Le débat n'est pas juste moral ou ethique selon eux, mais bien culturel et identitaire avec à la clé d'importants enjeux économiques et touristiques pour les régions concernées.
Siri Ounechay (www.lepetitjournal.com) vendredi 30 juillet 2010
En savoir plus:
Le Monde : La corrida en France : une exception très culturelle
Le Télégramme : Corridas. La Catalogne interdit, toute l'Espagne réagit


































