Dans le cadre de la COP qui se déroule du lundi 9 au 20 novembre à Antalya, l'Institut français a organisé une rencontre entre cinéastes turcs et français le novembre afin d'échanger sur l’avenir de l’industrie du cinéma face à la transition énergétique.


Alissa Lequesne, responsable des affaires internationales de l'association française Ecoprod, a fait escale à Istanbul avant de se rendre à Ankara pour la COP. Avec son association, elle se concentre sur la formation des réalisateurs et a notamment créé un indicateur pour mesurer l'empreinte carbone dans l'industrie du cinéma. Nous la retrouvons dans les locaux de l'Institut français, où elle échangeait avec le Dr Ekin G. Özdemirci (de la plateforme EkoFilm), une organisation turque qui s’est inspirée d’Ecoprod et qui est à l’origine de projets menés avec le British Council.
Selin Tezcan Vatansever, cofondatrice de M2 Film Lab, nuance toutefois : « Cette approche n'est pas encore devenue une habitude dans le secteur. Nous ne disposons pas non plus de fonds spécifiquement consacrés à ces questions. En Europe, lorsqu'un film adopte une démarche de production écologique, il peut bénéficier de dispositifs financiers spécifiques. Ce n'est pas encore le cas ici. »
Alissa Lequesne souligne néanmoins que les acteurs du cinéma sont particulièrement réceptifs à ces enjeux : « Après tous les scandales liés au mouvement #MeToo, je sens qu’avec les coproductions, on essaie de rendre le secteur plus responsable. »
Durabilité sociale : la place des femmes dans l'animation
Nazlı Eda Oyan, réalisatrice d'animation, est l’illustration de cette prise de conscience à la fois sociale et écologique. Elle souligne l’importance du label certifiant qu’un film a été produit de manière durable, précisant que ce dernier « met en lumière les efforts invisibles » :
« Il y a quelque chose qui relève de l'économie domestique : réutiliser, recycler, gérer les crises, prendre soin des autres, s'entraider et construire des communautés. Il existe ce que l'on appelle le travail invisible (invisible labor). La durabilité relève aussi, en partie, de ce travail invisible. »
En tant que présidente fondatrice du département Animation et Cinéma d'animation de l'université Bahçeşehir, fondatrice de l'association Anima (Les femmes de l'animation) et directrice de la plateforme Animist Istanbul, cette réalisatrice aux multiples casquettes défend avec conviction la place des femmes dans le milieu :
« En Turquie, environ 85 % des étudiants dans les formations en animation sont des femmes. Pourtant, lorsque l'on observe le secteur professionnel, notamment les postes de décision et les propriétaires de sociétés, on constate que les hommes restent majoritaires. Je me suis donc demandé : où va toute cette force de travail féminine ? Je pense que cette situation n'est pas durable et qu'il faut la changer. Pour moi, la durabilité écologique est indissociable de la solidarité sociale et de l'indépendance économique. »
La COP pourrait bien changer la donne. « Nous considérons aujourd'hui la présence de la COP en Turquie comme une opportunité », affirme Ekin G. Özdemirci. Le pavillon Culture à la COP sera ainsi l’occasion de discuter des enjeux majeurs du secteur pour bâtir une industrie du cinéma plus verte : intelligence artificielle, réduction des déplacements, promotion du train, etc.
Sur le même sujet





















