Édition internationale

Quand l’humour dénonce les failles du système éducatif français (et turc)…1/2

En France, les mobilisations des lycéens et des étudiants donnent actuellement lieu à des formes d’expression qui mêlent revendications politiques, humour et créativité. Les pancartes brandies dans les manifestations ne se limitent pas à des slogans contestataires...

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Écrit par Ebru Eren
Publié le 4 novembre 2026

 

En octobre 2026, en France, lycéens, étudiants, Gilets jaunes et organisations syndicales se sont mobilisés pour dénoncer le manque de moyens dans l’éducation, la hausse du coût de la vie et la dégradation des services publics. Dans plusieurs villes, des affrontements avec les forces de l’ordre, des incendies... Dans ce contexte de tensions, les pancartes constituent un support de prise de parole : à travers les jeux de mots, elles rendent les revendications visibles et interrogent les choix politiques. Leur analyse permet ainsi d’examiner comment la jeunesse exprime ses inquiétudes et revendique une place dans les décisions qui la concernent.

Rappelons que cet article s’inscrit dans la continuité thématique de celui de « -liberté, égalité, yeter be !-, ce que révèlent les pancartes étudiantes en Turquie », publié en mai 2025 dans LePetitJournal Istanbul : une analyse sur les mobilisations étudiantes déclenchées à partir du 19 mars 2025, à la suite de l’annulation du diplôme universitaire du maire d’Istanbul et puis de son arrestation. Les pancartes ont été étudiées comme moyen d’expression, interrogeant les rapports entre éducation, légitimité institutionnelle et pouvoir politique.

Déplaçant le regard vers la France, le présent article poursuit la réflexion sur la manière dont les jeunes transforment leurs préoccupations en messages collectifs. Sans assimiler les contextes, ce rapprochement invite à étudier comment l’humour contribuent à mettre en discussion les politiques éducatives, tout en affirmant la capacité des jeunes à participer au débat public. Nous étudierons notre corpus de recherche, constitué de pancartes représentatives présentées en haut (contexte turc) et en bas (contexte français). Ces pancartes seront comparées par thème, selon l’ordre adopté dans l’article précédemment publié sur le même sujet.

Pancartes turque et française n°1 : de la colère à l’affirmation collective

pancarte france turquie gen Z

Les deux pancartes placent la « génération Z » au cœur de la contestation. Dans le slogan turc, « tu es si belle quand tu es en colère, la génération Z ! » (“sinirlenince çok güzel oluyorsun Z Kuşağı!), l’interpellation directe personnifie cette génération et valorise sa colère : loin d’être présentée comme une réaction illégitime, celle-ci devient une qualité et une force mobilisatrice. La pancarte française, « la génération nan nan, avec la gen Z », privilégie une formulation familière et répétitive qui évoque le refus (« nan nan »). Dans les deux cas, la désignation générationnelle contribue à construire une identité collective. Toutefois, la pancarte turque célèbre explicitement une émotion politique, tandis que la française met davantage en avant une posture d’opposition et de ralliement.

Pancartes turque et française n°2 : la rue comme lieu d’apprentissage politique

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« Le cours, aujourd’hui, c’est la manifestation 101 » (“bugünkü dersimiz protesto 101”) et « la continuité pédagogique se fait dans la rue » détournent le vocabulaire de l’enseignement pour présenter la mobilisation comme une expérience formatrice. Dans le slogan turc, « 101 », associé aux cours introductifs dans certaines nomenclatures universitaires, transforme la manifestation en initiation à l’action politique. Le slogan français reprend, quant à lui, l’expression institutionnelle « continuité pédagogique » et lui attribue un lieu inattendu : la rue. Les deux pancartes contestent la séparation entre apprentissage scolaire/universitaire et engagement citoyen : la première invente symboliquement un nouveau cours ; la seconde affirme que l’éducation se poursuit au sein même de la mobilisation.

Pancartes turque et française n°3 : l’enfance et l’avenir, deux formes d’interpellation

pancarte-Turquie

Le rapprochement entre « maman, je suis venu·e manifester et non pas à l’école aujourd’hui » (“bugün okula değil eyleme geldim anne”) et « 1 2 3 beaucoup trop de SOLEIL… J’ai 4 mois et 5 canicules » met en évidence deux manières de mobiliser la parole « enfantine » pour interpeller le monde adulte. La pancarte turque prend la forme d’une confidence adressée à la mère : en substituant la participation à une manifestation à la fréquentation scolaire, elle affirme un choix d’engagement qui bouscule les attentes familiales. La pancarte française détourne le jeu « un, deux, trois, soleil » : le soleil, initialement associé à l’univers ludique, devient une menace climatique. Elle prête ainsi une voix à un nourrisson, tandis que le contraste entre son âge et le nombre de canicules souligne la précocité et l’intensité de son exposition aux dérèglements climatiques. Les deux interrogent ainsi l’avenir des jeunes générations selon des perspectives complémentaires : l’une affirme la capacité de la jeunesse à agir politiquement ; l’autre souligne la vulnérabilité des plus petits et la responsabilité des adultes dans la préservation de leurs conditions de vie.

Pancartes turque et française n°4 : l’« ex », expérience intime comme langage de la contestation

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Pancartes turque et française n°4 : l’« ex », expérience intime comme langage de la contestation

Les trois pancartes utilisent successivement la figure de l’« ex » pour rapprocher les préoccupations politiques de l’expérience affective. « Je fais plus confiance à mon ex qu’à la loi » (“EX’ime hukuktan daha çok güveniyorum”) et « l’éducation nationale, c’est comme mon EX, ça fait des promesses mais ça les tient paaas !!!!!! » reposent sur un même présupposé humoristique : l’ancienne relation amoureuse est associée à la déception ou au manque de fiabilité. La pancarte turque construit une comparaison dévalorisante pour l’institution judiciaire, jugée moins digne de confiance encore que l’« ex ». Quant à la première pancarte française, elle établit une analogie entre promesses sentimentales et institutionnelles non tenues. Et la seconde, « 8h-18h ? Comment je récupère mon EX ? », déplace la critique vers les horaires et la place « non » laissée à la vie personnelle. L’intime devient ainsi un langage commun de contestation, servant tantôt à dénoncer la défiance institutionnelle, tantôt à revendiquer du temps pour soi.

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