L'Institut français d’Istanbul fête ses 80 ans le 6 novembre. Un lieu qui a réussi à se fondre dans le paysage culturel stambouliote, accueillant de nombreux grands artistes turcs dont Selçuk Demirel et Nuri Bilge Ceylan.


En tête de l'avenue Istiklal, l'Institut français attire souvent la curiosité des touristes, apparaissant comme un intrus entre les chaînes de vêtements et les vendeurs de glaces. Peu de voyageurs se doutent qu'à bien des égards, il témoigne de l'histoire stambouliote.
Un produit de l’histoire franco-stambouliote
À l’époque de l'Empire ottoman, les populations levantines et non musulmanes s’installèrent à Péra, façonnant un lieu de vie avec ses écoles françaises, ses ambassades et ses églises. C’est de cette histoire qu'est héritier l’Institut français. Au XVIIᵉ siècle, des Français catholiques firent bâtir un hôpital pour y accueillir les populations françaises et catholiques. En 1846, l'établissement est administré par les Filles de la Charité, une congrégation catholique. Mais à la fondation de la République en 1923, l’hôpital devient le Consulat de France.
C’est ici toute la particularité de la présence française en Turquie. Les missionnaires chrétiens vont être parmi les premiers Français à s’implanter en terre ottomane. Ils y fondèrent des écoles, des églises, des œuvres de charité… Les congrégations agissent alors, de concert avec les autorités françaises, pour diffuser la langue et contribuer au rayonnement de la France.
Cet héritage est encore largement visible à Istanbul de nos jours. Les lycées « des saints » continuent d'être administrés par des congrégations, tout en accueillant des étudiants musulmans, grâce à leur réputation de lycées d’élite. Une des filles d'Atatürk y fut même scolarisée.
La fondation de l’Institut français d’Istanbul
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le français est désormais de plus en plus concurrencé par l’anglais. La France, afin de continuer de diffuser sa langue, implante progressivement l’Institut français dans les locaux du Consulat. Encore une fois, sa localisation est un de ses atouts fondamentaux. Le quartier a changé de nom, Pera se nomme désormais Beyoğlu, et abrite le cœur culturel vibrant de la ville. On y trouve théâtres et cinémas, dans un contexte où la Turquie se libéralise, ouvrant la voie à nombre d'artistes d'avant-garde.
Dès les années 1950, le Consulat et l’Institut français s’imposent comme des lieux d’exposition pour les artistes turcs, accueillant non seulement des artistes francophiles, mais aussi des figures de l’ensemble de la scène artistique moderne turque. Comme le note Gül Demiriz, historienne de l’art turque, à l'époque, peu de galeries d’art sont ouvertes à Istanbul et donnent une visibilité à des artistes d'avant-garde. Tout au long de son histoire, l’Institut a su se réinventer, avec par exemple la construction d’une salle de cinéma et la coorganisation de nombreux festivals.
Les 80 ans de l'Institut français, ce 6 novembre, seront l’occasion de revenir sur cette histoire riche en rencontres humaines.
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