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CINEMA – ''La Fille de 25 ans'' : LA comédie khmère de l'année ?

La Fille de 25 ans est la comédie khmère qui cartonne em ce début 2012. Si le film a déjà suscité quelques critiques, notamment pour l'image aseptisée qu'il renvoie de la société cambodgienne, il parvient néanmoins à faire rire franchement son jeune public. Et surtout, une fois n'est pas coutume, il peut se targuer de côtoyer dans le box-office du Royaume les habituels blockbusters hollywoodiens.

Dalis a 25 ans. Elle est jolie et a un petit copain très dans le coup. Un jour, la jeune femme se fait renverser par une voiture et tombe dans un coma dont elle se réveille assez vite, mais avec la mentalité... d'une gamine de 6 ans. Voici donc le synopsis de La Fille de 25 ans, le film qui remplit depuis quelques semaines les salles obscures de Phnom Penh.

Mais ris à tout prix

La première scène comique du film ? Celle du réveil de Dalis (jouée par la chanteuse Ny Molika) après son accident : à peine a-t-elle ouvert les yeux que la jeune femme de 25 ans se met à geindre comme une enfant. Un coma suivi d'une perte de ses facultés cérébrales, ce n'est pas en général ce qu'il y a de plus drôle. Mais dans La Fille de 25 ans, le potentiel tragique du scénario est d'emblée évincée par les effets sonores ou le jeu des acteurs, entièrement tournés au service du comique : à l'instar des braillements surfaits de Dalis, ou encore des scènes dans lesquelles le père de la jeune femme se travestit façon Madame Doubtfire. Pas toujours très subtil, mais efficace, à en juger par les rires qui fusent dans la salle.

Bien plus dérangeante que les gags triviaux : la relation qui lie la Dalis de six ans d'âge mental à son sauveur – celui qui la délivre d'une bande d'affreux gangsters et la recueille chez lui parce qu'elle est perdue. Car du rôle de pooh (oncle) protecteur à celui de Prince Charmant, il n'y a qu'un (grand) pas… quasiment franchi ici. Sithen Sum, président de Kon Khmer Koun Khmer (''Films khmers, génération khmère'', collectif qui promeut la jeune génération du cinéma cambodgien) nous confie avoir lui aussi été un peu choqué par cette partie du scénario où le gentil héros semble tomber naturellement amoureux de l'innocente Dalis. Mais sans soupçonner toutefois une apologie intentionnelle de la femme-enfant : ''Je crois que l'idée de la réalisatrice, c'est plutôt de décrire la pitié du héros envers cette femme à la mentalité enfantine. Je dirais que l'amour ne se développe qu'une fois qu'il a découvert que l'héroïne n'est pas vraiment cette petite fille dans son état normal.'' Sans vouloir voir le mal partout, on soutiendra que Dalis, entre ses robes trop courtes et ses moues boudeuses, a tout de même quelques atouts pour incarner le fantasme de Lolita, version écolière trop kawaï qu'on comble à force de gadgets Kitty et de poulet KFC.

''Entertainment'' versus ''True Story''

Dans son article intitulé ''Plus laide la vie… des nouveaux riches'', paru dans Le Courrier International, le professeur Tilman Baumgärtel, spécialiste du cinéma du Sud-Est asiatique, souligne quant à lui la triste mais néanmoins réaliste image que La Fille de 25 ans renvoie d'une nouvelle génération khmère, ''engraissée à la junk food''. Un avis que partagent quelques spectateurs mécontents, dont les réactions sont virulentes : ''Ce film donne une très mauvaise image de la fiction khmère'' : c'est en teneur de plusieurs des commentaires postés sous la vidéo de bande-annonce sur Youtube. S'il n'a pas trouvé le film excellent, en partie pour les mêmes raisons, Sithen estime néanmoins que ''malgré les erreurs techniques, La Fille de 25 ans divertit son public, et gagne pas mal d'argent en même temps depuis sa sortie'', ce qui est, en soi, une assez bonne nouvelle pour le cinéma cambodgien.

D'autant plus que La Fille de 25 ans n'est pas le seul film khmer qui marche en ce moment. Réalisé par Chhay Bora et sorti sur les écrans en 2011, Lost Loves retrace le parcours d'une famille sous le régime des Khmers rouges. Toujours à l'affiche, il a également su conquérir un public en partie cambodgien. A la sortie de la séance de La Fille de 25 ans, un jeune couple d'une vingtaine d'année nous explique justement : ''La Fille de 25 ans, c'est sympa, mais c'est juste un divertissement, et c'est plutôt pour les jeunes. Tandis que Lost Loves, c'est beaucoup plus intéressant, plus important pour le cinéma. C'est une histoire vraie.''

Vatana Ea, qui travaille au guichet du Cineplex depuis son ouverture, confirme que les deux films marchent bien, mais n'attirent pas tout à fait le même public. Pour La Fille de 25 ans, ''ce sont des jeunes qui viennent, et parfois deux ou trois fois. Pour Lost Loves, ce sont des gens plus âgés, et pas mal d'étrangers.'' D'un côté, la fiction divertissante et frivole, qui semble faire table rase du passé, presque exclusivement destinée aux ados ou jeunes adultes cambodgiens. De l'autre, le drame historique très sérieux, qui engendre une réflexion et séduit les festivals de cinéma étrangers. Deux visages du cinéma actuel cambodgien. Deux visages de la société cambodgienne d'aujourd'hui ?

(Merci à Patrick pour l'interprétariat !)

Céline Ngi (http://www.lepetitjournal.com/cambodge) Mardi 14 février 2012


La Fille de 25 ans, réalisé par Poan Phoung Bopha, avec : Ny Molika, Nhem Sokun, Pen Chomrong, Morm Raksmey, Pov Theavy. Actuellement diffusé au Cineplex du Sorya Center.

Lost Loves, réalisé par Chhay Bora, avec Kauv Sotheary. Actuellement diffusé au Cineplex du Sorya Center.

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