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CINE - "Un Barrage contre le pacifique" : rizières amères

Très aidé dans sa tâche par la prestation d'Isabelle Huppert, le cinéaste cambodgien Rithy Panh prend le pari de porter à l'écran Un barrage contre le pacifique. Possiblement moins célèbre que L'amant, il reste un texte fondateur de l'?uvre de Marguerite Duras

Les tentatives d'adaptation des romans de Marguerite Duras se sont souvent avérées périlleuses et les précédents ne sont pas très favorables. Un premier film tiré d'Un barrage contre le Pacifique, signé René Clément en 1957, n'a pas laissé grande trace dans l'histoire du 7ième art.
On préférerait tout autant ne pas se souvenir de L'amant de Jean-Jacques Annaud, situé à la même période et aux mêmes endroits que le Barrage, c'est à dire dans l'Indochine coloniale des années 30.
La veuve d'un fonctionnaire, ancienne institutrice, vit là avec son fils de 19 ans et sa fille de 16, sur des terres mises à sa disposition par les autorités françaises. Flouée par le cadastre, elle se trouve en réalité à la tête de rizières régulièrement submergées par le Pacifique et en partie inexploitables. Au bord de la ruine, elle jette plus ou moins sa fille dans les bras d'un riche exploitant chinois, Monsieur Jo.

Dur d'être Durassien
Rithy Panh s'est surtout illustré par un remarquable documentaire, S21, la machine de mort Khmère rouge. Il apparaissait à priori comme des plus légitimes pour transposer à l'écran l'essence même du Cambodge. Il le fait avec une certaine grâce et rend hommage à la splendeur de la nature sans emphase esthétique mais avec la juste sobriété de celui qui connaît réellement les lieux.
Cette élégance générale assure une certaine cohérence au film, par ailleurs hétérogène dans sa distribution. L'étrangeté de Gaspard Ulliel fonctionne par intermittence et la charmante Astrid Berges-Frisbey est nettement en deçà de ce qu'on peut attendre d'une Duras jeune. Reste Huppert, impériale et toujours renouvelée -sans qui toute cette construction semblerait simplement s'effondrer.
Le problème avec les adaptations de ses romans, c'est que Duras elle-même a construit la part cinématographique de son ?uvre avec audace et radicalité. Le choix sage d'un certain classicisme peut constituer un contre point valide.
Pourtant, à trop vouloir transcrire ce je ne sais quoi de lancinant propre à l'univers de Duras, Rithy Panh propose un film appliqué mais, il faut bien l'admettre, tout à fait ennuyeux.
Jean Marc Jacob (www.lepetitjournal.com) mercredi 28 janvier 2009

Un barrage contre le Pacifique, Rithy Panh (1h55) avec Isabelle Huppert, Gaspard Ulliel, Astrid Berges-Frisbey

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