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CINE - Rencontre avec le réalisateur hongkongais Freddie Wong

Freddie Wong a étudié en France et a été assistant d'Alain Corneau. Rentré à Hong Kong dans les années 80, il a travaillé longtemps dans le cinéma comme critique, producteur et organisateur de festivals avant de réaliser The Drunkard (L'Ivrogne), une adaptation d'un roman de l'écrivain Liu Yichang. Une rencontre avec le réalisateur se tiendra ce jeudi 20 janvier à la médiathèque de l'Alliance Française. Gérard Henry l'a interviewé pour vous.


Vous avez adapté pour ce film un roman de Liu Yichang qui était cette année l'écrivain vedette de la Hong Kong book Fair. A plus de 90 ans, il connaît un nouveau printemps chez les lecteurs chinois, pourquoi avoir fait ce choix ?

Je connais le nom de cet écrivain depuis presque 50 ans. Quand j'étais étudiant, il écrivait des feuilletons littéraires dans les journaux de Hong Kong. A cette époque, on n'avait pas de livres à la maison, il fallait aller dans les bibliothèques ou lire ces feuilletons littéraires dans la presse quotidienne. Liu Yicheng était célèbre et écrivait énormément de nouvelles intéressantes.
J'avais lu ce livre dans les années 70, je l'aimais beaucoup et l'avais emporté en France quand je suis allé faire des études de cinéma à Paris, mais je pensais alors que c'était alors difficile d'en faire un film.

Pourquoi une adaptation au cinéma vous semblait-elle si difficile ?

Les littérateurs ou amateurs de littérature pensaient que c'était impossible d'adapter cet ouvrage, certains pensaient même que j'étais fou. Liu Yichang est le premier romancier chinois à avoir utilisé cette technique du "Flux de conscience" qui tend à suivre directement la pensée de l'auteur. Il y a de plus beaucoup d'évocations de souvenirs et de conversations littéraires entre les personnages dans ce roman, comme entre l'écrivain Lau et son jeune collègue Mak qui rêve de fonder une revue littéraire. Liu Yichang mentionne dans ce livre de nombreuses ?uvres littéraires chinoises et occidentales et de nombreux écrivains, comme Joyce, Proust et même Françoise Sagan. Ce n'était donc pas facile d'adapter ce livre à l'écran.
Cependant quand plus tard, j'ai produit le film Love Will Tear Us Apart de Yu Lik Wai, j'ai alors relu le roman et pensé que c'était faisable. J'ai contacté M. Liu pour obtenir les droits du roman. M Liu qui est amateur de cinéma,  notamment de films comme Rashomon de Kurosawa, m'a dit qu'il avait lu beaucoup de mes articles et a accepté de me vendre les droits.

Que représente pour vous cette histoire dans notre société d'aujourd'hui ?

Le roman reflète la société de Hong Kong dans les années 60. Cet écrivain immigré de Shanghai se retrouve dans une société où chacun court après l'argent et où personne n'a besoin de littérature. Il est forcé de survivre en écrivant des romans d'art martiaux populaires et trouve sa seule échappatoire dans l'alcool. Il est trompé par un réalisateur qui vole son scénario sans le payer et est obligé de déménager constamment. C'est l'histoire de ses déboires et de ses rencontres avec quelques femmes qui croisent son chemin.
Je trouve en fait qu'aujourd'hui, 40 ans après,   cette histoire est toujours d'actualité, la situation n'a guère changé, cette société court toujours après l'argent et les artistes ont la vie difficile. J'ai fait un film qui reste littéraire même si j'ai ensuite coupé ses scènes trop littéraires qu'éventuellement j'aimerais remettre dans le DVD pour les amateurs du roman.

Comment s'est passé le tournage ?

On a tourné dans le vieux quartier de Wanchai, à Malory Street pour reconstituer l'époque des années 60 et dans la White House à Pokfulam où l'on a reconstitué intérieurs et night club de l'époque. On a dû tourner en 16 jours, travaillant parfois 24h d'affilée. J'avais d'ailleurs une équipe francophone et francophile avec des collaborateurs de grande qualité, le peintre et directeur artistique Yank Wong, l'un des meilleurs décorateurs de cinéma de Hong Kong qui a reconstitué les années 60, la monteuse de Eric Rohmer, Mary Stephen et pour la musique, un français, Da Jamz (a.k.a. Jean-Michel Ou). Seul Henry Chung, le directeur de la photo ne parlait pas français.

Gérard Henry (g.henry@alliancefrancaise.com.hk) et www.lepetitjournal/hongkong.html, mercredi 19 janvier 2011

Rencontre/Débat avec Freddie Wong (en Français) : Jeudi 20 janvier, 19H à la Médiathèque de l'Alliance Française, 1/f, 52 Jordan Rd, Kowloon

Plus d'infos sur notre agenda : http://www.lepetitjournal.com/lesbonsplans/details.php?city=37&type=A&id=13276

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