Les cueilleuses de thé du Sud de l’Inde

Par Annick Jourdaine | Publié le 15/03/2022 à 01:05 | Mis à jour le 06/07/2022 à 12:06
Cueilleuses de thé dans une plantation des Nilgiris en Inde

En Inde du sud, la cueillette du thé, tâche ingrate et éprouvante, est effectuée par les femmes. Pour la journée de la femme 2022, la rédaction s’est penchée sur les conditions de vie de ces femmes avec l’aide d’Albert Rochet, Français dont la maman était elle-même une cueilleuse de thé dans les Nilgiris au sud de l’Inde.

 

Cueilleuses de thé dans les Nilgiris en Inde
@ Annick Jourdaine

 

La culture de thé se développe dans l’Inde du sud au XIXème siècle 

Dans le sud de l’Inde, la première plantation connue date de 1859, à Thaisola près de Coonoor. En 1877, autour de Coonoor et de Ooty, on comptait 3 142 acres plantés (soit 1 270 hectares). Le thé prenait la place des cultures de quinquina, d'hévéas et de café. 

Vingt ans après, 8 500 hectares étaient consacrés au thé dans le Tamil Nadu. 

En 1953, un contrat de cession est signé entre les Anglais et le gouvernement indien (The Tea Act) autorisant la vente des plantations à des entreprises indiennes.

Aujourd’hui, la surface consacrée au thé dans le Tamil Nadu est de 59 452 ha, mais les données ne précisent pas la part réellement exploitée, les surfaces en jachère étant importantes. 

 

Les premiers ouvriers des plantations de thé étaient des prisonniers Chinois. Petit à petit, ils ont été remplacés par des populations tribales locales (Badagas vers Ooty) et des ouvriers venant de zones pauvres (Coimbatore, Salem, Trichy…). 

 

Le retour des ouvriers du Sri Lanka dans les années 1970

A la fin des années soixante et le début des années soixante-dix, à la suite de la signature en 1964 du pacte Sirima-Shastri entre l’Inde et le Sri Lanka (voir encadré), un nombre relativement important d’ouvriers des plantations ceylanaises sont rapatriés et s’installent autour de la ville de Gudalur dans le Tamil Nadu. En défrichant la forêt et transformant d’anciennes parcelles de culture de café et d’épices, ils multiplient les petits domaines. Aujourd’hui encore, la majorité des exploitations des Nilgiris ont une taille inférieure à deux acres. 

 

La cueillette du thé en Inde du Sud, une affaire des femmes 

La plupart des ouvriers des domaines privés (qui représentent 97 % des plantations) ne sont pas des salariés permanents ; ce sont des ouvriers agricoles polyvalents, qui travaillent à la demande dans diverses plantations et cultures et parfois sur d’autres chantiers comme ceux de la voirie et de la construction.

 

La cueillette est une tâche réservée aux femmes. Beaucoup d’entre elles sont plutôt âgées car le métier ne recrute plus parmi les jeunes filles. Pour répondre à leurs besoins de main d’œuvre, les grandes plantations n’hésitent pas à employer les enfants des cueilleuses. Ces enfants fréquentent l’école des plantations dont le niveau est particulièrement bas. Ils en sortent à l’adolescence sans formation et ne parlent pas l’anglais. 

 

Cueilleuses de thé dans les Nilgiris en Inde
@ Annick Jourdaine

 

Des conditions de vie précaires

Les cueilleuses des Nilgiris perçoivent aujourd’hui environ 300 roupies par jour (3,5 euros), beaucoup moins que le salaire minimum des travailleurs agricoles fixé à 600 roupies pour les ouvriers agricoles journaliers hommes et 400 pour Les femmes. 

Durant la haute saison, les cueilleuses sont à la tâche pendant 12 heures par jour, voire plus. A cette période, les congés, même médicaux, ne sont pas accordés. 

La plupart de plantations ne disposent pas d’installations d’eau potable. Sous le soleil, les ouvrières sont souvent déshydratées. Leur état de santé est particulièrement médiocre : la plupart souffrent d'anémie, de tuberculose et de paludisme. Les sangsues et les serpents sévissent. 

Les mariages précoces sont fréquents. L’alcoolisme des hommes contribue à la violence familiale. 

 

Une étude récente sur la production de thé dans le Tamil Nadu et le Kerala donne la parole à Padmini, une jeune cueilleuse d’une plantation des collines du Kerala. 

« Ceci est ma maison, une seule pièce pour toute la famille, sans toilettes et ni salle de bain. Il y a 300 maisons comme cela dans le domaine. Pour six logements, il y a des toilettes communes, mais la pièce est sans porte et les femmes préfèrent aller à la rivière pour se laver. » 

Padmini dit qu’elle est souvent malade.

 

Il y a bien un médecin qui travaille pour la plantation mais toutes les ouvrières savent qu’à partir de midi, il est toujours saoul, alors on ne peut compter sur lui. 

 

Toute leur vie, ces femmes travaillent sans espoir de jours meilleurs, restant dépendantes des traditions et des préjugés.

 

Cueilleuses de thé dans les Nilgiris en Inde

 

 


Le pacte Sirima-Shastri ou accord Indo-Ceylan a été signé entre les premiers ministres des deux pays, le 30 octobre 1964.

Son objet était de régler la situation de près de 975 000 personnes, vivant au Sri Lanka, classées par le pays comme "ressortissants indiens" et par l'Inde comme "apatrides". 

Le pacte octroyait la nationalité ceylanaise à 300 000 personnes d’origine indienne et prévoyait le rapatriement en Inde de 525 000 autres. Le statut des 150 000 résidents indiens restants serait négocié ultérieurement. 

En 1981, on estimait que seules 280 000 personnes avaient été rapatriés en Inde et que 160 000 avaient obtenu la citoyenneté sri-lankaise.

En 1982, l'Inde déclarait qu'elle ne considérait plus le pacte comme contraignant car sa période de mise en œuvre avait expiré. En 1984, la guerre civile sri-lankaise mettait fin aux rapatriements.

Le problème de l'apatridie des Tamouls indiens du Sri Lanka a finalement été résolu en 2003, avec la loi accordant de la citoyenneté sri-lankaise aux personnes d'origine indienne, qui vivaient au Sri Lanka au moment du pacte Sirima-Shastri


 

annick jourdaine

Annick Jourdaine

Annick vit à Chennai depuis septembre 2019. L'écriture est pour elle le moyen de prendre du recul et de digérer les émotions que ses yeux et oreilles grand ouverts sur le monde indien provoquent.
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