Mardi 21 septembre 2021

D’illustres visiteurs à Madras il y a 50 ans

Par Alain Guillaume | Publié le 15/03/2021 à 01:00 | Mis à jour le 16/03/2021 à 15:42
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1969, Madras. Alain est un jeune étudiant parachuté en Inde à la fin de son cursus. Une expérience qui le marquera à jamais. 50 ans plus tard il partage ses souvenirs de Madras sur lepetitjournal.com, un régal !

 

L’Abbé Pierre et ses engagements

"En ces années 1969-70, nous avons accueilli à Madras quelques visiteurs connus, que ce soit dans le domaine de l’humanitaire, des lettres, de la musique, de la danse ou du cinéma. L’Abbé Pierre est venu pour la première fois à Madras en 1958 à l’invitation du jésuite français Pierre Ceyrac qui, en Inde depuis 1937, a consacré sa vie aux plus pauvres et notamment aux Dalits (Intouchables). Il est souvent revenu et, en 1970 j’ai pu l’accompagner comme traducteur dans quelques-uns de ses déplacements ; hormis sa très grande gentillesse, j’ai apprécié le fait (très rare) qu’il veille à faire des pauses dans ses propos sans se lancer dans d’interminables discours, cauchemar des interprètes.

 

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l'Abbé Pierre et Père Ceyrac - Emmaus international

 

Dès 1962 les Swallows ("Hirondelles") de Suède soutenus par Emmaüs International ont envoyé des jeunes volontaires travailler en Inde avec le père Ceyrac au bidonville de Cherian Nagar près de Madras. Finalement Swallows in India sera officiellement constituée en 1965. Un autre projet est mis sur pied en 1968-69 pour aider les pêcheurs locaux à améliorer leurs techniques. Des marins de Saint-Pierre et Miquelon amèneront quelques Doris, leurs bateaux traditionnels. Mais, bien qu’équipés de sonars, ils seront distancés par les "kattamaran" des tamouls qui arriveront sur les bancs de poissons avant eux.

 

Brève visite de Marguerite Duras

Marguerite Duras fait une brève visite à Madras vers octobre 1970. Un matin, coup de fil alarmé, Madame Duras est paniquée et n’ose pas sortir de sa chambre de l’hôtel Savera , "C’est plein de mendiants dans les couloirs !" clame-t-elle. Stéphane, directeur de l’Alliance, prend sa voiture et se rend sur place. Dans les couloirs s’agite l’habituelle cohorte de "peons" (balayeurs, hommes à tout faire), vêtus de kaki et souvent quelque peu crasseux, pléthore de personnel courante dans un hôtel indien, même réputé …Marguerite Duras était, il est vrai, obsédée depuis son enfance indochinoise par le souvenir de mendiants, obsession exprimée dans India Song et dans Le Vice-Consul. 

 

La musique et la danse, de la France à Madras

L’Alliance Française ne se contente pas de dispenser des cours de langue. Elle tient une grande place dans la vie culturelle locale et attire de nombreux jeunes avides d’une ouverture sur le monde. Madras est réputée pour la musique, la danse, le cinéma, et c’est surtout dans ces domaines que l’Alliance satisfait un public local cultivé. Des concerts de musique classique sont épisodiquement donnés par des artistes français en tournée. Nous recevrons des pianistes comme Alain Motard ou Rafi Pétrossian, conjointement avec nos collègues allemands du Max Mueller Bhavan – qui ont un piano, eux ! Les interprètes du Quatuor à Cordes Michèle Margand passent quelques jours chez nous. Elles feront salles combles. Ma camionnette et moi (encombrant violoncelle !) les accompagnons à All India Radio à San Tomé pour une série d’enregistrements. Pas bien loin, la piscine du Madras Club nous offre quelques moments de détente et c’est un plaisir de discuter musique avec ces quatre jeunes femmes talentueuses. Nous nous reverrons quelques mois plus tard à Paris.

 

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Le Quatuor Margand

 

Le Grand Ballet Classique de France donne plusieurs représentations à la Music Academy en septembre 1969. Dirigée par la danseuse étoile Liane Daydé, la troupe est composée de 25 danseuses et danseurs, dont  Claude Bessy et Tessa Beaumont. Très beau succès auprès d’un public madrasi plus habitué au Bharatanatyam ou au Kathakali qu’aux pas de deux de Don Quichotte ou de Casse-Noisette.

Au Consulat, un grand cocktail réunit ensuite les artistes, la petite communauté française et l’association Madras Natya Sangh, organisatrice de l’évènement. Ce genre de mondanité est une découverte pour le jeune coopérant que je suis, et j’apprécie beaucoup le champagne, mais pas autant que nos invités indiens qui sont au régime sec. Monsieur le Consul Général, vieux monsieur très digne, est quant à lui très ému par la présence de toutes ces jeunes et jolies danseuses. Grâce à Madras Natya Sangh, des artistes locaux de grand talent iront en Europe, comme Savitri Naïr qui travaillera avec Maurice Béjart.

 

Les artistes du Cinéma à Madras

Une Semaine du Cinéma Français se déroule en juillet 1970, conjointement avec nos homologues de Calcutta et présentée par une petite délégation venue de France. Les séances ont lieu au complexe Safire Theatre, le plus grand d’Inde, situé près de Gemini Circle. L’actrice Bulle Ogier et le metteur en scène Jean-Daniel Simon inaugurent le festival . Le lendemain, tandis que notre directeur emmène Jean-Daniel à la plage, je pilote Bulle Ogier pour une longue après-midi dans Madras ; visite de la ville, achats divers, Bulle est une jeune femme charmante qui s’intéresse à tout et j’ai toujours en mémoire son sourire lumineux. Nous finissons la journée dans les locaux de nos amis stylistes Sabine et Abdus, où Bulle achète des kurtas en soie pour sa petite Pascale …

 

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6 Bulle Ogier en1971

 

L’IDHEC (Institut des Hautes Etudes Cinématographiques, basé à Paris) a lié des relations (échanges, stages d’étudiants) avec son équivalent de Madras, Adyar Film Institute.  Son directeur, Monsieur Teyssonaud, en tournée en Asie, fait une escale chez nous. Je l’accompagne comme traducteur, visites de studios, conférences, tournage de film à Mahabalipuram, rencontre avec les étudiants et présentation de leurs travaux, bref quelques journées passionnantes et bien remplies.

Enfin, le cinéaste Louis Malle a passé 7 semaines en 1969 à Madras et au Tamil Nadu avec une petite équipe (Etienne Becker, Jean-Claude Laureux) ; caméra à l’épaule, ils ont tourné en 16 mm des séquences diffusées à la télévision française sous le titre "L’Inde Fantôme". Un film plus long sur Calcutta avait été réalisé en 1968, irritant au plus haut point le gouvernement indien qui tentera d’en empêcher la diffusion sur la BBC.

Á Madras, Louis Malle a tourné un très bon documentaire lors de la fête religieuse de Panguni Peruvizha autour du temple de Mylapore. Il s’est également intéressé à l’école de danse du Kalakshetra et à l’industrie du cinéma. D’autres séquences ont aussi été réalisées ailleurs au Tamil Nadu. Etant encore en Inde lors de leur diffusion, je n’ai vu ces films que récemment. Je dois dire que le commentaire écrit et dit par Louis Malle m’a parfois laissé pantois. Méconnaissance gênante de la culture tamoule, propos condescendants sur le physique "grassouillet" des danseuses ou sur le "renouveau artificiel du Baratanyata" (sic) assimilé à des danses folkloriques, aïe-aïe-aïe ! L’ensemble reste néanmoins un document d’un grand intérêt (revoir certains extraits ici) 

 

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Louis Malle, Cinéaste Français 

 

 

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Alain Guillaume

En poste à Madras de 1969 à 1971 dans le cadre de la coopération culturelle. Passionné de l'Inde du sud qu'il a parcourue en tous sens, il y a effectué de nombreux séjours.
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