Édition internationale

CELLULE ARTIFICIELLE – Une création de volonté humaine

Un scientifique américain est parvenu à créer un génome de manière artificielle. Cette invention permet d'entrevoir de formidables avancées en biologie, médecine ou encore dans la recherche environnementale et de nouvelles énergies. Le projet un peu fou soulève pourtant des craintes éthiques

Une cellule (AFP)

Après dix ans de recherches, 20 experts sur le pont et un budget de près de 40 millions d'euros, la première cellule artificielle est née. Il faut pourtant prendre des pincettes  pour parler de ce projet titanesque. Le biologiste américain Craig Venter est habitué des coups de pub ? ses équipes avaient remporté la course au séquençage du génome humain- et la révélation de cette première victoire dans la revue Science ne déroge pas à sa réputation sulfureuse. La "cellule synthétique" n'est en fait qu'un génome synthétique, copie de celui de la bactérie M. mycoides, inséré dans une cellule naturelle dont l'ADN avait été détruit. "Nous parlons de cellule synthétique parce qu'elle est totalement dérivée d'un chromosome synthétique, fabriqué à partir de quatre bouteilles de produits chimiques dans un synthétiseur chimique, d'après des informations stockées dans un ordinateur", explique le chercheur.

L'avenir de l'Homme ?
La portée de cette avancée scientifique ne peut cependant pas être diminuée par cet excès de langage. "Tout le monde est impressionné. C'est un peu comme le jour où Gutenberg a imprimé sa première Bible. Certes, il avait emprunté la presse aux Romains et les caractères en relief aux Chinois, mais l'assemblage de ces techniques a changé l'histoire.", résume le généticien Philippe Marlière, cofondateur de la start-up Global Bioenergies. L'Institut Craig Venter s'est déjà associé avec la compagnie pétrolière Exxon et imagine la création de colonies de bactéries artificielles pouvant produire des biocarburants. Mais les possibilités sont infinies : des armées de bactéries mangeuses de déchets toxiques pouvant nettoyer une marée noire ou rendre l'eau potable, des génomes soignant des maladies ou améliorant des formules pharmacologiques ? "Cela change la définition même de la vie et de son fonctionnement. Nous entrons dans une nouvelle ère où nous sommes surtout limités par notre imagination", assure Craig Venter en véritable Frankenstein des temps modernes.

Une avancée scientifique qui inquiète
Le quotidien du Vatican, l'Osservatore Romano, a rappelé à l'ordre le scientifique en lui indiquant que ce génome synthétique est "un très bon moteur, mais ce n'est pas la vie". "En réalité, la vie n'a pas été créée, on en a substitué un des moteurs", a insisté le pédiatre Carlo Bellieni. "Au-delà des proclamations et des titres des journaux, un résultat intéressant a été obtenu qui peut trouver des applications et doit avoir des règles, comme toutes les choses qui touchent au c?ur de la vie", affirme-t-il. La Maison-Blanche serait du même avis et a déjà demandé un rapport complet auprès de son comité d'éthique. Le reste du monde observe avec attention. Bien que l'organisme unicellulaire ne soit pas encore capable de vivre en dehors du milieu confiné d'un laboratoire, en pleine bataille contre les OGM, l'idée d'une cellule artificielle fait peur. L'empressement avec lequel Craig Venter a breveté son concept de Mycoplasma laboratorium, hypothétique machine à tout faire des biotechnologies et donc le faire passer dans le domaine privé, n'est pas pour rassurer. Créer la vie avec un copyright, c'est pour bientôt ?
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) lundi 24 mai 2010

En savoir plus

Article du JDD, La vie synthétique créée en labo
Article du Monde, Création d'une cellule synthétique

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