CARNET DE VOYAGE - Et pendant ce temps à Veracruz…
Ne perdez pas votre temps à chercher la fameuse tiendita de la Cité de la Peur, nous avons fait le tour de la ville sans la trouver. C'est une autre Veracruz, vraisemblablement en Colombie. Oubliez votre déception de cinéphile, la Veracruz mexicaine vaut le déplacement, pour les clichés qu'on y retrouvera et les surprises
Que vous veniez de Mexico, de Jalapa, ou de Oaxaca, la sensation à la sortie du bus sera la même. La chaleur moite vous étouffera et la mer, la grande, celle des longs voyages, envahira votre imaginaire. On parle de cette odeur de sel matinée d'une légère touche de pétrole, cette sensation, à peine être sorti du terminal ADO, que vous êtes plutôt venus en cargo, et que les lumières du couchant vous sont familières, comme après une longue traversée. Veracruz, c'est l'exotisme dans ce qu'il a de plus pur. Les plages de sable blanc sont bonnes pour les milliardaires qui n'ont que trois jours devant eux. Ici le sable est noir, au nord comme au sud de la ville.
Oubliez la promenade des anglais et le vieux port. Rappelez vous Fos et Rotterdam, le Bosphore? et imaginez-les sous les tropiques. La mer est sombre, déjà profonde, et les couleurs n'inspireront pas Cézanne ou Gauguin. Cherchez plutôt du côté des impressionnistes normands près du Havre, de Rouen, c'est un bon début. Ici c'est un soleil brûlant qui se reflète sur les armatures rouillées de paquebots, des superpétroliers, des bâtiments de la marine nationale. Et les nuages ne déversent pas la bruine des poètes du froid, mais les ouragans des romans d'aventure.
Bien sûr, on pourrait vous parler de l'aquarium géant, des micheladas à savourer en terrasse, mais non. Faites bien ce que vous voudrez une fois là-bas pour remplir vos journées. Nous avons préféré rester sur le port, à chanter du Brel et écouter les sirènes des monstres marins. Le café ? Il n'est pas meilleur qu'ailleurs, inutile de fantasmer. On a préféré les mojitos qui rappellent Cuba la voisine. Ici on vient respirer l'ambiance baudelairienne de l'invitation au Voyage, sans le calme, sans le luxe, mais dans la volupté. Les clichés qui persistent avec bonheur sont presque exclusivement musicaux. Le Zocalo vibre tous les soirs, aux sons de la Trova ou de la salsa cubaine. Les visages sont un peu plus noirs, les corps un peu plus souples et taillés pour la danse.
Si la folie vous prend de vous lever tôt, alors regardez le soleil se lever dans la brume du port, comme les indiens ont vu, il y a presque cinq siècles, les bateaux de Cortes arriver là, à l'endroit précis où vous essayez, au-delà de Cuba, de percevoir l'Europe, à l'horizon. Comme un symbole historique, Veracruz est une porte d'entrée et de sortie sur le monde. C'est le mélange enivrant de l'Amérique latine, dans toute sa diversité, de l'ambiance de Rio aux moiteurs antillaises, et du Mexique, si particulier. Il y a bien deux trois églises par ci par-là, mais El Tajin est à trois heures de bus et l'artisanat local n'a rien à envier à celui du Chihuahua ou de Oaxaca. Non, décidément, Veracruz se suffit à elle-même.
Quand les klaxons de Guadalajara et du DF vous pèsent, quand la chaleur sèche de la ville vous suggère que les tropiques sont arides et parfois inhospitaliers, allez passer un week-end dans un hôtel du centre de Veracruz. Vous constaterez empiriquement que Garcia Marquez et Izzo le Marseillais n'ont pas donné dans la science fiction, mais dans l'exotisme le plus simple, le plus sensoriel. Et surtout ne prévoyez rien, vous êtes déjà en train de découvrir quelque chose. David Robert. (lepetitjournal.com - Mexico) jeudi 21 Juin 2007 Photos Gregory Divoux http://divouxgregory.blogspot.com/.