Samedi 27 novembre 2021
TEST: 2248

Le développement durable pour sauver l'industrie textile cambodgienne

Par Juliette FONTAINE | Publié le 19/04/2021 à 02:02 | Mis à jour le 19/04/2021 à 02:02
Photo : Rio Lecatompessy
usine textile au Cambodge

Face à la crise du Covid-19, l’industrie textile au Cambodge se lance dans les énergies durables pour relancer son économie.

 

Un secteur clé pour l’économie cambodgienne

La pandémie a largement pesé sur le secteur l’habillement cambodgien dont les travailleurs ont vu leurs revenus baisser de 30 % en moyenne et 150 000 d’entre eux ont perdu leur emploi. La fermeture de nombreuses usines a mis en péril ce secteur, représentant 7 milliards de dollars et dont 60% de son approvisionnement en matières première dépend de la Chine.

C’est pourtant un secteur clé de l’économie cambodgienne puisqu’il employait avant la crise plus de 960 000 personnes, principalement des femmes, c’est à dire 86 % de la main d’œuvre industrielle totale du Royaume en 2017. Il constituait le premier secteur d’exportation du pays. C’est avec le tourisme, la principale activité du Cambodge.

La rupture de l’accord « tout sauf les armes » (TSA), qui avait incité de grandes entreprises textiles mondiales, telles que Zara, H&M ou Adidas, a délocaliser une partie de leur production au Cambodge, avait déjà était un coup dur à l’industrie textile.

 

Des impacts sociaux-environnement désastreux

Si la demande énergétique pour ce secteur s’est fortement accrue entre 2010 et 2015, la croissance de la consommation d’énergie de l’industrie textile a entraîné un doublement des émissions de gaz à effet de serre entre 2002 et 2012. De plus, ces usines favorisent l’utilisation de bois de chauffage bon marché et non-durable, ce qui aggrave les désastres écologiques causés par le secteur de l’habillement. Le bois énergie permet de produire l'électricité, nécessaire au fonctionnement des machines. La chaleur issue de sa combustion est utilisée pour chauffer de l’eau dans une chaudière et la transformer en vapeur. Cette dernière, mise sous pression, fait tourner des turboalternateurs.

En plus d'être une bio-énergie, le bois est également utilisé dans la fabrication des fibres synthétiques. Le bambou, la viscose ou le tencel sont des fibres textiles extrêmement courantes, dérivées de bois transformé chimiquement.

 

remy-gieling
Remy Gieling

 

Erwan Autret, ingénieur à l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEM), dans une interview accordée à Le Parisien affirmait que :

Si l'on regarde les émissions des gaz à effet de serre, le textile est classé cinquième plus gros émetteur. Si l'on considère l'occupation des sols, elle est seconde. En consommation d'eau et de matière première, elle est troisième. Un des problèmes principaux est le phénomène de fast fashion. Les marques proposent des textiles moins durables qui s'usent plus vite. Ce qui contribue à faire consommer plus, c'est un cercle vicieux.

Le rapport « La mode sans dessus dessous » de l'ADEM constate que 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre sont émis chaque année par le secteur du textile, soit 2% des émissions mondiales. De surcroit, l’industrie textile est le troisième secteur le plus consommateur d’eau dans le monde après la culture du blé et du riz. La production de textile utilise 4% de l’eau potable disponible dans le monde.

En plus de son impact écologique majeur, l’industrie textile pèse fortement sur les populations les plus démunies. En 2013, l’effondrement de l’usine Rana Plazza au Bangladesh ayant entraîné le décès de plus de 1 100 ouvriers avait fait ouvrir les yeux à une partie du monde. Cependant, ce secteur employant plus de 75 millions de personnes dans le monde, est toujours en proie à l’exploitation des enfants, des femmes, des salaires précaires et des conditions de travail indécentes.

L’industrie textile cambodgienne mise sur le développement durable

Face à son ralentissement et aux défis auxquels elle fait face, l’industrie textile cambodgienne se lance dans la durabilité.

Cette entreprise est activement soutenue depuis 2016 par le Geres, une ONG de solidarité et de développement créée à Marseille en 1976. Elle accompagne les pays et les secteurs d’activités à se développer en promouvant une consommation énergétique responsable. La transition énergétique est la ligne directrice de ses missions.

 

 

Le Geres estime qu’au Cambodge, 70% du bois brûlé par les usines de confection provient de forêts naturelles, principalement de la collecte illégale et de pratiques douteuses de défrichement.

L’ONG s’est ainsi entourée de l’Institut mondial de la croissance verte (GGGI) et de l’Association cambodgienne des industriels du textile afin de lancer un projet de grande envergure. Son objectif est d’inciter les investissements dans les pratiques favorisant l’énergie durable dans les usines d’habillement au Cambodge.

C’est pour cela que le programme SWITCH Garment a vu le jour en septembre 2020. Le projet se lance le défi d’impliquer les diverses parties prenantes du secteur, de pousser les institutions gouvernementales à mettre en place des mesures réglementaires et d’aider les usines à avoir accès à des services techniques et financiers appropriés.

Ces actions sont d’autant plus importantes au Cambodge que le cycle de confection y est plus coûteux que dans les pays voisins. Cependant, de plus en plus de marques internationales, que les usines cambodgiennes fournissent, se lancent dans la réduction de l’empreinte environnementale de leurs chaînes d’approvisionnement.

S’investir dans les énergies durables et la production verte serait donc pour l’industrie textile cambodgienne un excellent moyen d’attirer les investisseurs et de relancer sa compétitivité.

Le Geres et ses partenaires ont ainsi obtenu l’inscription au projet de 19 usines de confection depuis mars 2021, surpassant l’objectif initial de 16 usines. Des sessions de formation à l’énergie durable ont déjà été organisées.

Le programme SWITCH Garment a également participé à une conférence avec les géants du textile H&M et Adidas qui affirmaient leur engagement dans la durabilité et l’opportunité de croissance que celle-ci représente pour ce secteur au Cambodge.

Juliette Fontaine

Juliette FONTAINE

Étudiante à Sciences Po Aix en Provence, j’effectue un stage au sein de la rédaction du Petit Journal Cambodge. Passionnée d’équitation, de nature et de voyages, je découvre Phnom Penh pour la première fois.
2 Commentaire (s) Réagir
Commentaire avatar

Antoine mar 20/04/2021 - 00:22

Du tres bon travail ! Je ne manquerais pas d'utiliser cet article dans ma revue de littérature de thèse sur le développement durable.

Répondre
Commentaire avatar

WildCat mar 20/04/2021 - 12:39

Le trucage des commentaires va être signalé à la direction française du Petit Journal. La plaisanterie dure depuis un peu trop longtemps.

Répondre