Édition internationale

Hun vise les fonctionnaires cambodgiens corrompus

Le président du Sénat et chef du Parti du peuple cambodgien, Hun Sen, a appelé le gouvernement à engager des poursuites judiciaires contre les responsables impliqués dans des réseaux d’escroqueries en ligne, y compris au sein des institutions publiques.

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Les autorités ont effectué des descentes dans 50 sites liés à des activités d’escroquerie en ligne

Dans un message adressé le 24 mai, il a insisté sur la nécessité d’aller au-delà des simples opérations de police. « Vous ne réussirez pas en vous contentant de réprimer les escrocs en ligne sans viser les responsables complices et ceux qui n’exécutent pas les ordres », a-t-il déclaré.

Il a également plaidé pour la confiscation des biens des personnes reconnues coupables, estimant que leur simple révocation ne suffirait pas. « Les responsables continuent à vivre confortablement avec l’argent gagné grâce aux arnaques », a-t-il averti.

Hun Sen a par ailleurs demandé des sanctions administratives contre les gouverneurs provinciaux, chefs de police ou de gendarmerie qui n’appliqueraient pas les directives gouvernementales, appelant à une ligne de fermeté : « Aucune indulgence ne sera accordée ».

Des interrogations sur les filières d’entrée des fraudeurs

Le dirigeant a aussi demandé aux autorités d’enquêter sur les conditions d’entrée des suspects étrangers impliqués dans ces réseaux. « Je suis surpris de voir des dizaines de milliers d’escrocs en ligne entrer au Cambodge », a-t-il déclaré, appelant à identifier les routes d’entrée, notamment par voie terrestre, les intéressés ne pouvant selon lui pas être arrivés par voie aérienne sans documents.

Une campagne nationale de répression intensifiée

Entre juillet 2025 et mi-avril 2026, plus de 250 centres d’escroquerie, dont 91 casinos, ont déjà été démantelés, et plus de 13 000 étrangers impliqués ont été expulsés.

Sur le terrain, les autorités cambodgiennes ont poursuivi leurs opérations. Selon la Police nationale, plus de 3 300 suspects ont été interpellés entre le 1er et le 22 mai 2026 lors de raids menés sur 50 sites à travers le pays.

Au total, 3 320 personnes de 32 nationalités ont été arrêtées. Parmi elles, 1 030 ont été expulsées, tandis que 96 ont été déférées devant la justice.

Les autorités précisent que 559 personnes, reconnues non impliquées dans des activités criminelles, ont été relâchées après une procédure d’éducation administrative. Par ailleurs, 1 590 individus restent sous enquête, et 45 ont demandé un rapatriement volontaire.

Selon la police, ces opérations ont contraint certains réseaux à se disperser, certains suspects se cachant au Cambodge tandis que d’autres ont fui vers des pays voisins pour poursuivre leurs activités. Vue l’ampleur des réseaux, on se demande comment ils ont pu tellement prospérer au Cambodge sans, au moins, le soutien passif de certaines autorités. Doit-on rappeler que le Cambodge figure à la 163e place sur 182 pays de l’Indice de perception de la corruption (CPI) 2025 ?

Pour en savoir plus : Indice de corruption : le Cambodge recule en 2025

Des mesures administratives et des sanctions élargies

En parallèle, les autorités locales ont renforcé les contrôles sur les lieux d’hébergement collectif et sanctionné plusieurs propriétaires accusés d’avoir loué des logements à des réseaux frauduleux.

La police a appelé la population à coopérer en signalant toute activité suspecte et a averti que l’hébergement d’activités illégales pourrait entraîner des poursuites.

Pressions internationales et premières sanctions

Cette intensification de la lutte s’inscrit dans un contexte de pressions internationales croissantes. Depuis 2025, plusieurs partenaires étrangers ont appelé Phnom Penh à cibler non seulement les exécutants, mais aussi les réseaux et leurs soutiens au sein des élites.

En octobre 2025, Washington qualifiait le Cambodge d’« État sponsor » de la traite humaine. Et des sanctions américaines et britanniques visaient le groupe Prince, accusé d’implication dans des activités frauduleuses transnationales. En avril 2026, les États-Unis ont sanctionné le sénateur Kok An pour ses liens présumés avec des escroqueries en ligne de type « romance-investissement ».

Mais déjà en 2023, les Chinois étaient sensibilisés au problème par un film racontant l’histoire d’un programmeur et d’un mannequin chinois qui, attirés par la promesse d’un emploi bien rémunéré, se retrouvent piégés dans un pays étranger (le Cambodge n’était pas expressément nommé) et contraints de participer à des jeux d’argent en ligne frauduleux.

Selon le China Daily, le réalisateur Shen Ao a déclaré avoir étudié plus de 10 000 cas, des victimes et des officiers de police, pour réaliser le film. Ce film avait contribué au tarissement du tourisme chinois. 

Pour en savoir Plus : No More Bets le film qui fait fuir les touristes chinois

Des changements au sein des autorités locales

Dans ce contexte, des mouvements ont été observés au sein de l’appareil sécuritaire. Dans la province de Mondolkiri, le gouverneur ainsi que les responsables de la police provinciale et de la gendarmerie ont été remplacés les 22 et 23 mai.

Si les raisons officielles de ces décisions n’ont pas été précisées, certaines sources évoquent des liens présumés avec des activités d’escroquerie en ligne.

Par ailleurs, l’Unité anticorruption aurait engagé des poursuites contre deux hauts responsables du ministère de l’Intérieur pour des faits liés à ces réseaux et à du blanchiment d’argent. Le Cambodge a adopté le 6 avril 2026 une loi spécifique contre les arnaques en ligne. Celle-ci prévoit des peines pouvant aller jusqu’à 30 ans de prison, voire la réclusion à perpétuité pour les organisateurs.

Nous verrons bien si les déclarations du président du Sénat seront suivies d’effet.

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