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Hausse du carburant au Cambodge, le risque d’une pauvreté accrue

La flambée des prix du carburant menace d’aggraver la pauvreté au Cambodge, sur fond de tensions économiques et de mutation démographique.

Le Cambodge amortit le choc des prix des carburants Le Cambodge amortit le choc des prix des carburants
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 12 juin 2026

Le Cambodge pourrait voir environ 1,1 million de personnes supplémentaires basculer dans la pauvreté si les prix du carburant continuent d’augmenter, a averti la Banque mondiale le 9 juin, tout en anticipant un ralentissement de la croissance et en appelant à anticiper le vieillissement de la population.
Dans sa dernière publication Cambodia Economic Update, l’institution indique qu’une hausse de 60 % des prix du carburant pourrait faire grimper le taux de pauvreté de plus de six points de pourcentage. En cause : l’augmentation des coûts de transport et de production, qui se répercute sur l’ensemble des chaînes d’approvisionnement et renchérit les biens et services du quotidien.
Cet avertissement intervient alors que l’économie cambodgienne subit des pressions croissantes liées à la hausse des prix de l’énergie, à la baisse des transferts de fonds et à une demande intérieure plus faible. La croissance économique devrait ralentir à 3,9 % cette année, dans un contexte où les ménages réduisent leurs dépenses et où les entreprises évoluent dans un climat incertain.
Cependant, selon la Banque mondiale, les chocs actuels masquent un défi bien plus important à venir. « Le défi des politiques publiques est donc double », indique le rapport, appelant à protéger les ménages vulnérables face aux difficultés immédiates, tout en accélérant les réformes nécessaires pour soutenir la croissance à long terme, une fois l’avantage démographique en déclin.

Baisse des transferts et hausse des coûts

L’un des chocs économiques majeurs a suivi le retour de près d’un million de travailleurs migrants cambodgiens depuis la Thaïlande après les tensions frontalières de 2025. Pendant des années, les fonds envoyés par ces travailleurs constituaient une source essentielle de revenus pour de nombreuses familles rurales, permettant de financer la scolarité, les soins médicaux, le remboursement des dettes et les dépenses alimentaires. Cette source financière s’est nettement affaiblie.
Selon la Banque mondiale, les transferts de fonds ont représenté 3,6 % du PIB en 2025, contre une moyenne de 6 % sur la période 2019-2024. Cette baisse a réduit le pouvoir d’achat dans de nombreuses communautés, en particulier dans les provinces dépendantes de l’emploi à l’étranger.
La situation est aggravée par la hausse des prix mondiaux du pétrole, liée aux conflits au Moyen-Orient. L’impact se diffuse dans toute l’économie. L’augmentation du coût du carburant renchérit le transport des marchandises, le fonctionnement des entreprises et la production alimentaire, des coûts souvent répercutés sur les consommateurs. Pour les ménages déjà fragilisés par la baisse des revenus et la hausse du coût de la vie, les dépenses essentielles deviennent plus difficiles à assumer.
Les agriculteurs figurent parmi les plus exposés. Le carburant, les engrais et les pesticides représentent déjà une part importante des coûts de production. La hausse des prix de l’énergie risque de réduire davantage les marges, d’affaiblir les revenus ruraux et d’accroître les risques pour la sécurité alimentaire, notamment pour les foyers les plus modestes.

Des signes de résilience malgré les tensions

Malgré ces difficultés, certains indicateurs témoignent d’une capacité d’adaptation. Les investissements directs étrangers ont atteint 5,1 milliards de dollars en 2025, soit 10,1 % du PIB, en hausse de 15 % par rapport à l’année précédente. Les flux d’investissement se diversifient progressivement, au-delà du secteur traditionnel du textile, vers l’électronique, les appareils ménagers, les pneus automobiles ou encore les énergies renouvelables.
Le marché du travail a également montré une capacité notable à absorber le retour massif des travailleurs migrants. Selon la Banque mondiale, environ 800 000 emplois ont été créés en 2025, dont plus de 400 000 dans le secteur formel. Les programmes de réintégration soutenus par le gouvernement ont permis à des centaines de milliers de personnes de retrouver un emploi, limitant ainsi l’ampleur des perturbations sociales et économiques.
Toutefois, créer des emplois ne suffit pas. De nombreux travailleurs restent concentrés dans des activités à faible productivité, tandis qu’un décalage persiste entre les compétences disponibles et celles recherchées par les employeurs. Le rapport souligne également un écart croissant entre les industries soutenues par des investissements étrangers et les entreprises locales.
Alors que les industries orientées vers l’exportation poursuivent leur expansion, de nombreuses entreprises domestiques restent freinées par des coûts logistiques élevés, un accès limité au financement et des liens insuffisants avec les chaînes d’approvisionnement mondiales. L’investissement local demeure inférieur à l’investissement étranger, ce qui limite les retombées économiques pour les entreprises cambodgiennes.

Une population active proche de son pic

Au-delà des pressions économiques immédiates, la Banque mondiale alerte sur un tournant démographique majeur. Depuis deux décennies, le Cambodge bénéficie d’une population jeune et en expansion, moteur de la croissance, de l’attractivité pour les investissements et de la réduction de la pauvreté.
Mais cette dynamique évolue. Le pays reste plus jeune que plusieurs de ses voisins d’Asie de l’Est, mais la baisse du taux de fécondité et l’allongement de l’espérance de vie modifient progressivement la structure démographique. La part de la population en âge de travailler devrait atteindre son pic autour de 2043, avant d’entamer un déclin graduel.
Ce changement, encore lointain, aura des conséquences durables. Les décisions prises au cours des vingt prochaines années seront déterminantes pour l’avenir économique du pays. Avec le vieillissement de la population, un nombre réduit d’actifs devra soutenir une population âgée croissante, ce qui exercera une pression accrue sur les systèmes de santé, les dispositifs de protection sociale, les finances publiques et les solidarités familiales.
Contrairement à certains pays ayant pleinement tiré parti de leur dividende démographique avant de vieillir, le Cambodge présente encore des lacunes importantes dans les domaines de l’éducation, de la santé et des compétences professionnelles.
L’enjeu n’est pas le vieillissement en soi, mais la capacité du pays à accroître significativement sa productivité avant que cet avantage démographique ne s’atténue. Selon le rapport, combler les écarts en capital humain pourrait augmenter le potentiel de revenus futurs de 68 %, soulignant l’importance des investissements dans l’éducation, la santé et le développement des compétences.

Investir dans le capital humain pour l’avenir

Pour répondre à ces défis, des mesures de court terme ne suffiront pas. La Banque mondiale recommande un soutien ciblé aux ménages vulnérables, des programmes de travaux publics à forte intensité de main-d’œuvre, une aide au secteur agricole et des mesures visant à préserver la stabilité financière.
Sur le long terme, la prospérité du Cambodge dépendra de la qualité de son capital humain. Cela implique d’améliorer les résultats éducatifs, de développer la formation technique et professionnelle, de renforcer les systèmes de santé et de favoriser l’accès à des emplois à plus forte valeur ajoutée.
Il s’agit également de reconnaître que la productivité se construit tout au long de la vie, au sein des familles, des communautés et des milieux professionnels. La Banque mondiale identifie aussi plusieurs axes de réforme, notamment les services de garde d’enfants, la prise en charge des personnes âgées, les programmes de mobilité du travail et la diversification commerciale.
La réalisation de l’ambition du Cambodge de devenir une économie à revenu élevé d’ici 2050 dépendra en grande partie de sa capacité à transformer sa population encore jeune en une main-d’œuvre plus qualifiée, productive et compétitive, avant que son avantage démographique ne s’estompe.

Rédigé par : Sonny Inbaraj Krishnan
Avec l’aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

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