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Enfants au travail au Cambodge : ce que les lois ne suffisent pas à changer

Au Cambodge, des milliers d’enfants travaillent encore au lieu d’aller à l’école. Derrière les lois existantes, la pauvreté et la pression familiale continuent de décider pour eux.

Enfants au travail au Cambodge - ce que les lois ne suffisent pas à changerEnfants au travail au Cambodge - ce que les lois ne suffisent pas à changer
Photo Elodie Hannhart
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 15 février 2026, mis à jour le 26 février 2026

Avant le lever du jour, dans de nombreux villages cambodgiens, certains enfants sont déjà à l’œuvre. Ils portent des briques, lancent des filets de pêche ou marchent dans les rues pour vendre ce qu’ils trouvent. Pendant ce temps, les salles de classe restent vides. Non pas parce que ces enfants méprisent l’école, mais parce que, pour beaucoup, survivre passe avant apprendre.

Le Cambodge dispose pourtant de lois destinées à protéger les enfants et à garantir leur accès à l’éducation. Comme ailleurs, ces textes interdisent le travail précoce et encadrent les activités autorisées. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre.

Selon les données disponibles sur l’activité économique, environ 7,1 % des enfants cambodgiens travaillent. Le phénomène touche surtout les zones rurales — Mondolkiri, Preah Vihear, Stung Treng ou Prey Veng — mais il est aussi visible à Phnom Penh.

Dès lors, une question s’impose : pourquoi tant d’enfants continuent-ils de travailler alors que l’école est censée être obligatoire ? Dans la plupart des cas, il ne s’agit pas d’un choix. La pauvreté, les dettes, la pression familiale et l’absence de contrôles laissent peu d’alternatives.

Des lois pensées pour protéger

Les lois sur le travail des enfants ont un objectif clair : protéger les mineurs des activités dangereuses, de l’exploitation et de tout ce qui compromet leur développement.

Les conventions internationales, dont celle des Nations unies relative aux droits de l’enfant, rappellent qu’aucun enfant ne devrait travailler au détriment de sa santé ou de sa scolarité. L’école est conçue comme une protection, pas comme une option secondaire.

La pauvreté comme moteur principal

Au Cambodge, la pauvreté reste la première cause du travail des enfants. Dans de nombreuses familles, l’urgence est quotidienne : manger, payer un loyer, se soigner.

Selon l’UNICEF, sur les trois millions d’enfants que compte le pays, environ 300 000 ne sont plus scolarisés. Le travail leur apporte un revenu immédiat, là où l’éducation promet des bénéfices lointains et incertains.

Les emplois occupés sont souvent pénibles : fours à briques, pêche de nuit, vente ambulante, collecte de déchets, travaux agricoles. Ces activités exposent les enfants à des blessures, à l’épuisement et à un stress durable, avec des conséquences sur leur santé et leur développement.

Quand les enfants portent la famille

Dans de nombreux foyers, les enfants deviennent des soutiens économiques par nécessité. Maladie, handicap, traumatismes psychologiques ou addictions empêchent parfois les adultes de travailler. La responsabilité glisse alors vers les plus jeunes, sans débat.

Au début des années 2000, certaines familles, acculées par l’extrême pauvreté, ont pris des décisions dramatiques, allant jusqu’à vendre leurs enfants pour survivre. Si ces situations sont aujourd’hui moins visibles, les mécanismes qui les ont produites n’ont pas disparu.

Une école parfois vécue comme un échec

Pour les enfants les plus pauvres, l’école n’est pas toujours un refuge. Discriminations, humiliations et violences restent présentes. Ces expériences finissent par éloigner certains élèves, qui perdent confiance et se sentent exclus.

Chez les adolescents, le contraste est encore plus marqué. Ceux qui travaillent gagnent de l’argent, paraissent autonomes. Face aux difficultés scolaires, le travail devient progressivement plus attractif que la poursuite des études.

Des lois peu appliquées

Le Cambodge a ratifié plusieurs conventions internationales interdisant les pires formes de travail des enfants. Mais les contrôles restent limités. Les inspections sont rares, les poursuites peu nombreuses, notamment dans les secteurs les plus dangereux. Résultat : de nombreux enfants continuent de travailler sans réelle protection, en particulier en milieu rural.

Des avancées réelles, mais incomplètes

Ces dernières années, les autorités ont lancé plusieurs initiatives pour lutter contre le décrochage scolaire. Des campagnes encouragent le maintien à l’école, tandis que les partenariats avec des organisations internationales renforcent les services sociaux. Les programmes d’alimentation scolaire ont montré leur efficacité : moins de faim, plus de présence en classe, de meilleurs résultats. Mais ces dispositifs restent encore limités géographiquement.

 

Oudong Janvier 2026. Photo Elodie Hannhart

Oudong Janvier 2026. Photo Elodie Hannhart

 

Ce qu’il reste à faire

La sensibilisation doit d’abord se jouer au niveau local. Informer les familles, soutenir les plus pauvres et alléger les démarches d’accès aux aides sociales permettrait de réduire le recours au travail des enfants.

Les lois existent. Encore faut-il les appliquer. Des contrôles réguliers, des sanctions effectives et une responsabilité claire des autorités sont indispensables. Le travail des enfants n’est pas seulement une question de textes juridiques. C’est un choix de société. Tant que certains enfants devront travailler pour manger, l’école restera une promesse fragile.

En avril 2025, la KOICA et le Programme alimentaire mondial ont lancé un programme de 10 millions de dollars pour renforcer l’alimentation scolaire. Il bénéficie à plus de 133 000 élèves dans 428 écoles de cinq provinces.

Son extension à l’ensemble du pays, y compris à Phnom Penh, pourrait jouer un rôle décisif pour maintenir les enfants à l’école et réduire durablement le décrochage.


Sokkong Kanchana

Sokkong Kanchana est étudiante en relations internationales à l’Institute for International Studies and Public Policy et s’intéresse aux enjeux de développement au Cambodge.

Publié avec l’aimable autorisation de Cambodianess, qui nous permet d’offrir cet article à un lectorat francophone.

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