Jeudi 22 octobre 2020

Forte baisse d’activité pour la communauté française au Cambodge

Par Virginie Vallée | Publié le 02/04/2020 à 07:04 | Mis à jour le 02/04/2020 à 07:41
Photo : Une boutique fermée à Phnom Penh. Crédits : Virginie Vallée / Lepetitjournal.com Cambodge
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Environ 10 000 Français résident au Cambodge. Parmi eux beaucoup travaillent dans le secteur tertiaire. La crise économique qui découle de la pandémie liée au coronavirus les touche de plein fouet.

Quel que soit leur domaine d’activité, les Français contactés par Lepetitjournal.com Cambodge sont tous touchés par la pandémie de Covid-19. Chacun essaie de protéger son activité et sa santé à sa manière. Frédéric Bachelet, au Cambodge depuis 2001 est le responsable du Dib Club à Phnom Penh depuis 2017. Cet établissement accueille pour la journée des Cambodgiens ou des expatriés qui viennent se détendre, prendre un en-cas au bord de la piscine ou jouer au football. Le Dib Club a vu sa fréquentation chuter immédiatement après l’annonce du premier ministre le 16 mars ordonnant la fermeture des cinémas et karaokés. Quelques expatriés continuaient à venir. Les mesures d’hygiènes accentuées comme l’ajout de chlore supplémentaire dans la piscine, le nettoyage à l’alcool des accoudoirs et des différentes surfaces ou le port de masques n’ont pas suffit à rassurer le personnel cambodgien. « Il n’est pas très déontologique de contraindre à travailler des personnes qui ont peur », constate Frédéric qui a donc décidé de fermer l’établissement le 23 mars. C’est à contre cœur que le responsable a dû mettre un terme aux contrats des salariés en période d’essai. Il cherche une solution pour maintenir un minimum salarial pour la quarantaine d’employés rentrés chez eux. «  Nous aimerions mettre en place un système de minimum, peut-être 50% du salaire des employés, mais le groupe pour lequel je travaille est un groupe hôtelier et les hôtels ferment les uns après les autres. Je ne suis pas certain que ça puisse se faire et si ça peut être mis en place, je ne sais pas combien de temps ça pourra durer. L’Etat n’a pas annoncé d’aide pour l’instant, j’espère qu’il le fera lorsque la situation sera stabilisée. Pour l’instant on ne peut qu’attendre pour voir ce qui va se passer. Habituellement je suis quelqu’un d’optimiste mais en ce moment je suis surtout dans l’expectative », déplore Frédéric.

Hélène Grégoire et Alicia Toumi tiennent la boulangerie Sweet Lab à Phnom Penh. L’établissement fêtera ses deux ans dans une semaine. Les deux jeunes femmes vivent au Cambodge depuis trois ans, un pays qui pour elles offre des tas d’opportunités. Pour l’instant les deux entrepreneuses tiennent bon. Leur clientèle composée essentiellement d’expatriés continue à fréquenter l’établissement mais différemment. Les clients passent pour prendre leur pain mais ne s’attardent plus à une table. Elles se sont donc adaptées. « Nos produits sont déjà disponibles sur les sites de livraison mais depuis la fin de semaine dernière nous avons mis en place notre propre service de livraison à domicile. Nous avons aussi modifié légèrement notre carte pour proposer plus de pâtes crues par exemple pour que les clients qui ne se déplacent plus à la boutique puissent faire leur propre pizza ou tarte. Notre service de livraison de petits déjeuners fonctionne lui aussi plutôt bien. Nous offrons les frais de livraison aux commandes de plus de 20 dollars. Le panier moyen a augmenté du coup mais c’est dû au fait que les clients ont commandé plus et qu’ils stockent. Nous ne savons pas s’ils vont recommander rapidement », explique la patronne. Le gouvernement cambodgien a demandé aux propriétaires de faire preuve de flexibilité pour les loyers dans cette période particulière. « Notre propriétaire n’a rien voulu savoir, ni allègement ni report. Le loyer est un poste important tout comme les salaires de nos quatre salariés à temps plein et de notre salarié à mi-temps mais notre plus gros poste concerne les matières premières. Nos fournisseurs ont été livrés fin février, et avec les fermetures des restaurants qui s’enchaînent, la demande baisse, il y a du stock. Notre problème est qu’il s’agit de produits importés de France qui coûtent chers. Nous ne savons pas si les clients vont continuer à commander et donc si nous devons nous réapprovisionner ou pas. Les premières semaines d’avril vont être décisives pour l’avenir de Sweet Lab », s’inquiète Alice.

Alice Varini a quitté depuis peu Siem Reap où elle travaillait pour Artisans d’Angkor afin de tenter sa chance en tant qu’entrepreneure dans la capitale cambodgienne. C’est habituellement sur les marchés d’artisans ou à l’occasion d’atelier de gemmologie que l’artisane vend ses créations de bijoux. Installée au Cambodge depuis 2014, la jeune femme y trouve les pierres qui inspirent ses collections. Par les temps qui courent la créatrice de bijoux doit s’adapter. « Je vends mes créations sur Facebook et Instagram mais ce ne sont pas vraiment des boutiques en ligne comme les grandes marques. Par nécessité je m’initie à l’informatique pour tenter de créer mon site. Mes finances ne me permettent pas de faire appel à un professionnel mais mes talents de graphiste sont plus pertinents pour la création de bijoux que pour la création d’un site web, s’amuse-t-elle. Je trie aussi mes pierres et j’ai terminé ma nouvelle collection », raconte la créatrice de bijoux. Passionnée par son métier, la créatrice profite du temps qui lui est imposé pour se former à de nouvelles techniques pour apprendre à peindre sur l’or et l’argent et faire des reproductions de bijoux angkoriens.

Arrivés en 2018 au Cambodge, Christine Acchiardi gère la maison d'hôtes Sangker Villa à Battambang. La baisse de fréquentation de l’établissement ainsi que la peur des salariés cambodgiens face à l’épidémie ont amené Christine à fermer temporairement son établissement le 26 mars. « La baisse de la fréquentation a commencé dès la mi-mars. Des clients annulaient leur venue, même des personnes déjà présentes au Cambodge mais qui préféraient écourter leur séjour et rentrer en France au plus vite. Le personnel avait peur de venir travailler. Ma clientèle est essentiellement occidentale et dans cette période de crise les Occidentaux font peur aux cambodgiens. Les femmes de ménages portaient des gants, des masques, désinfectaient tout mais elles n’osaient pas rentrer faire les chambres. Je n’allais pas les torturer davantage », raconte l’hôtelière. « J’avais cinq employés. J’ai juste demandé au gardien de rester et il a accepté. J’ai pu payer les salaires des mois de mars et avril mais sans entrée d’argent je ne peux guère faire plus. J’ai demandé à mon propriétaire de trouver un arrangement pour le loyer, j’attends sa réponse », ajoute celle pour qui les temps à venir vont être difficiles. Malgré tout, dès qu’elle en a l’occasion Christine aide comme elle peut ses clients coincés au Cambodge en passant des coups de fil ou en les accompagnant pour faire des papiers.

La baisse d’activité chez les hôteliers a commencé avant cette crise mais la ville de Battambang était un peu moins touchée que Siem Reap ou Phnom Penh. Pas de jaloux, aujourd’hui les hôteliers de la deuxième ville du Cambodge souffrent comme les autres. Mathieu Damperon est tombé sous le charme du Cambodge dès sa première visite en 2004. Il s’est donc installé en 2010 à Battambang où il a ouvert en famille le Cabaret Vert , un hôtel restaurant situé dans un écrin de verdure, avec la première piscine naturelle du pays. L’établissement est lui aussi fermé depuis une semaine. Mathieu emploie habituellement une vingtaine de salariés, seuls quatre sont restés dans l’établissement avec leur famille pour continuer l’entretien. Tout le monde reste confiné. Pour le propriétaire, on ne rigole pas avec la santé des gens même si financièrement les temps à venir vont être difficiles. « Je me suis engagé à verser à mes salariés 20% de leur revenu habituel. Je sais que je peux tenir quatre mois. Pour la suite on verra, mais si je n’ai pas de rentrée d’argent je ne sais pas comment je vais faire… » s’inquiète le patron.

 

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