Un responsable du ministère de l’Intérieur a déclaré que la police avait arrêté près de 600 étrangers lors d’une descente dans un immeuble de 30 étages à Poipet. Les personnes interpellées sont soupçonnées d’avoir participé à des paris sur des jeux en ligne. Des médias locaux avaient d’abord présenté l’opération comme visant un réseau d’escroquerie en ligne.


Au début du mois dernier, le gouvernement avait annoncé le démantèlement complet des grands complexes d’arnaques, qui avaient fait de certaines régions du pays des centres importants de cyberfraude industrielle. Cette annonce avait été faite lors d’une conférence internationale consacrée à la lutte contre les escroqueries en ligne. La conférence s’était conclue par une déclaration comprenant 11 points volontaires et non contraignants, que les pays participants étaient invités à appliquer conformément à leur législation nationale.
Le vice-gouverneur de la province de Banteay Meanchey, Liem Sona, a confirmé les informations publiées par les médias : 587 personnes, étrangers et Cambodgiens ont été arrêtés, dont 105 femmes. Les Indonésiens formaient le groupe le plus nombreux, avec 518 personnes, suivis de ressortissants thaïlandais et cambodgiens. L’opération a été menée par la Police nationale le 4 octobre, a indiqué Liem Sona, sans donner davantage de détails.
Au lendemain de la publication, dans les médias locaux, d’informations présentant l’opération comme une lutte contre les escroqueries en ligne, les activités menées dans l’immeuble ont été qualifiées de « paris sur des jeux en ligne ».
Les autorités parlent de paris sur des jeux en ligne
« Il y a eu une confusion dans la formulation. Il s’agit d’une opération contre les paris sur des jeux en ligne, et non contre la fraude technologique liée aux escroqueries en ligne », a déclaré Touch Sokhak, porte-parole adjoint du ministère de l’Intérieur.
Selon lui, le gouvernement a « réussi » à démanteler les grands complexes d’opérations d’arnaques en ligne. Seules des structures de petite échelle subsisteraient, et la police les cible désormais.
Touch Sokhak a rappelé que la décision du gouvernement de suspendre, à partir d’octobre, toutes les opérations de jeux d’argent en ligne dans les casinos vise à renforcer les contrôles sur la fraude en ligne liée aux technologies et sur les transactions financières suspectes.

La Police nationale et les autorités provinciales de Banteay Meanchey ont fait une descente dans un immeuble de 30 étages à Poipet et arrêté près de 600 personnes soupçonnées de paris sur des jeux en ligne, le 4 octobre 2026. (Police nationale)
Les réseaux d’arnaques en ligne au Cambodge et dans la région
Les activités d’escroquerie en ligne se sont implantées au Cambodge, au Myanmar et au Laos ces dernières années. Des experts estiment qu’elles génèrent chaque année « des dizaines de milliards de dollars » et reposent souvent sur le « travail forcé ou contraint ». En 2023, les Nations unies ont rapporté que jusqu’à 100 000 ressortissants étrangers travaillaient dans ce secteur.
Dans un précédent article de CamboJA News, des analystes avaient exprimé leur scepticisme à l’égard de la répression, estimant que certaines personnalités de haut rang n’étaient toujours pas inquiétées. Parmi elles figureraient des personnes sanctionnées par les États-Unis pour leur implication présumée dans des opérations d’escroquerie.
En août, le haut responsable de la police Um Sophal, dans la province de Banteay Meanchey, a été arrêté et interrogé à la suite de perquisitions visant des activités d’arnaque en ligne menées dans des propriétés lui appartenant.
Le porte-parole du gouvernement, Pen Bona, a décliné tout commentaire et renvoyé les demandes de renseignements vers Chhay Kim Kheoun, de la Police nationale. Ce dernier n’a pas pu être joint.
L’ambassade d’Indonésie à Phnom Penh n’a pas répondu dans l’immédiat aux questions qui lui ont été adressées.
Au Cambodge, des questions sur la nature de l’opération
L’analyste politique indépendant Seng Vannly a exprimé plusieurs doutes, notamment sur l’élimination des grands complexes d’arnaques et sur les éléments ayant conduit la police à parler de paris sur des jeux plutôt que d’escroqueries en ligne.Selon lui, le public mérite une explication claire. Si la descente constitue une action positive, les autorités devraient également préciser la durée de l’opération et expliquer pourquoi aucune mesure n’a été prise plus tôt.
Seng Vannly a également reconnu que les paris en ligne et les escroqueries en ligne ne désignent pas la même activité. « Si la police décrit l’affaire comme des paris tandis que les médias parlent d’escroquerie, les autorités devraient expliquer ce que montrent les éléments de preuve. Il ne faut pas supposer que toutes les personnes détenues sont des escrocs », a-t-il déclaré.
« De même, le gouvernement ne devrait pas employer le terme “paris” pour éviter d’enquêter sur d’éventuelles fraudes, du travail forcé ou du blanchiment d’argent », a-t-il ajouté.
Avec l’aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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