Les voix féminines de ‘‘Finding Myself’’, de retour à Phnom Penh
À Phnom Penh, « Finding Myself » donne voix à des femmes à travers une création multilingue sensible, portée par des comédiennes cambodgiennes engagées.


À Phnom Penh, l’espace The Last Stage Riverside accueille Finding Myself (in mirage) les 10 et 11 juin, dans le cadre du Golden (R)Age Festival. Cette création, mise en scène par Frédéric Fisbach à partir de textes du photographe français Antoine d’Agata, explore les réalités de la condition féminine à travers une approche artistique multilingue. Sur scène, trois comédiennes issues de l’Acting Art Academy, Von Lyer, Vinich Virak et Phanit Yem, partagent la scène avec l’actrice franco-roumaine Madalina Constantin. Ensemble, elles portent des paroles de femmes venues de différents horizons, dans un spectacle joué en khmer, en français et en anglais. Le projet s’inscrit dans une dynamique de coopération culturelle entre la France et le Cambodge. Frédéric Fisbach est invité par l’Institut français du Cambodge dans le cadre du programme PICC « Les Voix de la scène : Échanges et innovation dans le spectacle vivant au Cambodge ». Soutenu par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et l’Institut français, ce programme vise à renforcer les échanges entre institutions cambodgiennes et françaises, notamment à travers la formation, la création et la diffusion internationale. La collaboration prend racine lors d’un premier séjour du metteur en scène à Phnom Penh en octobre, à l’occasion d’ateliers menés avec de jeunes comédiennes. Ces rencontres, ainsi que les échanges avec Fanny Pagès, directrice déléguée de l’Institut français du Cambodge, et Karim Belkacem, cofondateur de l’Acting Art Academy, permettent de concrétiser le projet.

Adapter l’univers d’Antoine d’Agata sur scène
L’œuvre s’appuie sur les écrits d’Antoine d’Agata, connus pour leur regard sur le corps, la marginalité et l’intime. Ses textes mêlent réflexions personnelles et récits de femmes confrontées à des réalités marquées par la violence, la drogue ou la prostitution. Face à cette matière, Madalina Constantin adopte une posture d’interprétation singulière : « Je n’ai jamais pris de drogue de ma vie, je ne connais pas la prostitution. Je ne sais pas comment parler de l’intérieur de tout ça. Mais son texte m’a bouleversée. » Plutôt que d’imiter ces expériences, elle choisit une approche qu’elle décrit comme « honnête », incarnant un regard extérieur qui guide le spectateur tout au long des scènes. La pièce est majoritairement jouée en khmer, avec des passages en français et en anglais, et surtitrée dans les trois langues. Ce choix influence directement le processus de création. « Le khmer est une langue que je ne maîtrise absolument pas. Ce sont les comédiennes qui ont traduit leurs textes. Elles en ont l’entière responsabilité », explique Frédéric Fisbach. Ce fonctionnement transforme la dynamique habituelle de mise en scène, laissant place à une élaboration plus horizontale du travail artistique.
Des comédiennes cambodgiennes et des textes sensibles au centre du projet
Âgées de 23 à 31 ans, les trois comédiennes cambodgiennes sont formées à l’Acting Art Academy, structure liée à The Last Stage. Certaines y occupent également des responsabilités. Les thématiques abordées, violence, sexualité, drogue, interrogent leur rapport au langage et à la représentation. L’une d’elles souligne : « Le registre du vocabulaire abordé par la pièce n’est pas celui de notre vie quotidienne. Pourtant, cela ne concerne pas des femmes de l’autre côté du globe. Il faut l’explorer, l’entendre pour la première fois, le laisser nous traverser et envoyer ce message au public. » Une autre ajoute : « La langue ne m’a pas choquée. La violence, le sexe, les drogues existent dans tous les domaines de notre vie. Dans la société, surtout dans une culture conventionnelle, on ne veut pas en parler. Mais la langue existe pour ça. » Le spectacle repose entièrement sur des voix féminines incarnées par des femmes. Le metteur en scène souligne leur implication : « Je les ai trouvées très responsables. Elles ont des choses à dire et elles les disent. » Les comédiennes décrivent de leur côté un processus collectif, dans lequel chacune trouve sa place :
« Il ne se place pas seulement comme un metteur en scène qui dit ce qu’il veut. Il se met aussi comme un spectateur. C’est une création pour chacun d’entre nous. »

Une création façonnée par les conditions locales
Le processus de création porte aussi la marque des conditions locales. Les répétitions à Phnom Penh, la chaleur et les moyens techniques limités influencent le travail de l’équipe. « On est dans une économie de moyens très modeste. Mais la facture est professionnelle, faite par des gens engagés dans un désir artistique », observe Frédéric Fisbach. Madalina Constantin évoque quant à elle l’impact du climat sur le jeu : « À 35 degrés, le corps ne fonctionne pas pareil. Il y a une sensualité qu’on n’aurait pas retrouvée dans un théâtre froid. »
Après une première série de représentations en mars, Finding Myself (in mirage) est donc de nouveau présenté à Phnom Penh les 10 et 11 juin, dans le cadre du Golden (R)Age Festival, à The Last Stage Riverside. Une diffusion en France est envisagée pour 2027, sous réserve de partenaires, avec l’objectif de faire circuler le travail des actrices cambodgiennes à l’international. En attendant, la création s’inscrit dans une dynamique plus large de structuration de la scène théâtrale contemporaine à Phnom Penh et d’accompagnement des artistes khmers vers une professionnalisation accrue.
Informations pratiques10juin11juin
Du 10 juin à 19:30
Jusqu'au 11 juin à 21:00
Adresse
Last stage
12006 Phnom Penh






