

Lundi 27 octobre, le Centre de ressources audiovisuelles Bophana célébrait la Journée mondiale du patrimoine audiovisuel de l'Unesco, en organisant conférence et projection de films sur grand écran. La journée, placée sous le signe du cinéma cambodgien, fut l'occasion de revenir sur l'histoire et de dresser un état des lieux du cinéma aujourd'hui
(Photo source: Centre Bophana)-Mao Ayuth est réalisateur. On lui doit notamment « Crocodile » primé en 2005 au Festival de cinéma cambodgien.
La conférence rassemblait Mao Ayuth, réalisateur, Sin Chansaya, nouveau directeur de la Direction du Cinéma, Teruo Jinnai représentant de l'Unesco au Cambodge et Lida Chan, documentaliste du Centre Bophana. Tous les intervenants ont d'abord salué le rôle du Centre Bophana comme opportunité unique au Cambodge de sauvegarder le patrimoine cinématographique cambodgien, avant de laisser Mao Ayuth expliquer sa vision du cinéma.
« L'histoire pour la jeune génération »
« Le 7 janvier 1979, il ne restait plus beaucoup de monde pour faire revivre le cinéma » se souvient Mao Ayuth. « Leu Pannakar et Yvon Hem ont pris l'initiative de rassembler tous les artistes du cinéma et ont essayé de collecter les films éparpillés un peu partout. Nous avons utilisé des vieilles caméras d'occasion, des années 1960, pour produire de nouveau des films. »
La Direction du Cinéma a collaboré étroitement avec le Centre Bophana pour la sauvegarde de près de 200 documents. « Heureusement, nous avons maintenant le Centre Bophana, faîtes lui confiance et confiez lui vos documents » conclut Sin Chansaya en s'adressant à la dizaine de réalisateurs présents dans la salle. Mao Ayuth a, quant à lui, déjà confié quelques-uns de ses films au Centre Bophana : « c'est bien si tous ces documents peuvent être laissés dernière nous. Le Centre Bophana, c'est l'histoire pour la jeune génération».
Le Centre Bophana a d'ailleurs entrepris de collecter la mémoire du cinéma cambodgien, en commençant par une interview filmée de l'actrice Dy Saveth, très connue dans les années 1960.
Quel cinéma aujourd'hui ?
« Avant il y avait beaucoup de salles de cinéma » s'enflamme Mao Ayuth. « Qui les connait aujourd'hui ? Sur la vingtaine de cinémas, il n'en reste plus que deux, les autres sont devenus des clubs, des casinos, des restaurants? »
Ce constat pessimiste, Pov Sok, jeune réalisateur en poste à Women's Media Center, le dresse aussi dans son documentaire, projeté après la conférence. C'est le drapeau cambodgien déchiré flottant au vent qu'il a choisi pour illustrer la déchéance du cinéma qu'il observe ?
Interviewé dans ce film, le réalisateur Ly Bun Yim raconte : « en 2000, la princesse Bopha Devi, en tant que Ministre de la Culture, avait encouragé la production cinématographique. Il existait alors plus de 150 compagnies de production, mais les films étaient de mauvaise qualité. Les producteurs ont perdu beaucoup d'argent et le cinéma a cessé d'exister. » Il n'y a aujourd'hui ni école de cinéma ni studio de tournage, le budget moyen d'un cinéaste cambodgien est de 10 000 usd. La qualité laisse alors souvent la place à la médiocrité et au plagia.
Au Cambodge, le marché du cinéma est presque inexistant : les copies se vendent moins chères qu'une place de cinéma (entre 4000 et 6000 riels) et se regardent autant de fois que l'on veut. Et le réalisateur Yvon Hem confirme dans le documentaire ce que chacun peut expérimenter en allant au cinéma Lux ou Sorya : « les jeunes qui vont au cinéma n'y vont que parce que les filles se blottissent dans les bras des garçons devant un film d'horreur ».
(LePetitJournal.com, Cambodge) Vendredi 7 Novembre 2008













