Édition internationale

L’accessibilité une marche difficile pour les personnes handicapées au Cambodge

Trottoirs impraticables, rampes absentes, sanitaires inadaptés : au Cambodge, les personnes en situation de handicap doivent encore compter sur l’aide des autres pour accéder aux lieux publics, malgré l’existence de normes techniques censées garantir leur autonomie.

Deux personnes en fauteuil roulant participent à un événement à Phnom PenhDeux personnes en fauteuil roulant participent à un événement à Phnom Penh
Deux personnes en fauteuil roulant participent à un événement à Phnom Penh. Photo : UNDP
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 14 septembre 2026

Des obstacles quotidiens à Phnom Penh et ailleurs au Cambodge

Un rapport publié en 2024 par le Cambodia Development Resource Institute en partenariat avec l’UNESCO révélait que 3,44 millions de personnes âgées de 5 ans ou plus vivaient avec un certain degré de handicap au Cambodge, une situation touchant particulièrement les femmes âgées en milieu rural. Face à ce constat, les défenseurs des droits des personnes handicapées alertent sur une réalité préoccupante : hôtels, hôpitaux, toilettes publiques et établissements scolaires demeurent souvent impossibles à utiliser sans assistance extérieure.

Eu Ly, administrateur de la Disability Youth Network Organization (DYNO) et en fauteuil roulant, raconte ses difficultés récurrentes face aux infrastructures trop étroites de la capitale cambodgienne. « Récemment, j’ai participé à un séminaire dans un hôtel qui ne disposait d’aucun équipement adapté aux personnes handicapées comme moi », explique-t-il. « J’ai eu besoin qu’on m’aide à descendre un escalier de sept étages, et il m’était impossible de le faire seul. »

Pour lui, les personnes à mobilité réduite sont souvent contraintes de solliciter des agents de sécurité ou des passants pour s’affranchir de l’inaccessibilité des lieux. « D’abord, cela me perturbe émotionnellement. Ensuite, cela me met dans l’embarras lorsque nous nous déplaçons. Nous devons dépendre de quelqu’un pour nous aider, ce qui peut nous gêner », confie-t-il.

Il appelle les autorités cambodgiennes à mener des inspections et des évaluations structurelles des bâtiments publics afin de garantir des dispositifs appropriés pour les personnes en situation de handicap.

Noun Sok, musicien aveugle, partage un constat similaire concernant sa dépendance dans les espaces mal aménagés. « Réfléchissons : quand on construit une pièce ou une maison, pense-t-on à la rendre accessible aux personnes handicapées ? », interroge-t-il. Il exhorte les autorités et le grand public à mieux comprendre les difficultés rencontrées par cette communauté.

Des lois existantes mais peu appliquées au Cambodge

Ngin Saorath, directeur de la DYNO, reconnaît que le gouvernement cambodgien a consenti des efforts pour améliorer les infrastructures destinées aux personnes handicapées, mais l’accessibilité reste inégale selon les établissements publics et privés.

En 2018, le Cambodge a instauré des normes techniques d’accessibilité pour les personnes handicapées via un arrêté interministériel, fixant des exigences pour les infrastructures publiques et privées, routes, écoles, hôpitaux et espaces de loisirs, afin de permettre un accès sûr et autonome. D’autant plus que le Cambodge est, depuis 2013, partie à la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées, celle-ci exigeant, en son article 9, « l’identification et l’élimination des obstacles et barrières à l’accessibilité ».

Pourtant, des audits menés par l’organisation ont révélé des difficultés systémiques et persistantes, par exemple des entrées de toilettes publiques inférieures aux normes d’accessibilité en vigueur. « Bien que nous disposions de lois traitant de ces questions, le suivi reste insuffisant », précise-t-il.

Pour Ngin Saorath, ce problème s’explique par la méconnaissance des lois existantes, la coopération limitée entre secteur privé et gouvernement, ainsi que le financement insuffisant du suivi à l’échelle nationale. Il cite parmi les obstacles les plus courants les entrées d’écoles, les toilettes dans les espaces publics et de loisirs, ainsi que les transports en commun comme les bus.

Il appelle à des audits et évaluations systématiques pour garantir la conformité des infrastructures aux exigences d’accessibilité. « Les personnes handicapées ont elles aussi leur honneur et leur dignité, elles souhaitent ne pas réclamer de l’aide ou du soutien », affirme-t-il. « Elles ne sont pas un fardeau pour la société si celle-ci les considère correctement, notamment en respectant les lois établies par le gouvernement. »

Le gouvernement cambodgien admet un décalage dans l’application

Toch Channy, porte-parole du ministère des Affaires sociales, des Vétérans et réinsertion des jeunes, confirme que le Cambodge dispose de lois et de normes techniques exigeant l’égale accessibilité pour tous.

Il reconnaît cependant que de nombreux établissements ne respectent toujours pas ces standards. « L’écart entre le cadre juridique et sa mise en œuvre réelle demeure un problème, car un grand nombre de bâtiments publics, d’hôtels et d’infrastructures urbaines ne sont pas encore équipés ou totalement conformes aux normes techniques relatives aux infrastructures physiques adaptées », déclare Toch Channy, l’écart se creusant d’ailleurs en milieu rural.

Selon le porte-parole, le ministère travaille à renforcer le suivi et la responsabilisation des acteurs concernés, et prépare actuellement un manuel destiné à améliorer la mise en œuvre des normes d’accessibilité.

Pour des personnes comme Eu Ly et Noun Sok, l’accessibilité ne se résume toutefois pas à la présence de quelqu’un pour aider à franchir un escalier. Elle signifie pouvoir entrer et circuler dans les espaces publics de manière autonome, sûre et digne.

L’exemple indonésien en matière d’inclusion régionale

Ailleurs en Asie, certains pays misent non seulement sur l’établissement de normes d’accessibilité, mais aussi sur l’implication directe des personnes handicapées dans la conception des infrastructures. En Indonésie, la Banque asiatique de développement soutient des projets associant des organisations de personnes handicapées au processus de conception, notamment des aménagements aéroportuaires.

 

 

HEANG Tong

Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

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