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THEATRE - Randal Douc, artiste à la "sensibilité cambodgienne"

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 11/06/2012 à 06:36 | Mis à jour le 20/11/2012 à 10:25

©credit photo : Julie Cassiau

Randal Douc est le "Monsieur Jo" d'Un Barrage contre le Pacifique de Rithy Panh réalisé en 2008. Acteur et enseignant chercheur,  ce parisien né à Phnom Penh est de passage pour six mois au Cambodge, où il a mis en scène sa dernière pièce, Khyol. Rencontre avec cet aficionado du théâtre à la "sensibilité cambodgienne".

En 1975, l'expatriation de la famille de Randal Douc, dont le père est Ambassadeur à Londres, devient un exil. Un retour dans leur pays est exclu : Phnom Penh vient de tomber aux mains des Khmers Rouges. Sa famille décide alors de s'installer en France où Randal Douc passera une "enfance normale, sans problème d'intégration mais avec cette conscience" : celle qu'il est un enfant du Cambodge.

Chercheur scientifique et comédien

Etudiant à l'Ecole Polytechnique puis à Télécom Paris, Randal Douc se détourne du métier d'ingénieur pour se consacrer aux mathématiques. A 23 ans, alors qu'il prépare sa thèse de Master, il découvre le théâtre. Il intègre alors l'Ecole Chaillot pour une formation de trois ans. "Là, c'est la prise de conscience, se souvient-il. Je découvre une sensibilité cambodgienne." Difficile pour Randal Douc d'échapper à ses origines et à l'histoire du Cambodge. Le film La déchirure (réalisé par Rolland Joffé en 1985, NDRL) le bouleverse. Sa "sensibilité" se manifeste physiquement. Il refuse alors de la banaliser. Elle doit exister mais l'acteur refuse qu'elle devienne une obsession. Son équilibre, il le trouve alors dans son autre métier, la recherche.

Artiste et chercheur, une double casquette qui peut surprendre mais Randal Douc en a fait sa force. " Que j'enseigne ou que je joue, les comportements sont les mêmes. Je suis face à un public : il y a un échange individuel et collectif. Je porte ma voix et j'interprète. La créativité régit aussi bien l'art de la science que l'art de la scène. Dans la recherche mathématique, mon travail est guidé par l'intuition. On part vers l'inconnu. Ce sentiment, je le retrouve aussi sur scène et dans l'écriture."

Ecrire le manque

Ecrire l'indicible. Deux mots qui à eux seuls définissent la signature théâtrale de Randal Douc. Son écriture est aussi marquée par ce manque : celui de ne pas avoir connu ces gens disparus sous le génocide des Khmers Rouges, "celui d'une vie qu'on a pas eu". Il appartient à cette génération là, celle du manque. Un sentiment qui ne cesse de nourrir son imaginaire. Se prétendre témoin de l'histoire du Cambodge n'est pas son intention. De ce qu'il a entendu ou lu, Randal Douc l'a transformé par le prisme de ses ?uvres de fiction. La transposition est l'un de ses ressorts. "A aucun moment, je ne situe mes ?uvres au Cambodge, explique t-il. Je ne veux pas que le lecteur ou spectateur soit parasité par sa connaissance du pays." Faire accéder une personne à l'émotion de la pièce sans qu'elle sache où est situé le Cambodge sur une carte du monde, tel est son pari.

Rouge de la guerre, Les hommes désertés, Nul endroit du monde et Khyol constituent les quatre volets de son ?uvre. A chaque pièce, un thème, une problématique. Et toutes convergent l'une vers l'autre. Pour sa dernière pièce, Khyol (« vent » en français, NDRL), Randal Douc parle de la survivance. De ces hommes qui survivent à un événement tragique et de ceux qui survivent dans la mémoire collective. Après avoir abordé la terre, l'eau et le feu, le vent conclut la tétralogie de Randal Douc avec cet élément qui rend visible l'invisible.

Randal Douc met en scène Khyol à Phnom Penh. Sa façon à lui de participer à l'affirmation de l'art cambodgien. Parler du Cambodge et écrire en français. De cette identité double naît une production mixte. "Le français n'est pas qu'une langue de business, c'est aussi celle d'une ouverture à la littérature du monde".

Khyol, texte de Randal Douc. Mercredi 13 Juin. 19h, salle de cinéma de l'Institut Français du Cambodge, rue 184.

Lecture et mise en espace avec Pierre Berman, Christophe Dellocque, Eric Ellul, Ly Yann Kauv, Agnès Leleu et Jean-Noël Walkowiak.

Prix: 2$ (prévente ou étudiant à retirer à Carnets d'Asie, rue 184) et 3$ (sur place). Gratuit pour les moins de 18 ans.

Julie Cassiau (www.lepetitjournal.com/cambodge.html) Mardi 12 Juin

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