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ILS SONT REVENUS EN ROUMANIE - Ion Schiau, la passion de l'horlogerie

Par Grégory Rateau | Publié le 14/03/2022 à 00:00 | Mis à jour le 14/03/2022 à 10:49
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Cette semaine notre rédaction est allée à la rencontre d'une personnalité francophile d'origine roumaine ayant choisi de revenir vivre en Roumanie. En cela, Ion Schiau est un bel exemple de réussite. Après avoir travaillé en Suisse et à New-York pour le groupe Swatch, ce passionné de l'horlogerie est retourné à Bucarest et il est maintenant à la tête de sa propre société, Albini Prassa.

 

 

Pouvez-vous présenter à nos lecteurs votre parcours?

Ion Schiau: Je suis né à Bucarest et j’ai quitté la Roumaine dans les bras de ma mère au milieu des années 70. Nous avons atterri en Suisse, à Bienne, un des grands centres de l’horlogerie suisse et mondiale. Après mes études à Genève et un premier mandat à New York, je suis revenu dans ma ville pour y intégrer le Groupe Swatch, le plus grand groupe industriel horloger, à la fin des années 90. En 2004, j’ai créé ma propre société, Albini Prassa, spécialisée dans le commerce et le développement de marques horlogères en Roumanie. J’ai également eu la chance de travailler pour Hublot et développer le réseau des boutiques en propre à partir de 2010. Plus tard, en 2012, j'ai rejoins, en tant que partenaire associé et responsable vente&marketing, la société HYT, la première marque à utiliser les liquides pour indiquer l'heure. En 2017 je suis retourné en Roumanie pour diriger ma société Albini Prassa.

 

D'où vient cette passion pour l'horlogerie?

C’est la passion pour une région et un état d’esprit avant tout. Cela vient d'une grande affection pour ce coin de la Suisse, l’Arc jurassien, qui transmet presque imperceptiblement l’amour de la précision et de la bienfacture, un terme très "suisse". Du très petit, on va vers le très grand et une ouverture complète vers le monde entier et ses réseaux commerciaux. Je songe avec un grand respect à ces horlogers partis il y a des siècles déjà, aux quatre coins du monde ouvrir des marchés et faire rayonner la Suisse.

La transformation d’une partie du commerce physique va passer de plus en plus, non pas par des « points de vente » mais des « points d’expérience » où le relationnel et l’humain redeviennent centraux. Nous pensons que notre mission est de créer un espace dédié à ces interactions où la rencontre avec l’histoire d’une marque peut réellement avoir lieu.

En 2017, vous reprenez les rênes de la société Albini Prassa (société axée sur la distribution horlogère en Roumanie, fondée en 2004) pour lui donner une nouvelle orientation. Pouvez-vous nous en parler?

Nous étions avant tout une société de distribution, notre plus grande marque est toujours Tissot, une marque largement distribuée, mais nous souhaitions offrir une experience nouvelle à nos clients. Après avoir sillonné le globe pour cette industrie pendant vingt ans, je me rendais compte qu’au delà de l’énorme bouleversement que constituent les ventes en ligne pour notre industrie, une approche plus personnelle devenait capitale. La transformation d’une partie du commerce physique va passer de plus en plus, non pas par des « points de vente » mais des « points d’expérience »où le relationnel et l’humain redeviennent centraux. Nous pensons que notre mission est de créer un espace dédié à ces interactions où la rencontre avec l’histoire d’une marque peut réellement avoir lieu. C’est ainsi qu’est née notre Maison Albini Prassa, un espace non-traditionnel, une destination dans un des plus beaux quartiers de Bucarest où le temps, la relation aux objets liés au temps se veut différente.

 

Comme beaucoup de Roumains, la relation à la langue française est profonde et variée. Pour moi c'était des grands-parents francophiles et une mère ayant travaillé à l’Institut Français de Bucarest.

 

D'où vous vient cet attachement à la langue française, à sa culture?

Comme beaucoup de Roumains, la relation à la langue française est profonde et variée. Pour moi c'était mes grands-parents francophiles et une mère ayant travaillé à l’Institut Français de Bucarest. J’ai eu pour ma part mon premier contact avec le français à Bucarest, mais j’ai grandi en Suisse au sein de la minorité francophone du canton de Berne… Mon épouse a un parcours plus intéressant à la langue française: Lycée français de Bucarest, Bac, Master, puis doctorat en études théâtrales entre Rutgers, Sorbonne Nouvelle et Normale Sup. Elle enseigne aujourd’hui le français, avec ferveur et passion, aux élèves francophones du lycée de Bienne. La boucle est bouclée…

 


Quelles répercussions cette crise sanitaire pourrait-elle avoir sur la vie des entreprises ?

Le principal bouleversement, dans notre industrie et sur le long terme, est l’acceleration des ventes en ligne. Sujet pratiquement tabou pour l’industrie horlogère il y a encore peu, la crise a accéléré un phénomène ineluctable et changé les habitudes de consommation

 

Notre dernière pièce limitée est la « Flèche d’Orient », une Tissot Navigator, qui est la première montre Worltimer, toute marque confondue, qui a « Bucuresti » comme indication en GMT+2.
Paris-Bucarest-Istanbul, 3 fuseaux, trois villes clé de la ligne mythique « la Flèche d’Orient » lancée par la « compagnie franco-roumaine de navigation aérienne ».

 

Des projets pour dynamiser votre activité?

Nous somme férus d’histoire, et ce sont les histoires qui nous lient à l’horlogerie. Notre passion a été d’amener sur le marché roumain des créations originales, des séries limitées conçues pour la Roumanie. Notre dernière pièce limitée est la « Flèche d’Orient », une Tissot Navigator, qui est la première montre Worltimer, toute marque confondue, qui a « Bucuresti » comme indication en GMT+2. Paris-Bucarest-Istanbul, 3 fuseaux, trois villes clé de la ligne mythique « la Flèche d’Orient » lancée par la « compagnie franco-roumaine de navigation aérienne ». Un exemple surprenant et magnifique de collaboration entre la France et la Roumanie qui donnait naissance il y a cent ans à la première ligne aérienne transcontinentale du monde! La dynamique franco-roumaine initiée à de multiples niveaux (diplomatiques, financiers, militaires) trouvait ici un aboutissement sans précédant dont les effets à long terme étaient capitaux pour l’aviation civile en France et en Roumanie. Je pourrais en parler pendant des heures, je vous invite à découvrir notre microsite (en roumain et en français) www.sageataorientului.ro pour en savoir plus.

 


Avec le tout numérisé, pensez-vous que les gens aient encore besoin de montres?

Il est difficile de vous dire si on a besoin d’une montre, ce n’a jamais été un besoin. Il a toujours été possible de vivre sans montre. Maintenant si la question est : comment comparer une montre connectée avec une montre traditionnelle, je dirais qu'une montre connectée ou un téléphone est un objet sans doute très utile, mais dont l’obsolescence est programmée, il n’a aucune histoire, aucune vie, aucune âme….et vous n’allez absolument rien transmettre ni au produit ni à celui qui va la porter après vous….une montre mécanique est aux antipodes de cela, non seulement l’obsolescence n’est pas programmée mais elle prendra de la valeur pour vous ou pour le marché. Il y a une histoire derrière chaque montre, la vôtre, et la patine du temps ne fait qu’embellir cette histoire. Evidemment que le succès des montres connectées est un coup dur pour l’industrie horlogère traditionnelle mais le choc est surtout dans l’entrée de gamme. Il y a beaucoup à dire sur la réponse initiale de l’industrie suisse, mais pour faire simple, je dirais qu'elle n’a pas su réagir.

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Grégory Rateau

Rédacteur en chef et directeur du média LePetitJournal.com/Bucarest, ancien chroniqueur à RRI, poète et écrivain
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