Rencontres de la French Tech Bucarest autour du thème "le futur de la finance"

Par La French Tech Bucarest | Publié le 20/06/2022 à 00:00 | Mis à jour le 20/06/2022 à 00:00
Rencontre de la French Tech Bucarest autour du thème le futur de la finance

Suite à une rencontre à l'Institut Français de Roumanie avec les acteurs de la French Tech de Bucarest autour du thème "le futur de la finance", notre rédaction a souhaité donner la parole à deux responsables de la Tech, Dylan Delhommois et Jamil Benabdallah, tous deux spécialistes de la question.

 

 

Dylan Delhommois, 24 ans, a co-fondé fin 2017 la première société de gestion d’investissements cryptoactifs en France. Passionné par tous ces sujets, il se définit aujourd’hui comme un crypto évangéliste, et croit fortement en son adoption massive dans les prochaines années. Diplômé d’un Mastère en Commerce et Marketing, il évolue aujourd’hui en tant qu’Account Executive pour la société CometJobs. Il prévoit de lancer un fonds d’investissement (autour de la DeFi) en Roumanie en septembre.

 

Jamil Benabdallah, cofondateur de H64, diplômé de l’INALCO et de Sciences Po Paris, il a exercé la fonction de dirigeant de Détente Consultant Europe de l’Est, de 2007 à 2017.  Expert auprès de la Commission Européenne et de la Banque Mondiale sur les questions liées au développement durable des territoires, il a notamment travaillé sur la numérisation des acteurs privés et publics du secteur. C’est ainsi que s’est manifesté dès 2016 son intérêt pour la Blockchain et les problématiques d’accélération et de démocratisation de son adoption.

 

 

Qu'en est-il de la réglementation de l'industrie des crypto/DEFI et de l'utilisation des outils de défi par les acteurs institutionnels tels que les banques centrales ?

Dylan : La réglementation en France a grandement évolué ces dernières années, la première étape de la réglementation est l’apparition de la Flat Tax pour les bénéfices engendrés en crypto-actifs. Le projet de loi Finance adopté en 2019 a calqué le régime des valeurs mobilières pour l’appliquer aux crypto-actifs, soit 30% d’imposition au total sur les bénéfices avec un abattement forfaitaire de 305 euros. Une seconde loi est apparue en 2019 - la Loi Pacte - créant un nouveau statut pour les sociétés evoluant dans ce domaine : l'agrément PSAN (prestataire de services sur actifs numeriques), de nombreuses sociétés sont aujourd’hui obligées d’avoir cet agrément pour pouvoir exercer si elles proposent des services le nécessitant. Il y a aujourd’hui 37 acteurs agréés PSAN.

A l'échelle européenne, la réglementation MICA (Markets in Crypto-Assets) a été adoptée le 15 mars 2022 permettant d’uniformiser les pratiques à l'échelle européenne. Cela va permettre d’encadrer l'émission et la fourniture de services liés aux crypto-actifs tout en se focalisant sur la protection des consommateurs et des investisseurs pour limiter le risque lié aux produits frauduleux. En outre, cette réglementation s’attaque aussi au blanchiment et au financement du terrorisme.

Les banques centrales s'intéressent également à la création de CBDC (Central Bank Digital Currencies) afin de pouvoir proposer aujourd’hui des produits similaires et surtout demeurant contrôlés et centralisés. Le premier pays à s'être intéressé et à la déployer actuellement est la Chine.

 

La Roumanie est-elle un marché intéressant pour les startups Blockchain françaises ?

Dylan : La philosophie de la Blockchain en général est la décentralisation, ainsi les start-up blockchain sont généralement composées d'employés aux quatre coins du monde. Bon nombre de start-ups se retrouvent aujourd’hui bloquées par des législations locales trop limitantes pour exercer dans ce domaine. La Roumanie, en l’occurrence, est aujourd’hui un pays suffisamment crypto-accueillant et de nombreuses sociétés dans les crypto s’y installent. En France, l'accès à un compte bancaire est encore difficile malgré les promesses de la loi PACTE.

 

Qu’est ce que la DEFI ?

Jamil : La technologie blockchain et les cryptoactifs sont les fondements d'une nouvelle infrastructure financière, tout comme l'internet était le fondement d'une nouvelle infrastructure de l'information. La finance décentralisée est nativement numérique ; elle fonctionne sur des infrastructures décentralisées et est ouverte à tous, aussi bien en termes d’usage, de consultation que de participation à sa construction. Pour faire un parallèle avec internet, la DEFI révolutionne la finance comme internet l’a fait pour l’information. En effet, la première révolution de l'information a été l'imprimerie, suivie par le télégramme, le téléphone, la radio, la télévision et, bien sûr, l'internet. L'internet englobe toutes les autres révolutions en une seule : vous pouvez écouter, lire un texte et regarder des vidéos au même endroit. De plus, l'internet n'a pas seulement révolutionné l'accès au contenu, il a aussi démocratisé la création de ce contenu. La finance n'a pas connu une telle révolution. Bien sûr, la très grande majorité des transactions financières se font aujourd'hui par voie électronique, les acteurs financiers utilisent l'internet pour communiquer et la vitesse d'exécution s'est considérablement améliorée. Cependant, nous ne pouvons encore parler de démocratisation car la création de nouveaux instruments, contrats et accords financiers restent l’apanage de quelques grands acteurs traditionnels. Le marché est encore clos, entièrement contrôlé par des intermédiaires. Si on compare la révolution de l’information à celle de la finance, nous en sommes, pour certains analystes, à peine aux prémices de la phase de la presse à imprimer. La DEFI souhaite donc être l’internet de la finance traditionnelle et démocratiser l’accès de la majorité à la création et à l’utilisation d’instruments financiers et cela sans intermédiaires. Bien sûr, des questions complexes de régulation et notamment de protection des investisseurs se posent ici.  

 

Comment les acteurs de la finance traditionnelle réagissent à l’apparition de la DEFI ? Après une première phase de critique, peut-on parler d’institutionnalisation de la DEFI ?  

Jamil : Après une très forte hésitation et une phase de réflexion et de tests qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui, les acteurs institutionnels voient un rôle prépondérant de la technologie Blockchain et de la DEFI dans la transformation numérique du secteur dans les années à venir. Au niveau des investissements directs, bien qu'il existe peu de rapports quantitatifs sur les niveaux exacts de participation des investisseurs institutionnels sur les marchés des actifs numériques, les données qualitatives basées sur des sondages suggèrent un intérêt et des investissements croissants dans les cryptoactifs. Les investisseurs passent peu à peu de la phase d'éducation à la phase d'investissement proprement dite, même si celle-ci est actuellement ralentie par la volatilité et la baisse concomitante des marchés boursiers et de cryptoactifs. Ce dernier point est d’ailleurs intéressant car il illustre l’institutionnalisation de la DEFI et le danger que cela peut représenter pour les petits porteurs/investisseurs individuels qui représentaient une partie importante du marché jusque-là. En effet, les acteurs financiers présents dans la DEFI ont adopté l'utilisation des cryptoactifs à des fins de diversification et d'optimisation des portefeuilles, compte tenu de la nature apparemment non corrélée entre le marché financier traditionnel et celui de la finance décentralisée. Cette hypothèse est maintenant invalidée par la corrélation positive et croissante des cryptoactifs avec les classes d'actifs traditionnels. La participation accrue des investisseurs institutionnels, ce que nous appelons l’institutionnalisation de la DEFI crée des canaux de contagion entre la finance décentralisée et la finance traditionnelle et cela, au fond, donne lieu à des risques pour les investisseurs au niveau micro, pour lesquels le monde des cryptoactifs est de moins en moins une alternative de réduction des risques et de diversification de leurs portefeuilles.

 

Rencontres de la French Tech Bucarest autour du thème "le futur de la finance"

 

 

Bio des speakers de l'évènement :

  • Mirel Bran est le correspondant du Monde à Bucarest et présentateur d'une émission sur Radio France Internationale Roumanie intitulée "Nous venons du futur". Le 22 juin, il lancera à l'Institut français de Bucarest le premier livre roumain sous forme de NFT (Non Fungible Token).

 

  • Benjamin Rameau, ancien directeur de Binance, est le fondateur de Jenny DAO et co-fondateur d'Exotic Markets. Il est aussi Business Angel dans environ 150 projets blockchain. Il a été un pionnier de l'écosystème NFT.

 

  • Alexandru Stanescu est associé au cabinet d’avocats SLV Legal et membre du conseil d'administration de ThinkBLOCKtank (l'association européenne d'avocats spécialisée dans la blockchain qui est basée au Luxembourg). Il conseille régulièrement des start-ups et des scale-ups de l’écosystème blockchain et notamment des crypto-bourses, des fournisseurs de paiement, des gestionnaires de cryptoactifs et des créateurs de NFT.

 

  • Constantin Rotariu est cofondateur de Bitcoin Romania, une entreprise qui connecte les monde du retail traditionnel et digital grâce à un réseau de distributeurs automatiques de bitcoins. Depuis 8 ans, il promeut les vastes opportunités offertes par les crypto actifs tels que le Bitcoin comme investissement personnel et/ou d'entreprise.

 

  • Ioana Frincu est une experte en stratégie de l’innovation, avec une longue expérience dans le développement et la gestion de solutions technologiques de finance Blockchain. Elle a fondé la première société de développement de blockchain en Roumanie. Elle est actuellement la directrice technique d'EQIFi et d'EQIBank.
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