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Camil Bourhila: La culture de la solidarité dès l'université

Par Grégory Rateau | Publié le 30/03/2020 à 00:00 | Mis à jour le 30/03/2020 à 14:11
Camil Bourhila Association médicale des étudiants francophones de Iaşi solidarité roumanie

De passage dans la ville de Iaşi, notre rédaction est allée à la rencontre d'un Français très investi pour les autres, Camil Bourhila, un étudiant en médecine également secrétaire général de l'Association Médicale des Etudiants Francophones de Iaşi. Avec d'autres collègues, Camil tente de valoriser des associations qui aident les plus démunis et de transmettre le goût de l'entre-aide aux étudiants roumains et étrangers.

 

 

Grégory Rateau: Peux-tu nous présenter en quelques mots l'association Amsfi et ton rôle au sein de cette association ?

Camil Bourhila: Je suis étudiant de médecine générale et actuellement secrétaire général de l'AMSFI. C'est une jeune association roumaine créée par des étudiants français en médecine, elle est à but non lucratif et elle représente les étudiants francophones de l'Université de Médecine et Pharmacie Grigore T. Popa de Iași. Nous comptons environ 500 membres issus de plusieurs pays : France, Tunisie, Maroc, Suisse, Belgique, Algérie... Le poste de secrétaire général de l'association me permet de pouvoir avoir un regard sur les 7 pôles de l'association et de participer activement à leur développement. Le but de l'association est de permettre à tous les étudiants francophones de s'épanouir tant sur le plan professionnel grâce aux workshops (ateliers pratiques, conférences...), aux tutorats, que sur le plan personnel, grâce aux pôles sport, événementiel et humanitaire ! L'association est là afin de faciliter l’expatriation de tous les étudiants pour qu’ils se sentent intégrés et épanouis malgré l'éloignement familial.

 

Pourquoi un étudiant étranger s'implique-t-il autant pour les inégalités en Roumanie ?

Je suis venu en Roumanie accompagné de ma sœur Lina qui est aussi en 3ème année de médecine générale. Nous sommes venus ici pour devenir médecins et donc pour aider notre prochain. Ce pays nous donne l'opportunité de réaliser notre rêve tout en gardant un certain confort linguistique puisque les cours sont tous en français. C'est donc normal que nous rendions à ce pays ce qu'il nous permet d'avoir. Nous avons la chance de pouvoir avoir un bon cadre de vie à Iasi et un emploi du temps à l'université qui nous permet de bien nous former tout en ayant du temps libre. Devenir médecin est une vocation, aider les autres est l'essence même de ce que doit faire un futur professionnel de santé. C'est pour cela qu'il était indispensable pour nous de nous impliquer dans la vie locale.

 

Travaillez-vous avec d'autres associations?

Oui, nous avons l'occasion de travailler avec Emmaüs à Iasi, ce qui permet d'avoir plus d'impact et d'approcher plus facilement les personnes dans le besoin afin de les aider, de leur distribuer des vêtements et des repas chauds. Nous organisons diverses maraudes alimentaires et des distributions de vêtements à travers la ville de Iaşi. Divers événements comme le Noël des enfants et la fête de Pâques à l'hôpital Sfanta Maria sont organisés chaque année où nous essayons de redonner le sourire à des enfants qui n'ont pas eu les mêmes chances dans la vie que nous, nous faisons venir un magicien, nous organisons des ateliers maquillage et nous effectuons des distributions de cadeaux afin de les rendre heureux le temps d'une après-midi.

 

association parada

 

Vous avez dernièrement aidé l'association Parada lors d'un gala pour réunir des fonds et ainsi aider les enfants des rues. Pourquoi avoir choisi précisément Parada ?

Je voulais que ce gala puisse avoir un véritable impact. Le but n'était pas d'organiser une soirée comme les autres pour les étudiants. Choisir une fondation n'est pas facile car toutes les associations font un travail remarquable afin d'aider la population. Nous devions choisir une association qui correspond aux valeurs et à l'ADN de l'association, c'est-à-dire choisir une association roumaine qui a un réel impact sur sa communauté mais avec une histoire liée à la francophonie et la diversité que nous représentons. Ce fut un honneur pour nous d'avoir pu parrainer la fondation Parada qui œuvre pour les enfants des rues en misant sur leurs dons artistiques et en leur donnant confiance en eux. Ionut Jugureanu et son équipe font un travail remarquable et c'était la moindre des choses d'organiser une collecte de fonds pour cette association créée par Miloud Oukili, franco-algérien il y a 25 ans. L'organisation de ce gala nous a pris 3 mois à Lina et moi et nous sommes fiers d'avoir pu réaliser ce projet fantastique.

Nous espérons organiser un événement de ce type tous les ans afin de sensibiliser les étudiants francophones à ces causes qui nous sont chères.

 

En ces temps difficiles suite à l'épidémie du coronavirus, continuez-vous à faire des actions d'aide aux plus démunis ?

Nous connaissons actuellement une des pires crises sanitaires mondiales du 21e siècle. L'épidémie de Coronavirus Covid-19 n'épargne aucun pays et malheureusement la Roumanie commence à vraiment être touchée. J'en profite d'ailleurs pour remercier tous les professionnels de santé et étudiants internes qui, chaque jour, prennent des risques considérables afin de protéger, sensibiliser et soigner la population.

Les plus démunis sont les premiers impactés par cette épidémie et nous essayons malgré les risques, de les aider en fournissant des denrées alimentaires et des produits de première nécessité. La dernière maraude où nous avons distribué des repas à travers la ville de Iasi a eu lieu le vendredi 13 mars avant la mise en place de l'état d'urgence.

Concernant les prochaines maraudes, elles n'auront malheureusement pas lieu à cause des confinements mais l'association continuera de récolter auprès des étudiants des denrées alimentaires afin de les donner à Emmaüs qui possède une banque alimentaire dans un local où les plus démunis viennent se réfugier.

 

En tant qu'étudiant en médecine, vous a-t-on demandé d'aider dans la lutte contre le coronavirus ?

Pour le moment non. En tant que futurs professionnels de santé, nous nous sentons encore plus concernés par cette pandémie et nous avons envie de nous impliquer afin d'aider la communauté. L'université nous a fait passer une fiche d'inscription afin que les étudiants des années 4 à 6 qui le souhaitent puissent aider au mieux dans les hôpitaux. Dans le cadre de l'association, nous allons mettre en place une liste de volontaires qui seront prêts à aider en cas d'un besoin fort en main d'oeuvre!

 

Pensez-vous que l'apprentissage de la solidarité est une valeur indispensable à enseigner aujourd'hui dans nos universités ?

Je ne le pense pas, j'en suis sûr. La solidarité fait partie intégrante de l'ADN de la France. Notre système n'est pas parfait mais il est basé sur la solidarité et la redistribution. Peu importe les divergences politiques que chaque citoyen peut avoir, la France est un modèle en matière de redistribution. En tant qu’étudiant français, nous nous devons d’apporter cette plus-value qu'est la solidarité. Elle nous paraît normale car nous y sommes habitués depuis que l'on est petit par le système français mais surtout par l'éducation que nos parents nous inculquent. Nous sommes dans un moule de la maternelle jusqu'à la fin du lycée. Ensuite vient l'université où l'on se retrouve livré à nous-même et où l'on doit commencer à faire ses propres choix. Je pense donc qu'il est important de toujours garder une corde à laquelle se raccrocher et qui nous rappelle sans cesse pourquoi il est important de rester solidaire. Les inégalités dans le monde ne font que s'accroître surtout quand nous savons que les 26 milliardaires les plus riches de la planète détiennent autant d'argent que la moitié la plus pauvre de l'humanité. (Source : rapport publié par Oxford en marge du forum de Davos du 14 janvier 2019)
Nous sommes les futurs gouvernants de nos pays et nous serons amenés à continuer à combattre les inégalités et la pauvreté tout en faisant rayonner notre pays. Et je suis convaincu que nous y arriverons un jour mais cela passera en grande partie par l'éducation et la sensibilisation des plus jeunes.

 

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Quand nous en aurons fini avec cette épidémie, nous allons organiser un grand tournoi de foot caritatif que nous nommons la "Charitative Cup" un mélange du mot anglais Charity et du mot français Caritative. Ce tournoi réunira environ 130 joueurs des différentes promotions de l'université qui s'affronteront afin de remporter le trophée et les cadeaux offerts par nos partenaires. Chaque joueur donne une participation pour son équipe et il y aura une vente de gâteaux et de boissons pour les spectateurs. Tous les fonds iront au pôle humanitaire afin de continuer à financer les projets pour les plus démunis.
Nous continuerons aussi les maraudes qui sont normalement programmées tous les vendredis avec Emmaüs car ils ont un camion qui nous permet de nous déplacer à travers la ville. Nous continuerons d'organiser des soirées étudiantes afin de récolter des fonds pour acheter du matériel pour les workshops que nous mettons en place. Ces workshops demandent beaucoup de matériel afin de former en permanence les étudiants. Nous avons également pour objectif de financer une partie du matériel des étudiants en odontologie qui doivent débourser des grosses sommes d'argent pour se former.

Et enfin, à terme, l'objectif serait de pouvoir mettre en place une caravane médicale afin d’aider encore plus la population à Iasi et ses alentours mais cela demande des moyens considérables et notamment un véhicule. D'ailleurs si le Groupe Renault lit cet article et qu'il lui reste un véhicule en trop, qu'il n'hésite pas (rires).

 

 

Remerciements de Camil suite au Gala organisé pour réunir des fonds au profit de l'association Parada (voir notre article ci-dessous sur Parada) :
Nous voudrions remercier tous nos partenaires qui nous ont soutenus en nous offrant leurs produits afin de réduire les frais de ce gala ou bien en nous offrant des cadeaux à offrir aux étudiants: Coca-Cola, Douglas, Fenice Palas, Galaxy Arena Laser Game, le comité des étudiants francophones Gaudeamus, le cabinet d'avocat Gruia Dufaut, l'Hôtel International de Iasi qui nous a reçu dans un cadre splendide, Lavanda Laurei, Mac cosmétique, Maison du Café, les restaurants Matryoshka Rigatoni et Sushi-Vo, l'agence immobilière Rent Easy, Tiki-Bistro Cafeneaua Piata Unirii et bien sûr l'Université de médecine et pharmacie Grigore T. Popa qui nous soutient et qui est très à l'écoute des besoins des sections francophones.
Cette soirée n'aurait jamais pu avoir lieu sans ces partenaires qui nous ont fait confiance. Nous souhaitions célébrer la jeunesse et les jeunes talents que compte ce pays ! Nous remercions la jeune chanteuse Alexandra Parasca (17 ans) pour ses prestations magnifiques. Mais aussi les deux jeunes couples de danse sportive qui sont les champions de Roumanie dans cette discipline : Alexandra Motoc & Rareş Teletin, et Ana Maria Tarzianu & Răzvan Andrei Zaharia. Ils ont entre 14 et 16 ans et représentent l'académie Dance Energy créée par Alex Necula. Ce fut un privilège de pouvoir les recevoir, ils ont ébloui le public par leur talent !
Pour finir, je remercierai Sorin Iliescu, un grand ami qui nous a énormément soutenu et permis d'avoir énormément de visibilité grâce à son poste à Radio Romania Iaşi.

liens de l'association:

 

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grégory rateau

Grégory Rateau

Rédacteur en chef du site lepetitjournal.com/Bucarest, chroniqueur à Radio Roumanie Internationale et écrivain
2 Commentaire (s)Réagir
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Chichi. mar 31/03/2020 - 21:00

Très très bon article.

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Chichi. mar 31/03/2020 - 20:58

Très bonne article, ils sont vraiment bons, continuez ainsi !

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