Vendredi 22 novembre 2019
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

BUCAREST CENTENAIRE - Monica Lovinescu, la critique dans le sang

Par Bucarest/Centenaire | Publié le 10/10/2019 à 00:00 | Mis à jour le 10/10/2019 à 00:00
Photo : Wikimedia / Gerard cohen
Monica-Lovinescu

Il a été souvent dit que l’évolution socio-culturelle des états du monde a servi de base aux chefs-d’œuvre littéraires, mais aussi aux grands courants critiques, à la fois interprétatifs et évaluatifs. Grâce à des idéologies avec un fort substrat philosophique ou social, les esthéticiens et les herméneutes de l’époque moderne ont décomposé, analysé et réassemblé les textes des littératures nationales. Si nous choisissions de se retourner vers la capitale de la Roumanie réunie, nous avons la chance de découvrir le critique littéraire Eugen Lovinescu dont le travail sera perpétué par sa fille, Monica Lovinescu.

 

 


Monica Lovinescu voit la lumière du jour à l'automne 1923, le 19 novembre, au sein du Bucarest de l’entre-deux-guerres. Pendant son enfance, elle passe la plupart de ses vacances à Fălticeni, accompagnée par ses cousins, les frères Horia et Vasile Lovinescu, ainsi que par le prosateur Anton Holban. Les premiers se dédieront à la dramaturgie, respectivement à la philosophie et à la critique littéraire. D’ailleurs, des décennies plus tard, les quatre descendants de la famille Lovinescu seront considérés comme étant les successeurs d’une ample tradition livresque, transmise d’une génération à l’autre.

 


Les débuts de Monica semblaient prometteurs ; jusqu’à l’âge de 20 ans, la fille du théoricien du Synchronisme littéraire roumain avait déjà publié plusieurs nouvelles et esquisses. Après 1943, son unique roman intitulé En contretemps apparaît dans la Revue des Fondations Régales.  En même temps, elle suit les cours de la Faculté des Lettres de l’Université de Bucarest, et écrit cinq chroniques de théâtre, elle participe également au Séminaire d’art dramatique de l’écrivain Camil Petrescu, travaillant même comme l'assistante de ce dernier.

 


A la suite de l’instauration du régime communiste en Roumanie, à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les intellectuels se voient obligés de prendre le chemin de l’exil politique. Ainsi, l’écrivain obtient l’une des bourses du Gouvernement Français, et émigre en France en 1947, demandant l’asile politique une année plus tard. L’homme de lettres, Virgil Untaru, suivra le même parcours et restera dans les mémoires collectives grâce à son nom de plume : Virgil Ierunca. Les deux artistes se marieront à Paris et leur logement deviendra l’un de plus importants noyaux de la dissidence roumaine. De ce point de vue, on pourrait voir une ressemblance avec un autre couple célèbre, d’origine russe, qui se trouvait sur le territoire français et dont le départ a été déterminé par le même changement soudain de régime: Zinaida Hippius et Dmitri Merejkovski.

 


On serait tenté de penser que Monica Lovinescu incarne parfaitement le courant théorique de son père, Eugen Lovinescu affirmait d'ailleurs que la profession de critique littéraire est dans le sang. De son point de vue, un vrai critique d’art, ne pouvait pas être formé de manière graduelle, par une accumulation de savoirs ; le tout dépendait d’une véritable prédisposition génétique. Un aperçu de l’œuvre de sa fille nous fait découvrir de nombreux articles critiques et études de spécialité sur les origines et l’évolution de la littérature roumaine. Elle devient l’une des infatigables collaboratrices des revues roumaines du domaine, mais également de revues françaises et anglaises. On lui doit également le chapitre dédié au théâtre roumain de l'oeuvre L’Histoire du spectacle, apparue en 1965 dans la fameuse Encyclopédie de la Pléiade.  

 


La lecture de ses mémoires nous fait aussi comprendre que, chez Monica Lovinescu, l’érudition se teintait de couleurs patriotiques. Aux côtés de Virgil Ierunca, elle dédiera sa vie à dénigrer le broyeur communiste qui avait, selon elle, brisé les ailes de l’intelligentsia roumaine du Petit Paris d’antan.

 

 

Sources: Lovinestii.ro, Romlit.ro, Europalibera.org

 

 

Ana Maria Rosca 

 

 
 

AMPT-logoPMB-logo

 

 

Bucarest/Centenaire

Bucarest/Centenaire

Toutes les personnalités roumaines qui ont marqué ces 100 dernières années, dans le cadre de la célébration du centenaire de la grande Roumanie, en partenariat avec l'AMPT (Administratia Monumentelor si Patrimoniului Turistic)
0 Commentaire (s)Réagir

Expat Mag

Hambourg Appercu
HISTOIRE

Les villes hanséatiques : un incontournable de l'histoire allemande

À la fois vestiges historiques et réalités politiques, les villes hanséatiques comme Hambourg et Brême sont une spécificité unique au monde. Des précisions pour comprendre leur nature et fonction.