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BUCAREST CENTENAIRE - Dora d’Istria, cosmopolitisme et émancipation

Par Bucarest/Centenaire | Publié le 17/10/2019 à 00:00 | Mis à jour le 17/10/2019 à 08:23
Photo : Wikipedia
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C'est au début d’un siècle tumultueux pour le futur état roumain, que la princesse Elena Ghica, la future Helena Kolzoff-Massalski, voit le jour. La mémoire collective la connaît sous son pseudonyme littéraire Dora d’Istria, son existence est un don du ciel au sein duquel le cosmopolitisme et le patriotisme s'entremêlent en toute harmonie.

 

 

Il est bien connu que la famille des Ghiculești a donné à la Moldavie et à la Valachie au moins dix seigneurs terriens, hommes politiques d’exception ou érudits et savants dont la formation était couronnée pour un goût à part pour l’art, sous toutes ses formes. En 1828, à Bucarest, la première fille du grand gouverneur Mihail (Mihalache) Ghica est née, Elena, qui hérite de la voix d’ange de sa mère, Caterina (Catinca) Faca. Elle se trouve un talent inné pour la peinture, s’intéresse aussi à la littérature et apprend avec facilité plusieurs langues étrangères. Celle qui pourra être considérée plus tard comme l’une des précurseurs du féminisme européen, a donc bénéficié, au sein du foyer familial, d’une éducation dans l’esprit de la culture encyclopédique, ce qui fera dire à l’écrivain et homme politique, Paolo Mantegazza, à son propos:

"L'éducation qu'elle a reçue n'a été ni française, ni roumaine, ni russe, ni allemande; elle a assimilé le meilleur de chaque école…en alternant les leçons du professeur et les voyages avec ses propres réflexions sur de la société. C'est pourquoi tant de littératures – la française, la grecque, la roumaine, l'italienne – revendiquent l'œuvre de Dora d'Istria, qui représente, sans aucun doute, l'idéal du cosmopolitisme au sein des écrivains et penseurs modernes".

 

Après un exil dans les grandes villes allemandes, achevé en même temps que le règne de Gheorghe Bibescu, la famille Ghica revient à Bucarest à la fin de 1848. Pour réprimer la Révolution dans les Principautés, la Sublime Porte et l’Empire Tsariste avaient fait front commun, envoyant plusieurs effectifs militaires d’occupation. Parmi ces derniers, Elena Ghica a choisi son mari, le prince russe Aleksandr Kolzoff-Massalski, descendant de Rurikides, fondateur de la dynastie dominante de la Russie kiévienne.
Il n’est pas certain que la décision de la princesse ait été influencée par la descendance du jeune militaire ou par la vérité de ses propres sentiments, mais en 1932, ce mariage était caractérisé par Nicolae Iorga comme étant "un mariage malheureux, qu'elle n'a jamais rompu, tout en n'ayant absolument rien en commun avec un mari d'une valeur inférieure à la sienne …"

 

Le couple habitera Saint Petersburg pendant six ans. L’intelligence brillante, la conversation vive et l’esprit autonome ont fait de la princesse Kolțov-Masalki une compagnie très recherchée dans les salons mondains ; l’écho de sa voix et ses positions étaient toutefois dérangeantes pour le tsar, car elle révélait à chaque occasion son aversion pour le système monarchique absolutiste. Son patriotisme et sa ténacité en plaidant en faveur de l’émancipation des Principautés roumaines lui ont attiré des attaques verbales et physiques de la part des officiels, raison pour laquelle elle quittera la Russie en 1855.

 

Etablie en Suisse, elle publiera la même année son premier ouvrage important, signé sous le pseudonyme de Dora d’Istria, La vie monastique dans l’église orientale; à partir de ce moment-là, sa plume sera infatigable. En 1863, elle dédie le volume Excursions en Roumélie et en Morée, au seigneur de la Moldavie, Grigore III Ghica, décapité par les Turcs, car il avait refusé de céder la Bucovine en faveur de l’Autriche. Elle donne sa définition du « dor » roumain dans Les Femmes en Orient: « sentiment de mélancolie indéfinissable, qui, selon les croyances populaires, fait mourir celui qui en est atteint ».

 

Le mal du pays et des rives de la Dâmbovița ont fini par abattre Elena Ghica en 1888, à Florence. Elle a porté dans son cœur le fardeau du déracinement, en avouant souvent que toutes les routes qu’elle a engagées, toutes les souffrances auxquelles elle a résisté n’ont eu qu’une seule cause : un ardent patriotisme, auquel elle ne renoncerait qu’une fois la mort venue….

 

Sources: Ghika.net Arina Avram, Femei celebre din România. Mică enciclopedie 2, Editura ALLFA, București, 2014;
Constantin Gane, Amărâte și vesele vieți de jupânese și cucoane. Boieroaice din Moldova și Țara Românească în veacurile XVI-XIX, Editura Corint, București, 2016.

 

Ana-Maria Roșca

 

Article réalisé dans le cadre du Programme Culturel București - Centenar avec le soutien de Primăriei Municipiului București à travers Administrația Monumentelor și Patrimoniului Turistic 

 

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1 Commentaire (s)Réagir
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Madeleine mar 08/01/2019 - 19:03

J'ai bien aime l'article ecrit par Ana Maria Rosca. Peu de mots, mais beaucoup d'informations et de choses interessantes.

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