Dimanche 7 mars 2021
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Ana Derumeaux présente l'un des premiers "charity shops" de Roumanie

Par Grégory Rateau | Publié le 18/01/2021 à 00:00 | Mis à jour le 18/01/2021 à 11:02
Bine boutique Ana Derumeaux charity shop

Aujourd'hui notre rédaction est allée à la rencontre d'une Roumaine mariée à un Français, Ana Derumeaux. Elle a créé, il y a maintenant deux ans, l'un des premiers "charity shops" de Roumanie en partenariat avec la Croix-Rouge, Bine boutique, en plein centre de Bucarest. Une démarche sociale et environnementale à encourager.

 

Grégory Rateau: Pouvez-vous nous présenter votre boutique "Bine Boutique"?

Ana Derumeaux: Bine Boutique est «née» en septembre 2018 animée par le désir de changer l'image que les gens ont de la réutilisation et du recyclage des textiles. Dans une société de consommation, où l’on achète beaucoup de vêtements par envie d'en avoir toujours plus, nous pensons qu’il existe une autre voix, plus respectueuse de l’environnement. Bine Boutique, le magasin caritatif de la Croix-Rouge roumaine, veut inspirer les gens à consommer de manière plus responsable, notamment en ce qui concerne l’habillement.

Chez Bine Boutique, nous offrons aux vêtements une nouvelle vie, tout en aidant les projets sociaux de l'organisation. Soigneusement placés sur des cintres, les vêtements provenant de donation, attendent leurs nouveaux propriétaires. Avant de trouver une nouvelle maison, les vêtements passent par tout un processus de tri et de désinfection avec l'aide des volontaires de la Croix-Rouge. Les articles qui ne passent pas le test qualitatif, sont réinventés et modifiés pour ne pas être jetés dans les décharges. Les vêtements dans un état exceptionnel comme les costumes de marque, les tenues office ou les robes de cocktail, qui ne répondent pas aux besoins des bénéficiaires sociaux, des maisons de retraite ou des crèches, sont valorisés dans la boutique à des prix très abordables.

 

Comment est né votre désir de vous impliquer dans le social?

Il me semble que la compassion et la solidarité permettent une meilleure compréhension et connaissance du monde dans lequel je vis. Avant mes études universitaires dans le domaine de la sociologie et du travail social, je m'étais déjà impliquée dans des actions civiques et humanitaires durant la période turbulente des années post-révolution. À l'époque, la tragédie des enfants des rues m'avait fortement marquée.

 

Votre "charity shop" est l'un des premiers de Roumanie, alors que dans d'autres pays comme la Grande-Bretagne, le phénomène est très répandu. Pourquoi selon vous?

Bine Boutique est le premier magasin social de la Croix-Rouge en Roumanie. Fort heureusement, il existe aussi d’autres organisations, trop peu malheureusement, qui ont des initiatives similaires. Je pense qu’en Roumanie, la culture de l'entrepreneuriat social est balbutiante, en partie en raison du manque d’investissement dans ce domaine, mais surtout à cause de la perception désuète concernant les sources de financement des organisations à but non lucratif. Il est important qu'elles ne reposent pas seulement sur des dons classiques, des parrainages ou des œuvres caritatives, mais qu'elles génèrent également des revenus autonomes qui seront réinvestis dans des projets sociaux et humanitaires

 

Les Roumains sont-ils à l'aise avec l'idée de porter des vêtements de seconde main?

Oui, c'est une tendance croissante, due à la fois à l'esprit d’une consommation plus responsable, encourageant la réutilisation et la protection des ressources environnementales, mais également au besoin de maîtriser son budget. Sans oublier que, chez Bine Boutique, il est possible de chiner des articles exceptionnels, de véritables «trésors» qui peuvent compléter des tenues chics tout en valorisant un style personnel.

 

Quel est le taux de recyclage des vêtements en Roumanie?

Malheureusement beaucoup trop bas. Pour l'instant, nous ne pouvons parler que d’initiatives d'organisations non gouvernementales, comme le projet de collecte de dons de vêtements de la Croix-Rouge, qui s'efforce d'éduquer les communautés dans un esprit de solidarité, mais aussi de protéger l'environnement en réutilisant et en recyclant les textiles. En Roumanie, même les matériaux «classiques» comme le papier, le plastique ou le verre, pour lesquels il devrait exister une infrastructure soutenue par les autorités de l'État, ne sont pas collectés de manière sélective et recyclés autant qu'ils le devraient...

 

Avez-vous réussi à réunir un stock assez important jusqu'à présent?

Le bilan pour 2020, année si compliquée et difficile pour tous, montre que les gens se sont mobilisés et ont donné plus de 23 tonnes de vêtements à la Croix-Rouge du secteur 6 de Bucarest. Comme je vous le disais, environ 10% a été valorisé via le magasin Bine Boutique.

 

L'industrie textile est la deuxième industrie la plus polluante au monde après l'industrie pétrolière. Trouvez-vous que les Roumains sont assez concernés par ce sujet?

Je pense que nous ne sommes qu’au début, il reste beaucoup à faire pour éduquer et sensibiliser les membres de la communauté à la réutilisation et au recyclage des textiles. Nous nous efforçons de fournir un système transparent et fonctionnel de collecte des dons de vêtements, avec un impact positif à la fois socialement et sur l'environnement. Nous avons besoin d'influenceurs, de personnalités publiques pour nous soutenir dans cette entreprise. C'est un appel qui, j'espère, grâce au Petit Journal, sera entendu par le plus grand nombre.

Des artistes de renom tels que Dan Perjovschi et Pisica Pătrată (Alexandru Ciubotariu) nous ont déjà soutenus avec des œuvres chargées de messages spécialement créés pour décorer l'espace Boutique Bine et le siège de la Croix-Rouge, afin d'attirer l'attention sur les enjeux sociaux et environnementaux de notre époque.
 

 

Pensez-vous que le bénévolat est assez encouragé en Roumanie?

À la Croix-Rouge nous accueillons régulièrement des jeunes voulant faire du bénévolat, ils représentent la force d’action la plus importante de l'organisation. Dans le cas particulier de la collecte de dons de vêtements, ce sont les bénévoles qui assurent le tri et la distribution des vêtements réutilisables aux bénéficiaires sociaux ou aux personnes affectées. Ils participent également à des ateliers créatifs de recyclage de déchets textiles. Les produits fabriqués sont destinés à générer des fonds pour d'autres projets sociaux. Je vous invite à découvrir des choses merveilleuses sur notre boutique caritative en ligne: https://shop.bineboutique.ro/handmade.html

Personnellement, j'encourage tout le monde à s'impliquer dans le volontariat pour aider ceux qui en ont besoin, mais aussi pour enrichir leur expérience et donner plus de sens à leur vie.

 

Avez-vous des informations sur le nombre de nouveaux pauvres en Roumanie suite à cette pandémie de Covid-19?

Je ne peux pas vous donner un chiffre exact en l’absence de statistiques officielles, en revanche, je peux vous dire que les demandes d’aide pour les articles d'hygiène, la nourriture et les vêtements, c'est-à-dire la satisfaction des besoins de base, ont explosé récemment à la Croix-Rouge. Nous essayons d'aider autant de personnes vulnérables que possible et c’est pour cela que nous développons également des initiatives d'entrepreneuriat social telles que Bine Boutique.

 

 

Adresse : Strada Biserica Amzei 29, București

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grégory rateau

Grégory Rateau

Rédacteur en chef du site lepetitjournal.com/Bucarest, chroniqueur à Radio Roumanie Internationale et écrivain
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