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5 chefs-d'oeuvre du cinéma roumain à voir absolument

Par Grégory Rateau | Publié le 15/03/2019 à 00:00 | Mis à jour le 15/03/2019 à 09:05
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Notre rédaction vous propose aujourd'hui de découvrir ou de redécouvrir 5 chefs-d'oeuvre du cinéma roumain qui, de par la qualité de leur mise en scène et la pertinence de leur sujet, peuvent vous aider à comprendre l'histoire de la Roumanie avec un autre regard.

 

 

 

 

La Mort de Dante Lazarescu de Cristi Puiu (2005)

L'histoire: Monsieur Lazarescu, 63 ans, vit dans un appartement avec ses trois chats. Un samedi soir, ce dernier ne se sent pas bien. Jusqu'à l'arrivée de l'ambulance, il essaye d'apaiser son mal avec les médicaments qu'il a sous la main. Puisqu'il n'a plus de pilules, il appelle ses voisins en aide. Sandu et Miki, les voisins interrompus dans leur activité domestique, se portent à son secours. Ce qui semblait être un mal de tête, causé par l'abus d'alcool, s'avère être une infection plus sérieuse quand M. Lazarescu vomit du sang. Finalement, l'assistante médicale de l'ambulance arrive. Sentant l'haleine alcoolique du patient, elle lui administre des vitamines et de la glucose mais, après une investigation plus sérieuse, elle décide de l'emmener à l'hôpital suspectant une tumeur au côlon.
A l'hôpital, les choses se compliquent...

Ayant reçu le prix "Un certain regard" au festival de Cannes, cette comédie noire signée Cristi Puiu est une épopée grinçante qui met au premier plan les défaillances du système hospitalier roumain. Sans jamais tomber dans le misérabilisme, le film suit en plans-séquences la façon dont Mr. Dante est ballotté de service en service, d'hôpital en hôpital dans une spirale kafkaienne sans fin, avec un jeu d'acteur si naturel qu'on se croirait dans un documentaire. Mais en toile de fond, le film explore une thématique plus universelle qui est la dénonciation de l'égoisme social et la façon dont la maladie prive un homme de son individualité et de sa dignité.

 

 

 

La Forêt des pendus de Liviu Ciulei (1964)

L'histoire: Le film raconte l'histoire d'Apostol Bologa, un jeune homme aventureux et romantique qui se porte volontaire pour ainsi prouver son courage et son amour à sa fiancée, Marta. Sur le front de Galiția, pendant la Première Guerre mondiale, il se fera décoré pour ses faits d'arme et il passera au rang de lieutenant. Il se fera ensuite condamné par la Cour martiale, où il finira par condamner le sous-lieutenant tchèque Svoboda. Ce dernier sera condamné à mort.

Réalisé en 1964 par Liviu Ciulei, le film La Forêt des Pendus (Pădurea spânzuraților) est une adaptation remarquable du roman psychologique éponyme de Liviu Rebreanu (1885-1944) paru en 1922. Considéré dès sa sortie comme un film de référence dans le contexte de l’histoire du cinéma roumain, le film a remporté un très grand succès international ainsi que le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en mai 1965. La fin de la Première Guerre Mondiale représente un moment clé pour la réunification des territoires habités par des Roumains, et plus particulièrement pour ceux appartenant à l’empire austro-hongrois. Le protagoniste principal, roumain d’origine, est tiraillé entre son appartenance à l’empire et son amour pour la patrie : il connaîtra une fin tragique. Plus qu’un film sur la guerre, La Forêt des Pendus constitue une formidable exploration des fondements d’une réalité sociale des années de guerre, lorsque les frontières étaient encore brouillées et que tous les rêves étaient encore possibles. Une extraordinaire expérience cinématographique ! La mise en scène tout aussi virtuose crée à elle seule une atmosphère sombre, tendue, et sans espoir.


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4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu (2007)

L'histoire: 1987, Roumanie, quelques années avant la chute du communisme. Ottila et Gabita partagent une chambre dans la cité universitaire d'une petite ville. Gabita est enceinte et l'avortement est un crime. Les deux jeunes femmes font donc appel à un certain M. Bébé pour résoudre le problème. Mais elles n'étaient pas préparées à une telle épreuve.

Véritable chef d'oeuvre d'émotion, maîtrisé de bout en bout, le film touche à une thématique difficile et même tabou, l'avortement, tout en allant au bout de son sujet. Ayant reçu la Palme d'Or à Cannes, le film suit de façon intimiste les 24 heures de la vie d'une femme à la manière d'un thriller où le spectateur reste tendu dans un suspense étouffant sans que le cinéaste use de la moindre ficelle du genre ou de rebondissements spectaculaires. C'est plutôt le portrait néoréaliste d'une Roumanie où l'on sent le poids du contrôle de la société sur les individus et où l'avortement peut être perçu comme un acte douloureux de résistance contre la dictature.

 

 

 

Reconstitution de Lucian Pintilie (1968)

L'histoire: À la demande des autorités (police, parquet), deux jeunes garçons reconstituent une banale bagarre, pour le tournage d'un petit film éducatif censé combattre l'ivrognerie et la violence parmi les jeunes. Toute sorte de petits incidents surviennent pendant le tournage et, finalement, la reconstitution d'une rixe qui n'avait pas été bien grave, aboutit à la mort de l'un des deux jeunes hommes.

Sur un ton ironique et plein de malice, ce film, construit comme un reportage et inspiré de faits réels ayant eu lieu dans les années 50, dépeint l'irrationalité du pouvoir et les manipulations idéologiques, et se veut par là une critique directe du régime communiste de l'époque, ce qui a valu au film d'être interdit de sortie en Roumanie. Plus généralement, le point de vue désenchanté du réalisateur, fait de ce film atemporel une incursion dans le subconscient collectif roumain. Un jeu d'acteur inoubliable, une sensualité et une virtuosité de la mise en scène qui ont valu au film d'être considéré par les critiques de cinéma roumains comme le meilleur film roumain de tous les temps.

 

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Philanthropique de De Nae Caranfil (2001)

L'histoire: A 35 ans, célibataire, Ovidiu vit toujours chez ses parents à Bucarest, en Roumanie. En tant que professeur, il fait partie des mendiants avec diplôme qui constituent une partie de la société roumaine. Mais il croit fortement à sa vocation d’écrivain, la seule qui pourrait le propulser un jour vers les sommets de la gloire. Un jour, il rencontre Diana, mannequin vedette d’une marque de dentifrice, ce qui va bouleverser sa vie de gagne-petit.

12 ans après la chute de Ceaucescu, Nae Caranfil, le réalisateur des "Dimanches de permission", brosse une comédie grinçante d'une Bucarest submergée par le libéralisme, l’argent, l'individualisme et les nouvelles technologies. Le héros du film est un écrivain raté et un piètre professeur, un archétype ultra rabattu dans ce type de comédie. Là où l'histoire décolle vraiment c'est quand on vient lui proposer une escroquerie à la charité mise au point par un vieux gangster et censée émouvoir les nouveaux riches de la société post-communiste pour les faire raquer. La force de cette fable à l'humour noire? Et bien c'est de nous rappeler la comédie italienne à la Vittorio Gassman. De beaux tableaux s'esquissent ici pour notre plus grand plaisir et nous font découvrir les péripéties tragi-comiques de la vie des Roumains ce qui rend le film de plus en plus touchant et captivant pour comprendre cette période déroutante. Histoire foisonnante, pleine de musiques et d'ironie à ne surtout pas manquer.

 

 

 

grégory rateau

Grégory Rateau

Rédacteur en chef du site lepetitjournal.com/Bucarest, chroniqueur à Radio Roumanie Internationale et écrivain
1 Commentaire (s)Réagir
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Irina lun 18/03/2019 - 17:36

Où peut-on voir/revoir tous ces films ?...

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