

Loic Hervouet (photo LPJ)
Le Petit Journal - Lors de votre allocution àla deuxième table ronde du forum “Presse et Information”, vous avez parléd'une sociétédes médias qui était devenue marchande après avoir étéd'abord au service du citoyen. Pensez-vous que les grands groupes qui financent la presse commencent àprendre conscience que la crédibilitéd'un média va de pair avec son indépendance?
Loic Hervouet ? Dans un premier temps, quand l'objectif d'un média est de vendre de l'information, il a tendance àfaire dans le sensationalisme, et àdonner la prioritéàla rapiditéde la diffusion des nouvelles. Au bout d'un moment, il s'aperçoit qu'il perd de sa crédibilitévis-à-vis des lecteurs ou des téléspectateurs. J'observe alors que le média en question se remet àinstaller des règles et un code de conduite. C'est le public lui-même qui va pousser le média àfournir des informations en quelque sorte labellisées, plus sûres et plus professionnelles.
LPJ - Les jeunes journalistes sont souvent confrontés àla précaritéet de plus en plus se tournent vers les salaires confortables offerts par le monde de la communication d'entreprise. Qu'aimeriez-vous dire àun jeune journaliste qui “galère”?
Loic Hervouet - C'est un probléme de finalité. Il faut savoir pour qui on veut travailler, quel est son patron, et je considère que quand on travaille pour un média, son patron n'est pas le rédacteur en chef mais le public. Ce n'est pas le consommateur, ni le client. Je crois que c'est un problème d'idéal personnel, il faut savoir ce que l'on veut faire dans la société. Défendre les intérêts d'une entreprise est tout àfait légitime. Faire du journalisme, c'est avant tout promouvoir le développement des personnes et, sans trop user des grands mots, de la démocratie.
LPJ - Lors de la table ronde, vous avez mentionnéune formation dont pourrait bénéficier la Facultéde journalisme de Bucarest...
Loic Hervouet - En collaboration avec les 27 écoles de journalisme qui font partie du réseau francophone, nous essayons d'établir ce qui doit être le minimum demandépour exercer la profession de journaliste. Nous sommes convaincus que le journalisme est un métier, et ça s'apprend.
De la même façon, enseigner le journalisme est aussi un métier. Nous avons déterminé15 critères, avec une dizaine de sous-critères, qui décrivent ce que doit contenir une formation de journalisme pour que la personne qui sort d'une école travaille de façon professionnelle. Il s'agit de toute une série de normes et de conseils regroupés au sein d'une charte àlaquelle j'espère que la Roumanie pourra adhérer en novembre prochain. Ce type de formation se mettrait alors en place àBucarest.
Propos recueillis par Laurent Couderc. (LPJ - Bucarest) 24 mars 2006







