Édition internationale

JUSTICE - Le cas Gigi

Écrit par Lepetitjournal Bucarest
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 avril 2009
Le millionnaire controversé Gigi Becali est depuis quelques jours en prison pour avoir voulu faire justice lui-même. L'affaire a déchaîné les médias et fait sortir dans les rues plusieurs centaines de personnes{mxc}

Gigi Becali (photo: 3210.ro)

Le 2 avril dernier, la police arrête George "Gigi"Becali dans sa propriété de Pipera (nord de Bucarest), pour une affaire de règlement de comptes. L'homme d'affaires est soupçonné de "privation de liberté illégale". Il aurait retenu contre leur gré trois hommes durant plusieurs heures qu'il accuse de lui avoir volé sa voiture.

Toutes les caméras de télévision sont là pour filmer l'intervention de la police. L'affaire se déplace ensuite sur les plateaux de télévision où elle est âprement débattue. Suite à des réactions à l'emporte-pièce, des accusations sans preuves et des modérateurs loin de garder leur impartialité, le Conseil national de l'audiovisuel (CNA) compte sanctionner trois postes de télévision, OTV, Realitatea TV et Antena 3. Dans la majorité des cas, la justice et le président roumain sont montrés du doigt pour avoir instrumentalisé toute l'affaire. Observation du CNA : "Le plus grave, ce n'est pas que les modérateurs n'aient même pas essayé de calmer leurs invités, mais qu'ils aient eux-mêmes porté des accusations."

Un soutien mis en scène ?
Du côté de Gigi Becali, les supporters du patron du club de foot Steaua Bucarest ont bien été au rendez-vous, un rendez-vous fixé ? Des dizaines de personnes se sont réunis devant le tribunal pour demander la libération de Becali. Deux autobus ont notamment amené une cinquantaine d'habitants de Vadu Roşca (est), le village reconstruit par l'homme d'affaires à la suite des inondations de 2005. Sur les pancartes, on pouvait lire "Qui va nous aider maintenant ? Les sinistrés". A l'église de Pipera, les prêtres disent prier pour le millionnaire. Selon le sociologue Calin Anastasiu, il est facile d'expliquer le phénomène : "George Becali s'est fait une image publique en aidant les églises et les pauvres, mais cet élan de sympathie ne s'étend que dans les zones de la société où il est intervenu. On n'est d'ailleurs pas sûr à 100% qu'il s'agisse d'actions spontanées. Il existe peut-être de la manipulation." Malgré cette pression médiatique et sociale, les juges ont décidé une semaine plus tard de maintenir George Becali en détention provisoire jusqu'au 2 mai.

Une justice indépendante ?
Des magistrats de tout le pays ont exprimé leur solidarité avec leurs collègues de Bucarest sur un forum Internet. Tous soulignent le fait qu'une décision de justice ne doit pas être discutée, même si chaque inculpé a droit à la présomption d'innocence. Cependant, l'attitude des juges, qui sont restés très fermes quant à la détention de Becali, "ne correspond pas forcément à une preuve d'indépendance de la justice", estime Calin Anastasiu. De son côté, l'avocat Dan Nastase soutient que "l'arrestation, même si elle a été faite de façon légale, a été exagérée. Normalement, George Becali aurait dû être cité (prévenu, ndlr) avant d'être arrêté. Il est aussi aberrant que les voleurs de la voiture soient, eux, libres et profitent d'un programme de protection des témoins. Je pense qu'il y a eu un excès de zèle de la part du Parquet".

Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) mardi 14 avril 2009.{mxc}
lepetitjournal.com bucarest
Publié le 14 avril 2009, mis à jour le 13 avril 2009
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