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INSERTION - Une ferme sociale entièrement bio à 30km de Bucarest

Par Lepetitjournal Bucarest | Publié le 17/07/2016 à 22:00 | Mis à jour le 17/07/2016 à 09:15

C'est sans doute une initiative unique en Roumanie, mais qui semble avoir un bel avenir devant elle. L'association de réinsertion sociale Ateliere f?r? frontiere a mis en place une ferme bio dans la commune de Cioc?nari (nord de Bucarest). Une vingtaine de personnes en difficulté vont y travailler. Le concept a fait ses preuves en France. Les premières récoltes sont en cours.

Photo : Jonas Mercier 

Ecrasés par un soleil de plomb, des ouvriers agricoles s'affairent sur une étendue de quatre hectares, équipés de huit serres de 4000 m2. Cette petite ferme maraîchère ressemble aux nombreuses autres que l'on trouve dans le sud du pays. Mais les apparences sont trompeuses, car la ferme Bio&co de Ateliere f?r? frontiere (AFF) est sans doute unique dans son genre en Roumanie. L'engrais utilisé est celui d'un composte géant, alimenté par les déchets de fruits et légumes de plusieurs hypermarchés de Bucarest. Les ouvriers sont des personnes en difficultés et en cours de réinsertion. Enfin, la production est 100% naturel (la ferme se trouve en période de conversion et devrait obtenir son label bio prochainement).

Sebastian Georgescu, l'ingénieur agronome en charge de l'exploitation n'a jamais fait de bio, mais il apprend sur le tas. ''Je pique des recettes sur Internet pour faire mes insecticides naturels, raconte-t-il. Par exemple, je fais une mixture de lait et de farine avec laquelle j'asperge les tomates pour éloigner les araignées, ou alors je fais macérer des orties. Et ça marche.'' Petrisor, lui, travaille torse nu sans se soucier du soleil. C'est l'un des ouvriers en réinsertion. ''Je commence à me faire au travail des champs, j'apprends la discipline'', dit-il en souriant. La vingtaine, un peu gauche, il pioche et désherbe autour des serres. Il y a quelques semaines en arrière, il est sorti de l'orphelinat du village voisin, dans lequel il avait grandi. Il n'avait ni carte d'identité, ni argent et pour tout bagage un sac en plastique et une paire de jeans de rechange. S'il n'était pas tombé sur AFF, il aurait quand même travaillé dans les champs, mais en Espagne, dit-il. Il serait certainement parti par le biais d'un des nombreux réseaux plus ou moins légaux qui existent dans la région. 

Une politique sociale dépassée

''Nous nous sommes inspirés du réseau Cocagne en France, qui rassemble une centaine de jardins sociaux et bio, explique Raluca Ouriaghli, la directrice de l'AFF. Ce modèle nous a plu parce qu'il y a un rapport à la vie et à la nature qui est extrêmement utile pour des personnes en difficulté.'' AFF est l'une des rares associations à se préoccuper de ces personnes en difficulté, qui peuvent avoir des histoires très différentes : expérience carcérale, handicape physique ou mental, détresse économique, orphelins. ''Nous ne voulons pas avoir de population cible, car cela entraîne une sorte d'exclusion indirecte, détaille Raluca Ouriaghli. Nous estimons, par exemple, que les Roms qui sont en difficulté ne le sont pas parce qu'ils sont Roms, mais parce qu'il cumulent des problèmes sociaux-économiques.''

Très répandues en France, les entreprises sociales n'existent quasiment pas en Roumanie. Un réseau national en rassemble à peine plus d'une dizaine. Bien trop peu pour un travail gigantesque à l'échelle du pays, où les institutions en charge de l'aide sociale sont bien souvent dépassées et pas forcément très adaptées. ''Les personnes en difficultés sont soit dépendantes des services sociaux, soit en dehors de tout mécanisme d'aide'', ajoute Raluca Ouriaghli. Le problème des politiques sociales roumaines est toutefois plus complexe, estime la sociologue Raluca Popescu. ''Depuis 1989, nous avons une approche réactive et faisons face aux problèmes lorsqu'ils apparaissent sans essayer de les anticiper, dit-elle. Mais le plus dommageable, c'est que l'Etat manque cruellement de ressources et les problèmes sociaux sont très nombreux.'' 

La ferme Bio&co commence à voire sortir ses premiers légumes de terre. Elle a l'ambition d'en faire pousser 80 variétés différentes dans les mois à venir et de les vendre par le biais d'un système d'abonnements hebdomadaires à des paniers de saison. Les inscriptions sont déjà ouvertes.

Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Lundi 18 juillet 2016

Pour plus d'informations : patrick.ouriaghli@atelierefarafrontiere.ro

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