

Bucarest et Chisinau viennent de signer un traité frontalier, après des années de négociations. Si ce document technique n'est toujours pas synonyme d'une reconnaissance de l'actuelle frontière par la Roumanie, il est symptomatique de l'apaisement des relations entre les deux pays et de la volonté roumaine d'inscrire la Moldavie voisine dans une dynamique européenne
Photo : D.R.
Les négociations duraient depuis 2003. Lundi soir, la Roumanie et la République de Moldavie ont enfin signé un traité clé sur leur frontière commune. Le texte est avant tout un document technique qui concerne l'entretien des installations et infrastructures frontalières, les procédures pour les activités qui se déroulent près de la frontière, la vérification des tracés. "Le nouvel accord ne délimite pas la frontière, c'est un document technique portant sur le service de la frontière et l'utilisation des eaux frontalières", explique ainsi le service de presse du ministère moldave des Affaires étrangères. Le Premier ministre moldave, Vlad Filat, a lui affirmé que l'objectif du texte était de "clarifier le régime de la frontière actuelle, afin de le mettre en accord avec les normes européennes".
Aux portes de l'Union
Cette signature est loin d?être anecdotique. Les autorités européennes, José Manuel Barroso en tête, ont d'ailleurs été les premières à annoncer ce traité. Il est, en partie, le signe d'un rapprochement continu entre Chisinau et l'UE, rapprochement que Bucarest soutient fortement. La Moldavie est plus que jamais aux portes de l'Union. Elle sera dans quelques mois aux frontières de l'espace Schengen, lorsque la Roumanie devrait y faire son entrée. De plus, ce traité envoie un signal fort aux Moldaves. A trois semaines des élections législatives, l'actuelle coalition pour l'intégration européenne, au pouvoir depuis 2009, et le Premier ministre Vlad Filat espèrent bien réussir à conserver la majorité face aux communistes et poursuivre dans cette direction pro-européenne.
Une nouvelle entente
Surtout, ce traité a une lourde portée symbolique et est symptomatique d'une amélioration des relations entre les deux pays "frères". Car la frontière roumano-moldave est source de "conflits". Même si la Roumanie a reconnu la Moldavie à la chute de l'URSS, la question du tracé de la frontière (issue du pacte Ribbentrop-Molotov de 1939, suite auquel la Roumanie a perdu une partie de la région historique de Bessarabie, attribuée à la Moldavie) a été source de tensions à de nombreuses reprises. En janvier 2009, le président roumain Traian Basescu déclarait par exemple que la Roumanie ne signerait jamais de traité reconnaissant ce nouveau tracé de la frontière. Une déclaration que les communistes moldaves, alors au pouvoir, avaient critiquée et interprétée comme la preuve que la Roumanie avait des visées territoriales sur la Moldavie. Le traité qui vient d'être signé a donc aussi pour objectif de rassurer sur les intentions de Bucarest. C'est ce qu'a confirmé le ministre roumain des Affaires étrangères, Teodor Baconschi, lors de la signature, en déclarant que "de cette manière, nous coupons court aux allégations obsessionnelles de certains cercles politiques concernant un imaginaire agenda irrédentiste de la Roumanie". Ses propos font écho à ceux de Traian Basescu, qui, il y a quelques mois, reconnaissait que la Roumanie était prête à "faire des efforts diplomatiques (...) pour enlever aux communistes une arme importante dans la compétition électorale". Marion Guyonvarch (www.lepetitjournal.com/Bucarest) mercredi 10 novembre 2010







