La Roumanie a demandé mardi à la Commission européenne et au Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité (ENTSO-E) de procéder à une nouvelle évaluation régionale de la capacité des systèmes électriques à faire face à une éventuelle aggravation de la situation dans le pays, a annoncé le secrétaire d’État à l’Énergie Cristian Bușoi.


Cette demande intervient alors que les autorités roumaines se préparent à un éventuel arrêt contrôlé du réacteur n° 2 de la centrale nucléaire de Cernavodă, en raison de la baisse continue du niveau du Danube. L’objectif est de déterminer précisément quelle quantité d’électricité les réseaux des pays voisins pourraient fournir à la Roumanie si la situation venait à se détériorer.
La Commission européenne estime toutefois que, malgré les difficultés provoquées par les niveaux exceptionnellement bas des cours d’eau, le système électrique régional reste pour l’heure sûr et stable.
Bucarest veut prolonger l’exploitation de centrales au charbon
Cristian Bușoi a présenté mardi la situation énergétique de la Roumanie au sein du groupe de coordination de l’électricité de la Commission européenne, chargé notamment des questions de sécurité d’approvisionnement.
Parmi les principales demandes roumaines figure la possibilité de maintenir en fonctionnement certaines unités au lignite exploitées par Complexul Energetic Oltenia.
Selon Bușoi, la fermeture prévue de l’unité Turceni 5 au 31 août, dans le cadre de l’objectif 119a du PNRR, serait « extrêmement problématique » compte tenu des conditions actuelles. Le gouvernement roumain demande donc à la Commission européenne une dérogation permettant de conserver une partie des capacités au charbon au-delà de la date prévue.
Bucarest souhaite ainsi obtenir l’autorisation de maintenir quatre unités de production, trois plus une, après la fin du mois d’août.
Parallèlement, le ministère de l’Énergie et le Centre national de répartition de l’énergie ont préparé plusieurs mesures destinées à couvrir la demande et à préserver l’équilibre du système national dans l’hypothèse d'un arrêt du réacteur n° 2 de Cernavodă.
Une partie des besoins supplémentaires serait couverte par des importations en provenance des réseaux électriques régionaux et européens. Des capacités de production nationales supplémentaires pourraient également être mobilisées.
L’unité Rovinari 4, exploitée par Complexul Energetic Oltenia, doit ainsi être sortie de réserve et rendue disponible pour le système national. Hidroelectrica pourrait également augmenter sa production, dans les limites imposées par ses capacités techniques et les ressources en eau disponibles.
La Roumanie doit ainsi composer avec une combinaison particulièrement difficile : un Danube historiquement bas, une pression croissante sur la production hydroélectrique et la perspective d’un arrêt temporaire d’un réacteur nucléaire.
La Roumanie passe du « niveau d’alerte précoce » à la « situation de crise »
Cristian Bușoi a également annoncé que la Roumanie avait activé vendredi dernier le mécanisme d’« alerte précoce » prévu pour le secteur de l’électricité, en raison de l’évolution de la situation régionale.
Lundi soir, Bucarest a informé les autorités européennes que la situation était passée au niveau supérieur, désormais qualifié de « situation de crise ».
Le mécanisme d’alerte précoce permet à un État de signaler l’apparition de signes susceptibles de conduire à une crise. Selon le cadre européen, une situation de crise correspond notamment à un risque imminent de pénurie importante d’électricité.
L’évaluation demandée à la Commission européenne et à l’ENTSO-E doit notamment porter sur les capacités de production disponibles, les réserves d’équilibrage, les capacités d’interconnexion transfrontalières et la possibilité pour les pays voisins d’apporter leur soutien à la Roumanie en cas de nouvelle dégradation.
Bucarest veut savoir combien d’électricité elle pourra importer
Les autorités roumaines souhaitent également obtenir davantage de précisions sur les mécanismes d’assistance d’urgence entre les gestionnaires des réseaux de transport des pays voisins.
Cristian Bușoi a expliqué que Bucarest voulait connaître les capacités réellement disponibles et identifier à l’avance les éventuelles limites techniques ou autres qui pourraient empêcher leur mobilisation en cas d’urgence.
Le ministère de l’Énergie a par ailleurs demandé à la Commission européenne l’organisation rapide d’une discussion technique bilatérale afin d’identifier tous les instruments dont dispose l’Union européenne si la situation venait à empirer.
Ces dispositifs pourraient notamment concerner le fonctionnement du marché de l’électricité ainsi que d’autres mécanismes prévus par le cadre juridique et institutionnel européen.
Cernavodă accentue la pression sur le système électrique
Cette demande d’évaluation régionale intervient alors que la Roumanie envisage un arrêt du réacteur n° 2 de Cernavodă en raison du niveau exceptionnellement bas du Danube.
Le réacteur nécessite un débit d’eau suffisant pour assurer son refroidissement et fonctionner en toute sécurité. Face à la baisse continue du niveau du fleuve, les autorités ont lancé plusieurs opérations d’urgence destinées à rediriger une partie du débit vers la centrale et ont entrepris des travaux de dragage dans certaines zones critiques.
Nuclearelectrica a déjà commencé les préparatifs techniques nécessaires à un arrêt contrôlé si les conditions hydrologiques ne s’améliorent pas.
La mise à l’arrêt du réacteur n° 2 priverait temporairement le système national d’une importante source de production électrique bas carbone et renforcerait le recours aux importations, aux centrales thermiques disponibles et aux autres capacités nationales.
Bruxelles juge le système régional toujours stable
La Commission européenne affirme de son côté suivre attentivement la sécurité de l’approvisionnement électrique en Roumanie, en Hongrie et dans d’autres pays d’Europe du Sud-Est confrontés à la sécheresse et à des niveaux d’eau exceptionnellement faibles.
La porte-parole de la Commission, Eva Hrncirova, a déclaré mardi que la situation était difficile en raison du faible niveau des cours d’eau, mais que le système restait « sûr et stable ».
Elle a précisé que Bruxelles travaillait en étroite coordination avec les gestionnaires de réseaux de transport, qui disposent des informations les plus précises sur la sécurité de l’approvisionnement électrique.
« Nous coordonnons étroitement avec eux et maintenons un contact permanent », a-t-elle déclaré après la réunion du groupe de coordination de l’électricité de la Commission européenne.
Pour la Roumanie, la combinaison d’un Danube historiquement bas, de la pression sur les ressources hydroélectriques, d’un éventuel arrêt de Cernavodă 2 et de la fermeture programmée de certaines capacités au charbon rend toutefois les prochaines semaines particulièrement sensibles.
L’évaluation régionale demandée par Bucarest doit permettre de déterminer plus précisément quelle quantité d’électricité pourrait être mobilisée auprès des pays voisins si les capacités de production nationales venaient à subir de nouvelles contraintes.







