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RENTREE LITTERAIRE 2017 - Entretien avec Patrick Modiano

Par Lepetitjournal Bucarest | Publié le 04/09/2017 à 22:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 14:02
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Dans son Bulletin de septembre-octobre 2017, le célèbre éditeur parisien Gallimard annonce la publication de trois livres très attendus de la rentrée signés par deux auteurs Prix Nobel de la maison, Patrick Modiano et Jean-Marie Gustav Le Clézio. Nous débutons donc avec Patrick Modiano qui publie d’abord une pièce de théâtre, « Nos débuts dans la vie » où il reprend « les grands motifs autobiographiques qui traversent son œuvre », et où le théâtre devient « un lieu paradoxal d’invention et de perte de soi ». « Souvenirs dormants » est un roman rempli de musicalité sut le thème du retour et du recul du temps et sur les empreintes du temps sur nos vies. Dans l’attente de la publication prochaine de ces livres, les Éditions Gallimard ont eu la gentillesse de nous autoriser à reproduire en exclusivité pour les lecteurs du PetitJournal.com de Bucarest deux entretiens parus dans le « Bulletin Gallimard n° 519 – septembre-octobre 2017 ».

 

 

Entretien avec Patrick Modiano, Prix Nobel de littérature

 

« Souvenirs dormants » convoque des personnages parfois croisés dans vos livres précédents comme Madeleine Péraud ou Mireille Ourousov. Des revenants, qui viennent ainsi compléter le puzzle, ou des doubles, des fantômes encore plus insaisissables ?

En effet, ces personnages, on les a croisés dans mes précédents livres… Peut-être parce qu’il s’agit d’un seul « roman » écrit de manière discontinue. Certains de ces personnages, on les voit de manière plus détaillée que dans les autres romans, mais il arrive que l’un d’eux n’ait plus le même prénom, ce qui prouve les incertitudes de la mémoire.



Vous écrivez : « J’étais sûr que, dans l’avenir, il suffirait d’inscrire sur un écran le nom d’une personne que vous aviez croisée autrefois et un point rouge indiquerait l’endroit de Paris où vous pourriez la retrouver. » Mais retrouver la trace avec certitude ne rendrait-elle pas impossible toute rêverie sur les « souvenirs dormants » du titre ?

C’est un peu ce qui se passe avec Internet, qui permet de retrouver la trace de quelqu’un. Et cela va à l’encontre de la démarche du romancier : une recherche interminable, et souvent vaine, et une rêverie. Mais heureusement, Internet ne peut répondre à toutes les questions. Ce qui laisse une marge de liberté à l’imagination à l’imagination et la rêverie du romancier.



Le thème de la fugue est très présent dans le texte. La fugue au sens de la fuite, et peut-être aussi la fugue au sens musical, où le thème « fuit » en permanence d’une voix à l’autre ?

Oui, ces deux thèmes qu’évoquent le mot fugue me sont proches. Ils peuvent être contradictoires : fuite, mais aussi retour, au sens musical. Je crois que, sans m’en rendre compte, mes romans successifs sont de répétitions, des redites, ou des refrains, comme en musique.



Autre thème important, celui de l’« éternel retour », à propos duquel le narrateur rêve de pouvoir revivre tout ce qu’il a déjà vécu, mais « le vivre beaucoup mieux, sans les erreurs… ». N’est-ce pas une définition possible de la littérature ?

Le terme « Eternel Retour » pourrait servir de définition à une démarche littéraire. Se retourner sur certains épisodes que vous avez vécus, au présent, dans le désordre, et leur donner, avec le recul du temps, une certaine ligne musicale.



Vous explorez une fois encore les « mystères de Paris », avec ici la dimension supplémentaire des lieux maléfiques où flottent « de mauvaises ondes ». Faut-il y voir l’influence des sciences occultes qui fascinent le narrateur, ou une réalité objective que tout un chacun peut ressentir au cours de ses déambulations parisiennes ?

Les « mystères de Paris » sont bien une réalité objective ? Il suffirait, au cours de vos déambulations, de lire la ville comme un palimpseste, et de savoir quels sont les fantômes qui hantent chaque numéro de rue.

 

Les événements qui surviennent dans la vie du narrateur semblent placés sous le signe de la coïncidence et du hasard. Ne s’agirait-il pas d’autres noms du destin ?

Nous pouvons aussi rêver que nous avons des centaines de sosies, qui ont réalisé les multiples possibilités qu’offrait notre vie…



Vous publiez simultanément une pièce de théâtre, Nos débuts dans la vie, écrite en parallèle à Souvenirs dormants. Peut-on voir dans ces deux textes une forme de dytique atypique ?

La publication simultanée de Souvenirs dormants et d’une pièce de théâtre n’est sans doute pas le fruit du hasard. Les mots « un début dans la vie » apparaissent dans une page de Souvenirs dormants, mais l’un des deux livres ne pouvait pas être écrit que sous une forme théâtrale, car c’est un texte sur le théâtre.

 

 

(Entretien paru dans le « Bulletin Gallimard n° 519 – septembre-octobre 2017 »)


De notre correspondant à Paris Dan Burcea (www.lepetitjournal.com/Bucarest) - Mardi 5 Septembre 2017

 

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