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CINE - «Rodin» ou l'art de tout donner dans l'instant

Par Par ici les sorties | Publié le 16/11/2017 à 00:00 | Mis à jour le 16/11/2017 à 08:39
Photo : Rodin de Jacques Doillon
rodin

Pour sa nouvelle recommandation cinéma, Grégory Rateau vous propose de découvrir «Rodin», le nouveau film de Jacques Doillon, dans le cadre du Festival du film Français, avec un Vincent Lindon habité. Une œuvre pétrie, ajustée, corrigée, où l’artiste est malmené, tournant dans son atelier comme un lion en cage en quête de la perfection.

 

 

Pour le centenaire du sculpteur, Jacques Doillon relève le défi de proposer un énième biopic sur le génie à qui l’on doit notamment une sculpture de l’écrivain Balzac, restée dans toutes les mémoires. Mais à la différence de grands nombres de faiseurs, le cinéaste a son style, sa patte, qu’il n'en déplaise à certains, Doillon est un auteur, dans le vrai sens du terme, creusant ses obsessions comme l’a fait avant lui Rodin. Pour s’en convaincre il suffit d’apprécier la scène d’ouverture du film, un long plan-séquence où l’on se glisse dans l’atelier du sculpteur, comme un spectateur voyeur, flânant un peu distrait sur les objets, les draps, pour aller jusqu’à l’artiste, vers sa silhouette, massive, lourde, habitée, incarnée par un Vincent Lindon taillé sur-mesure pour ce rôle. Musculeux, les traits marqués, sa présence imprègne chaque plan, ses va-et-vient confèrent à l’artiste une animalité fascinante. On ne peut aborder l’art de la sculpture sans savoir filmer décemment les corps et Doillon sait les filmer. Loin de tout pathos, il met en scène ce corps à corps entre l’artiste et son modèle, Camille Claudel (Izïa Higelin). Rodin la rêve comme «le chef d’œuvre inconnu» de Balzac, il peine pour la posséder; il en va de même pour l’amour comme pour son art, les deux s’entremêlent. Pour cet artiste, le doute est central ainsi que l’effort, pas de génie sans un travail acharné, une lutte avec soi-même et avec son modèle. A l’heure où tout artiste reconnu a son moment de gloire ou «de génie», Doillon nous montre autre chose: la discipline plutôt que l’inspiration, la rigueur plutôt que la complaisance. Tel un Sisyphe poussant son rocher de bronze, l'artiste recherche des rares moments de bonheur dans un enfer personnel qu'il se crée de toute pièce. Rodin est montré comme un être taciturne, infidèle, grommelant dans sa barbe des sons inaudibles, tout entier absorbé par la tâche qu’il s’impose, par l’auto-critique qu’il s’inflige. Sa reconnaissance sera tardive, lorsqu’une commande d’État lui est faite, l’homme a déjà 40 ans, on lui demande de réaliser «La Porte de l’enfer» inspirée de La Divine Comédie de Dante, l’occasion rêvée donc, pour aller toujours plus loin dans ses recherches et se mettre en danger. L’homme robuste, est magnifique dans sa fragilité, un colosse aux pieds d’argile, derrière le regard fou et concentré de l’acteur, on aperçoit cette lueur quasi divine, celle de l’artiste au service du sacré, à la recherche de l’éternité. Foncez ce soir à l’Institut Français pour découvrir ce chef-d’œuvre. Plus qu’une recommandation, c’est un ordre que je vous donne!

 

Vincent-Lindon
Vincent Lindon


Festival du film Français Bucarest

Cinema Elvire Popesco, București

Demain, 16 Novembre 2017 / 21:00

 


2017 (2h 01min)
De Jacques Doillon
Avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele
Genre Drame
Nationalité français

 

 

Les Cahiers du Cinéma: "Si le film de Doillon était une sculpture de Rodin, ce ne serait assurément pas le Monument à Balzac : il ne tend pas à la majesté ni ne veut faire de son modèle un personnage plus grand que nature. Si Rodin était une sculpture de Rodin, ce serait quelque chose de plus modeste, de plus discret et mineur en apparence : La Femme cambrée par exemple."

 

Les Inrockuptibles: "Le plus souvent filmé dans son atelier, son Rodin a la carrure dense, le regard intense et sévère, les mains robustes et l’intériorité puissante de Vincent Lindon. L’acteur et le cinéaste composent à deux un artiste habité, concentré, toujours en recherche, aux aguets, l’esprit et le corps tout entiers tournés vers l’oeuvre à accoucher, à peaufiner, à reprendre, dans une éternelle quête sisyphinenne."

 

Synopsis:

 

À Paris, en 1880, Auguste Rodin reçoit enfin à 40 ans sa première commande de l’Etat : ce sera La Porte de L’Enfer composée de figurines dont certaines feront sa gloire comme le Baiser et le Penseur. Il partage sa vie avec Rose, sa compagne de toujours, lorsqu’il rencontre la jeune Camille Claudel, son élève la plus douée qui devient vite son assistante, puis sa maîtresse. Dix ans de passion, mais également dix ans d’admiration commune et de complicité. Après leur rupture, Rodin poursuit son travail avec acharnement. Il fait face et au refus et à l’enthousiasme que la sensualité de sa sculpture provoque et signe avec son Balzac, rejeté de son vivant, le point de départ incontesté de la sculpture moderne.

À 60 ans, enfin reconnu, il devient le sculpteur le plus célèbre avec Michel-Ange.

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auteur: Grégory Rateau

 

 

 

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