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Marceau : "Mon voyage à vélo en Inde sera à la fois sportif, spirituel et solidaire"

Marceau et son parcours en Inde Marceau et son parcours en Inde
Écrit par lepetitjournal.com Bombay
Publié le 21 mars 2023, mis à jour le 19 décembre 2023

Marceau est un jeune Français qui a prévu de traverser l’Inde à vélo à partir du 28 mars 2023, de Kanyakumari, à l’extrême sud, à Srinagar, tout au nord. Son voyage de 4000 kilomètres pendant la saison chaude est à la fois sportif, spirituel et solidaire. Le long du parcours, Marceau s’arrêtera dans des lieux de méditation, qu’il pratique régulièrement, et il pédale pour la bonne cause. Il tente en effet de récolter des fonds pour l’association Karuna-Shechen, créée en 2000 par le moine bouddhiste Matthieu Ricard. La rédaction lui a posé quelques questions sur ce projet.

 

lepetitjournal.com : Bonjour Marceau, peux-tu commencer par te présenter ?

Marceau : J’ai 27 ans, j’ai commencé à voyager à l’âge de 20 ans, juste après avoir obtenu un diplôme de techniques de commercialisation. J’avais pour objectif d’apprendre l’anglais et l’espagnol pour faire du commerce international. Au bout de quelques semaines, je me suis rendu compte que mes attentes envers la vie avaient pas mal changé. Le voyage m’a fait voir la vie d’un autre œil. Après quelques mois, j’avais toujours envie de voyager, mais ma grand-mère étant malade, je suis rentré en Europe. J’ai vécu en République Tchèque, comme ça je n’étais pas en France, mais pas très loin non plus. Et pendant environ deux ans j’ai fait des allers-retours entre la France et le monde, je ne partais pas très longtemps. Quand ma grand-mère est décédée, j’ai continué à voyager sur du plus long terme et encore plus loin. J’ai vécu en Australie, en Nouvelle-Zélande, j’ai voyagé à travers l’Amérique latine et l’Asie... Pour résumer, sur les sept dernières années, j’ai passé 4 ans et demi à l’étranger.

Je suis allé en Inde pour la première fois en 2019. J’y ai fait ma première retraite de méditation et là, j'ai pris encore un autre tournant en termes d’objectif de vie. Depuis fin 2019, j’ai consacré la plupart de mon temps à faire de la méditation, de l’introspection, à travers la méditation Vipassana et d’autres pratiques. Et me voilà de retour en Inde !

 

Quels ont été tes précédents voyages à vélo ?

Je n’ai fait qu’un voyage à vélo avant  ! Toulouse – Danemark en août 2022. En novembre 2021, quand l’Inde a rouvert ses frontières, j’ai vite demandé un visa. Je n’attendais que ça depuis le début du Covid. Je suis parti avec un visa d’un mois, puis je suis allé au Sri Lanka avec pour projet de retourner en Inde, mais j’ai tellement aimé le pays que j’ai décidé de m’y installer, pour quelques années. J’étais à Mirissa, dans le sud, dans l’intérieur des terres. Je louais une maison, j’avais une moto, je m’étais fait des amis sur place, et la révolution a commencé... Je sortais d’une retraite de méditation dans un camp bouddhiste, et les coupures de courant ont commencé, ça durait 7-8 heures par jour. Au bout d’un mois de cette situation, je suis rentré en France, sans trop savoir quoi faire. J’ai passé un mois dans un centre de méditation Vipassana en Espagne, pour me poser et écouter ce dont j’avais vraiment envie. En sortant, j’ai décidé de bouger en Europe, et sur un coup de tête, je suis parti au Danemark à vélo, alors que ça faisait dix ans que je n’en avais pas fait !

 

Marceau et son vélo à la frontière France Belgique

 

 

Pourquoi à vélo ?

Lors de mes voyages, j’ai pas mal pris les transports, l’avion, le bus. Le bus, c’est bien, ça permet de s’immerger et de découvrir la culture, de s’arrêter dans les villages. Je ne voyage qu’en transports en commun pour cette raison. Le vélo offre encore plus de proximité. Et je ne me voyais pas faire la route à pied. À pied, si tu oublies ta bouteille d’eau à la supérette, c’est dur de refaire dix kilomètres pour aller la chercher, alors qu’à vélo ça pose moins de problème ! On peut parcourir de la distance.

 

Tu expliques que ton voyage en Inde sera à la fois sportif, spirituel et solidaire. Est-ce que l’un de ces aspects est plus important pour toi ?

Je pense que les trois aspects sont liés. Le premier but est la spiritualité, et j’entends par là apprendre à se connaître et développer ses qualités humaines. Finalement, le côté sportif permet aussi de se trouver, en explorant les limites du corps humain, surtout en Inde, avec la chaleur par exemple. Je vais pouvoir me pousser, sans aller dans les extrêmes. Je pense aussi qu’il y a peu d’endroits qui peuvent apporter autant de choses que l’Inde sur l’aspect spirituel. Le plus grand centre de méditation Vipassana au monde est en Inde par exemple, à Igatpuri, dans le Maharashtra. Il y a beaucoup de courants spirituels qui me plaisent, toujours avec cette idée de connaissance de soi, alors qu’en Amérique latine, on s’intéresse plus à la connexion avec la nature. Disons que je n’en suis pas encore à cette étape-là. Et l’aspect solidaire représente aussi une partie du chemin qui nous fait grandir. Sans ça, il nous manque un pilier, on ne va nulle part.

 

Est-ce pour cette connexion spirituelle que tu as choisi de lever des fonds pour l’association de Matthieu Ricard, Karuna-Shechen ?

Oui, bien sûr, j’ai choisi Matthieu Ricard car j’ai fait une retraite de bouddhisme tibétain à Dharamsala, et aussi parce que je fais confiance à son association pour la bonne utilisation de l’argent récolté. J’ai beaucoup aimé le contact que nous avons eu avec le responsable qui s’occupe des collectes de fonds.

 

Logo de l'association Karuna Shechen

 

 

Karuna-Shechen s’intéresse à l’éducation, ce qui est le plus important pour moi. C’est peut-être une vision française ou européenne, car en Inde il y a évidemment des gens qui ont des besoins primaires, comme la nourriture et les soins médicaux, mais sans cet aspect éducatif, on ne fait rien de durable. Ça ne m’intéressait pas de juste financer une distribution de colis, parce qu'une fois les colis épuisés, que peuvent faire les populations ? Karuna-Shechen essaye de régler les problèmes à la source et de travailler à l’indépendance des peuples. Elle crée par exemple des jardins potagers bio, et des bassins de rétention pour récupérer l’eau de pluie, un étang permettant de nourrir tout un village via l’irrigation. Ils aident aussi des personnes à créer leur entreprise. Et tout ça fait effet boule de neige, ce qui est bien mieux que de rendre des personnes dépendantes à de l’aide alimentaire.

 

Comment as-tu planifié ton itinéraire ?

J’ai marqué six ou sept points sur le trajet, mais entre ces points, je n’ai pas vraiment prévu ! J’ai pris les deux extrêmes, avec Kanyakumari tout au sud comme point de départ et Srinagar au nord. Entre deux, j’ai prévu de passer à Pune, pour m’arrêter au centre d’Osho, à Igatpuri pour le centre Vipassana, à Goa parce que j’étais allé à Arambol et j’avais trouvé ça un peu rigolo. Ça me fera sûrement du bien de m’arrêter dans un endroit comme ça pour me détendre, même si je ne suis pas spécialement attiré par le mode de vie que ça représente. Après, je passe dans le Rajasthan, je suis sûr que c’est très beau, et puis Delhi parce qu’un très bon ami à moi est là-bas. J’ai aussi un ami de Nouvelle-Zélande qui devrait être dans le Punjab pendant mon voyage, près d’Amritsar et du Temple d’Or, donc je vais m’y arrêter. J’ai aussi été contacté par 2-3 Français qui m’ont invité.

 

Parcours de Marceau en Inde

 

 

Et entre ces différents points, chaque jour, comment choisiras-tu ta route ?

Eh bien, je me lève, et je roule vers le nord pendant 100 kilomètres ! Enfin, 100 kilomètres, ça dépendra de la chaleur. En tout cas, je roulerai vers le nord, autant que je pourrai, et puis je me coucherai le soir quand je serai fatigué ou que le lieu sera propice.

 

Tu as prévu de dormir en tente...

Oui ! Je connais l’hospitalité indienne, donc il y a sûrement beaucoup de soirées où je serai invité à dormir chez des gens, mais je compte bien dormir dans la tente à chaque fois que je serai dans la nature.

 

Tu n’as pas peur des animaux sauvages ?

Je n’y ai pas encore vraiment réfléchi, mais il faut certainement le prendre en compte. Dans un centre Vipassana, j’ai rencontré un gars qui est nomade depuis 20 ans. Il a voyagé à vélo en Afrique, en Amérique latine, en Asie... Je lui ai posé la même question, et il m’a dit que le plus gros danger, l’unique d’ailleurs, c’était l’Homme plus que les animaux. Il y a quand même une petite peur de mon côté, mais je pense que le risque est faible.

J’ai partagé mon projet dans des groupes français, sur Facebook, et aussi dans des groupes indiens. C’était assez drôle, car la plupart des Français, qui sont pourtant censés aimer l’Inde, appartenant à ces groupes spécialisés, étaient très négatifs, critiques, me traitaient d’inconscient, partageaient des histoires très négatives à propos de l’Inde. J’avais l’impression que j’allais traverser une zone de guerre ! Seuls quelques commentaires étaient bienveillants et proposaient des solutions quand ils parlaient des risques. Par exemple, certains m’ont conseillé d’acheter un gros klaxon et un rétroviseur, ce que je viens de faire. Dans les groupes indiens, à l’inverse, mon message a reçu une centaine de commentaires, tous positifs. Les gens me disaient bienvenue, m’encourageaient, une trentaine de personnes m’ont invité chez elles, et beaucoup m’ont proposé de faire un bout de route à vélo ensemble. Il ne faut pas avoir peur plus que de raison ni écouter les alarmistes, sinon on ne fait rien !

 

Quel est ton état d’esprit à quelques jours du départ ?

Je suis très content, je commence à être impatient. Depuis 10 jours, je mets des affiches dans les commerces pour faire la pub du projet, j’essaye d’en parler beaucoup autour de moi. J’ai formé le projet il y a deux mois environ, et là ça se rapproche. Mais ce qu’on nous apprend finalement dans la méditation, c’est de vivre l’instant présent, donc j’essaye de me focaliser sur mes derniers jours en France avant de partir. J’ai des amis qui me sont chers, j’ai ma famille. Et la vie en France n’est pas si triste que ça ! Je profite du confort d’ici. Et puis j’ai une copine, alors je passe du temps avec elle en étant conscient que je ne la verrai pas pendant trois mois ensuite, et j’essaye d’avoir encore plus de bienveillance quand on discute, pour être sûr qu’il n’y ait aucune friction, aucune petite chose négative, parce que ce serait dommage de partir avec des regrets. Donc oui, j’ai hâte, tout en essayant de rester connecté à mon présent en France.

 

Comment te prépares-tu ? Physiquement, matériellement ?

Alors c’est assez drôle, mais je ne fais pas beaucoup de vélo ! Tourner en rond sur le vélo, je n’aime pas du tout ça ! Faire quelques tours ça ne servirait à rien, et je ne me vois pas faire plusieurs heures de vélo plusieurs fois par semaine autour de chez moi. Finalement, le voyage à vélo, ce n’est pas si intense que ça. C’est de l’endurance plus que de l’intensité. Ce n’est pas de la course, je ne prépare pas un marathon et je ne vais pas regarder mon chronomètre. Je vais souffrir un peu au début pendant une semaine, je ferai peut-être 70 kilomètres au lieu de 100 les premiers jours, et après ça ira ! Mon corps sera habitué.

 

Marceau se préparant à son voyage

 

Par contre, je me prépare au niveau cardiaque. Je fais du cardio, je vais courir, et je prends des douches froides. Il fait bien froid là, l’eau doit être à 4 ou 5 degrés et je prends des douches froides tous les jours pour stimuler le système cardio-vasculaire. En Inde, il va faire extrêmement chaud. Le froid, ce n’est pas le chaud, c’est vrai, mais pour refroidir comme pour réchauffer, c’est le cœur qui travaille. Les bienfaits du froid sont reconnus.

 

Outre la chaleur, quelles sont les difficultés que tu penses rencontrer ?

En Inde, les gens sont assez intrusifs. À chaque fois que je quitte l’Inde, je me dis « Il fallait vraiment que je parte là », mais au bout de 15 jours, j'ai envie de revenir ! L’Inde est intense ! Il y a du monde, il y a du bruit, et je ne sais pas si je vais pouvoir trouver beaucoup d’endroits calmes pour me poser de temps en temps. C’est une inconnue du voyage. Il y aura un dénivelé à Srinagar, qui pourrait être difficile, et je pense aller au Ladakh, si j’ai le temps, donc ce sera aussi un petit challenge.

 

Pour conclure, comment les Français en Inde peuvent-ils t’aider ? Ils peuvent participer à ta cagnotte bien sûr, te suivre sur Instagram. Souhaites-tu avoir des contacts sur place ?

Oui, la cagnotte bien sûr, et Instagram, c’est assez important finalement. Les réseaux sociaux, ça tue beaucoup de gens intérieurement, mais ça peut être un excellent moyen de communication. Avoir plus d’abonnés sur mon compte, ça permet de donner de la crédibilité au projet, et de créer des partenariats par exemple. Donc oui, ils peuvent me suivre et partager mes publications. Ça aide vraiment. Plus il y a de partages, plus il y a de possibilités de dons pour l’association.

C’est vrai que quand je voyage je ne recherche pas spécialement le contact des Français, mais encore une fois, l’Inde est intense, alors ça ne ferait pas de mal d’avoir des contacts sur place avec des personnes qui sont proches culturellement, avec qui la compréhension est facile parce qu’on vient du même pays, le temps d’un thé, d’un déjeuner, voire d’un week-end si ça se passe super bien. Donc pourquoi pas rencontrer des Français sur place, oui, et pourquoi pas faire du vélo ensemble si ça dit à certains ! J’imagine aussi que parmi les Français vivant en Inde, beaucoup sont ouverts d’esprit, et je suis toujours heureux de rencontrer des personnes intéressantes, quel que soit ce qui est écrit sur leur passeport ! La nationalité, ce n’est vraiment pas ce que je demande en premier aux personnes que je rencontre.

Parallèlement à mon projet, j’ai créé une correspondance avec une classe à New Delhi. J’avais dans l’idée de passer dans des classes, parler du projet, de l’association. Je suis en discussion avec l’école française de New Delhi pour créer un partenariat, avec mon ancien prof de français. Je serais ravi de faire ça avec d’autres classes, d’autres écoles, si des parents français ont leurs enfants dans une école, française ou non, et voudraient que je vienne parler de mon voyage, ce sera avec grand plaisir, tout comme dans une maison de retraite par exemple. Je suis à l’aise en anglais.

 

Nous vous tiendrons informés du voyage de Marceau via une autre interview et nos réseaux sociaux. Pour lui proposer un accueil, un bout de route ensemble à vélo ou un partenariat, vous pouvez le contacter sur son compte Instagram. Pour l’aider, vous pouvez participer à sa cagnotte et faire parler de l’association Karuna-Shechen.

 

 

Logo de l'association Karuna Shechen

 

 

 

 

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