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Gerhard Schröder, une attitude controversée face à la guerre en Ukraine

Par Ludovic Tölg | Publié le 18/03/2022 à 10:10 | Mis à jour le 18/03/2022 à 12:45
Photo : Gerhard Schröder lors d'un discours à Munich en 2018 © CC - Henning Schlottmann
Gerhard Schröder

Jeudi 10 mars, l’ancien chancelier allemand a rencontré Vladimir Poutine à Moscou pour évoquer la guerre en Ukraine. Cette visite a beaucoup fait réagir, aussi bien l’opinion publique que le SPD.

 

Une demande venant de l’Ukraine

Passé par la Turquie lundi 7 mars pour rejoindre ensuite la Russie, Schröder aurait été sollicité par des membres de la délégation ukrainienne présente à Antalya. Ces derniers, arrivés sur le sol turc pour négocier avec des représentants russes, auraient suggérés à l’ancien chancelier allemand de discuter avec Vladimir Poutine de la situation dramatique en Ukraine. L’ambassadeur ukrainien en Allemagne, Andrij Melnyk, avait émis l’idée que Schröder pourrait s’appuyer sur sa relation privilégiée avec le chef d’Etat russe pour établir un dialogue.

 

Un haut diplomate ukrainien a par la suite confirmé que cette volonté venait directement du président ukrainien Volodymyr Zelensky. La délégation ukrainienne a d’ailleurs donné quelques lignes directrices à Schröder pour son entrevue avec Poutine : les aspirations de l’Ukraine à l’OTAN, le statut de la Crimée et l’avenir de la région du Donbas, que le chef d’Etat russe avait reconnue indépendante quelques jours avant d’attaquer l’Ukraine.

 

A la suite de cette discussion, l’ancien chancelier a appelé le Kremlin pour expliquer sa rencontre avec les négociateurs ukrainiens. Il a demandé à visiter le président russe et a obtenu la permission de se rendre en Russie. Les collaborateurs de Poutine lui ont toutefois demandé d’attendre le jeudi 10 mars pour s’envoler pour Moscou.

 

En Allemagne, une visite inattendue 

Le gouvernement allemand n’a pas été prévenu de ce voyage. A l’issue du sommet de l’UE qui se tenait à Versailles vendredi dernier, le chancelier Olaf Scholz n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. Néanmoins, cette visite est très mal vue en interne, quand on sait que Schröder est à la tête du conseil d’administration de l’entreprise pétrolière russe Rosneft, étroitement liée au Kremlin et qu’il a toujours défendu les projets de gazoducs Nord Stream 1 et 2. Le dernier est celui qui a été fermé par Scholz suite à l’invasion russe.

 

Certes, Schröder avait condamné cette invasion fin février, mais avait ensuite nuancé son propos en demandant à "ne pas couper complètement les liens" avec Moscou. Cette attitude ambivalente laisse penser certains socio-démocrates que Schröder ne veut pas expressément prendre à contre-pied Poutine pour garantir ses intérêts privés. Le 3 mars dernier, Olaf Scholz avait déjà demandé à l’ancien chancelier de quitter ses fonctions au sein des entreprises russes.

 

Un climat très tendu au sein du SPD

Au SPD, le même étonnement, la même colère. Personne n’avait eu vent du voyage de l’ancien chancelier avant son départ. Lars Klingbeil, chef du parti et ex-collaborateur de Schröder lorsqu’il était encore député, écrivait il y a quelques semaines :

 

On ne fait pas d’affaires avec un agresseur, avec un belliciste, comme Poutine.

Les relations étaient déjà très froides entre les deux hommes, et le SPD avait aussi demandé la démission de Schröder de ses postes dans les entreprises pétrolières russes.

 

Pour certains socio-démocrates, l’ancien chancelier est en passe de devenir un "personnage complètement tragique", dont la prise de position est très douteuse. D’autres voient en ce déplacement une grotesque mise en scène pour que Schröder sauve sa réputation, celle d’un intermède qui oeuvrerait pour la paix. De leur côté, plusieurs membres du SPD s’interrogent sur une éventuelle instrumentalisation de Schröder par le président russe. Pour écarter le moindre doute sur ses positions, ils ont demandé l’exclusion de Schröder du parti.

 

Le lendemain de son dialogue avec Poutine, dont le contenu n’a pas été révélé, l’ancien chancelier a accepté de continuer la médiation. Malgré cela, bon nombre d'éléments restent inconnus sur cette rencontre. Toujours est-il que Schröder a déclaré que si les discussions n'aboutissent pas, il romprait ses liens avec la Russie. Liens financiers et commerciaux ou liens personnels avec Poutine, le mystère reste entier...

 

 

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Ludovic Tölg

Ludovic Tölg

Etudiant de Strasbourg et en Erasmus à Berlin, Ludovic a rejoint la rédaction de Berlin en février 2022. Il joue du violon et est passionné de sport.
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Emma Granier

Rédactrice en chef de l'édition Berlin.

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