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THIERRY NOIR - Artiste malgré lui, il est devenu l'une des célèbres figures de l'East Side Gallery

Thierry Noir. Ce nom ne vous est sûrement pas inconnu. Ses personnages, des figurines géantes et multicolores, font partie du mur de Berlin depuis sa chute, devenu ensuite l'East Side Gallery. Mais bien avant 1989, l'artiste, originaire de Lyon, avait déjà pris l'habitude de peindre sur cette frontière de béton, mais de l'autre côté, celui de l'ouest, l'autre moitié de Berlin dans laquelle Thierry Noir s'est installé en 1982 après être arrivé un soir de janvier. Le 22 à 6 heure très exactement. Depuis il a fondé une famille et s'y est épanoui professionnellement et émotionnellement.

"Je n'ai jamais réussi à trouver mon chemin en France, confie avec humour Thierry Noir, rencontré dans sa propre galerie située au sous-sol de l'Europa Center à Ku'damm, j'ai toujours eu la fibre artistique mais n'avais jamais touché un pinceau avant d'arriver à Berlin", poursuit l'homme aujourd'hui âgé de 55 ans.

Thierry Noir dans sa galerie

C'est dans un décors très coloré à l'effigie de ses peintures qui l'ont rendu célèbre, que l'artiste, resté simple et accessible, revient sur ses trente-deux ans de vie berlinoise.

Originaire de Lyon, le jeune homme de 20 ans qu'est alors Thierry Noir est avide d'aventures. Les études de biologie et psychologie, qu'il entame après avoir décroché un baccalauréat technique commercial, ne lui correspondent pas et, sous les conseils d'une amie, il décide alors de prendre un train direction Berlin. "Cela a été un vrai parcours du combattant, se remémore l'artiste français, nous avons dû prendre trois trains pour passer les frontières, je suis arrivé à la Gare de Zoologischer Garten le soir du 22 janvier 1982 à 6 heures avec l'équivalent de 5 Deutsche Mark en poche", raconte avec précision Thierry Noir. Sept ans avant la chute du mur, Berlin se situe dans une enclave, enfermée d'un côté par Berlin-Est et de l'autre par l'Allemagne de l'est.

Décrite comme une "enclave dorée" par Thierry Noir, dans laquelle il assez facile de se loger et de vivre sans gagner énormément d'argent. Avec un revenu provenant du RMI d'un montant équivalent à 340 Deutsche Mark, l'artiste décide de se trouver un travail. "A cette époque, la plupart des personnes que je côtoyais, étaient des artistes, commente Thierry Noir, je me suis alors également mis à peindre et à aller de restaurants en restaurants pour vendre mes oeuvres". Très vite, le jeune homme s'adapte au mode de vie berlinois de cette période et est contaminé par "la maladie de Berlin", comme il l'appelle. "Il y avait tellement de choses à faire, à entreprendre que rapidement on est comme prisonnier de la ville, on en sort jamais", explique Thierry Noir. Et pour cause, 30 ans après, l'artiste a fait son chemin, voyage beaucoup mais reste toujours fidèle à Berlin, cette ville qui lui a permis de trouver son chemin et surtout de faire carrière.

Thierry Noir en 1990, crédit photo : Hans Joerg Krauss

Artiste malgré lui
"J'ai commencé à peindre sur le mur de Berlin en 1984 avec des amis internationaux", se rappelle Thierry Noir, alors accompagné d'autres artistes comme Christopher Bouchet ou Kiddy Citny, on le faisait sous le regard des GREPOS (gardes-frontières de la RDA) pas très commodes mais personne n'avait encore eu cette idée", poursuit-il. 

Peu après son arrivée à Berlin, il trouve très vite où loger, à la Rauch-Haus, un ancien squat situé sur la Mariannenplatz à Kreuzberg. Ouvert en 1971, il est un des premiers squat de Berlin et, lorsque Thierry Noir s'y installe, le Georg-von-Rauch-Haus a déjà été légalisé en centre de jeunesse. C'est dans cet endroit que Thierry Noir fait la connaissance de nombreux autres jeunes et artistes venus de partout et qu'il se convainc de faire de l'art et de la peinture son métier : "Sans talent ni argent, on peut tout de même faire énormément de choses? ", précise l'artiste. Dès les premières fresques sur le mur, l'artiste en herbe lyonnais attire l'?il des passants longeant le mur de Berlin, qui l'interrogent sur ces personnages géants et colorés. Après la chute du mur, il fera partie des artistes contactés pour peindre le côté est du mur en février 1990, qui devient l'East Side Gallery en septembre 1990. "C'est une écossaise qui a eu l'idée de sauver cette partie du mur en la peignant, alors que les autres parties commençaient à être démontées et vendues aux enchères", explique Thierry Noir, qui a également fait partie de la restauration pour les 20 ans de la chute du mur. Ses ?uvres sont depuis devenues célèbres et l'artiste est contacté par de nombreuses agences et mouvements street-artistes.



"Berlin a changé ma vie"
"Aujourd'hui, je voyage sans arrêt : Londres, Berlin, Miami, Paris?., explique l'artiste mondialement connu, je me sens plus européen que français ou allemand et suis amoureux des voyages". Marié à deux reprises, Thierry Noir a deux filles, l'une de 25 ans et l'autre de 4 ans, s'intéressant elles aussi au monde artistique. Épanoui et heureux, l'artiste n'imagine pas sa vie autrement : "Berlin a changé ma vie, je ne serais peut-être pas parvenu à intégrer le chemin professionnel et émotionnel actuel si j'étais resté en France". Amoureux de la créativité des villes, Thierry Noir s'inspire de réalités sociales pour peindre, représentant presque toujours de grands personnages colorés. Berlin, quant à elle, demeure sa véritable muse.

Anaïs Gontier et Diana D'Angelo (lepetitjournal.com/berlin) mercredi 26 février 2014

A relire d'autres portraits de francophones de Berlin : http://www.lepetitjournal.com/berlin/communaute/portraits-de-francophones

Savoir plus :

Galerie de Thierry Noir : http://www.galerie-noir.de/

lepetitjournal.com Berlin
Publié le 18 août 2014

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