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Rencontre : Marie-Pierre Bonniol, la Berlinoise qui fait rêver avec des films expérimentaux

Installée à Berlin depuis dix-sept ans, Marie-Pierre Bonniol programme des films expérimentaux avec et sans paroles pour les enfants, et pour tous ceux qui ont gardé un regard d'enfant. Né en plein confinement dans un appartement de Neukölln, son projet circule aujourd'hui de Boston à Barcelone, en passant par les cinémathèques allemandes.

Marie-Pierre Bonniol, la Berlinoise qui fait rêver avec des films expérimentauxMarie-Pierre Bonniol, la Berlinoise qui fait rêver avec des films expérimentaux
© Diva Stieffenhofer
Écrit par Emma Granier
Publié le 7 octobre 2026

Tout a commencé pendant le confinement

Après quelques années à Londres, Marie-Pierre pose ses valises à Berlin, où elle trouve « plus d'espace pour fonder une famille ». Elle travaille alors dans la programmation musicale. Puis arrive le printemps 2020 : les concerts sont annulés les uns après les autres, et la voilà confinée avec des enfants encore petits.

À Neukölln, quartier où se croisent des dizaines de langues, elle voit les familles se heurter à la barrière linguistique. Son idée : un programme de courts films expérimentaux sans dialogues, que tout le monde peut comprendre, quelle que soit sa langue. Mis en ligne sur YouTube, il atteint 12 000 vues en trois semaines. Très vite, des musées la contactent pour lui en commander d'autres.

 

120 ans de cinéma, sans un mot

Forte de sa formation en arts plastiques, Marie-Pierre puise dans 120 ans d'histoire du cinéma. Son enfant de sept ans l'aide même à dénicher des essais numériques des années 1980. Ses règles sont simples : pas de violence, pas de cigarette, et surtout pas d'ennui pour les adultes. Chaque séance dure environ une heure, avec neuf ou dix courts métrages pour 30 à 35 minutes de projection.

Elle compose ses programmes comme une cassette de compilation : un film drôle, un film rythmé, un film poétique, et ainsi de suite, pour captiver les petits de 5 ans comme les ados et leurs parents. Au musée Tomi Ungerer de Strasbourg, partenaire depuis deux ans, de plus en plus de spectateurs viennent… sans enfants.

Ces films nourrissent l'imaginaire et donnent envie de créer, « sans coloniser l'esprit ». Ils ouvrent aussi des portes : Marie-Pierre oriente volontiers les jeunes vers d'autres rendez-vous, comme un festival de films expérimentaux à Paris. Et rien ne la réjouit plus qu'un groupe d'enfants qui, à la sortie, veut se lancer dans la fabrication de fanzines.

 

Du salon aux festivals du monde entier

Autre souvenir du confinement : un escape game improvisé à la maison, devenu un microfilm de deux minutes. Il a été projeté dans 40 festivals à travers le monde, et l'un de ses enfants, alors âgé de 9 ans, a pu l'accompagner jusqu'aux États-Unis pour présenter ce projet familial. Une belle leçon : transformer une contrainte en action.

Depuis, les partenariats se sont multipliés : le Museum of Science de Boston, le Goethe-Institut, l'Institut français, une invitation comme curatrice au CCCB de Barcelone, et deux ans de programmes mensuels au Volcan, scène nationale du Havre. En ce moment, un programme consacré aux livres tourne en Allemagne avec la Pirckheimer-Gesellschaft, société de bibliophiles qui fête ses 70 ans : au cinéma Wolf à Berlin le dimanche 10 octobre à 16h, à la cinémathèque de Karlsruhe ou encore à la Deutsche Nationalbibliothek.

Artiste autant que curatrice, elle cherche à transmettre « une énergie » autant qu'à présenter des programmes. Elle cite les classes ouvertes de Joseph Beuys à Düsseldorf en 1972 : préférer l'instantanéité et des formes modestes mais abouties à la lourdeur des grandes productions. Un message qui parle à une génération qui monte déjà ses vidéos sur CapCut pour TikTok ou Instagram. Et comme les films voyagent sous forme de fichiers numériques, pas de caisses d'œuvres à transporter : le projet est aussi léger pour la planète que pour la logistique.

 

Un pont entre la France et l'Allemagne

Marie-Pierre constate que la tradition du film plastique est moins présente en Allemagne qu'en France. Elle fait donc circuler les idées dans les deux sens. En France, elle a présenté la notion allemande de « Multiplikator », celui ou celle qui transmet et démultiplie. En Allemagne, au fil de plusieurs conférences, elle a fait découvrir la figure de « l'amateur » chère au philosophe Bernard Stiegler : cet amour profond pour une discipline qui rend chacun singulier.

 

Où voir ses programmes ?

Le programme consacré aux livres compte désormais six dates, dont une toute nouvelle à Hambourg. 

03.10.2026  Karlsruhe – Fabuleux Festival / Kinemathek Karslruhe

11.10.2026  Berlin – Wolf Kino

31.10 2026  Nürnberg – Filmhaus

01.11.2026  Augsburg – Lab.30 Festival

21.11.2026  Leipzig – Französische Filmtage / Deutsche Nationalbibliothek

31.01.2027  Hamburg – Museum für Kunst und Gewerbe Hamburg

Plus d’informations sur ses programmes de films

 

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