

Le 25 mai 2014, les Français d'Allemagne sont invités à se rendre aux urnes pour élire leurs conseillers consulaires. Quatre listes sont candidates dans la circonscription de Berlin et Hambourg. Lepetitjournal.com/Berlin est allé à la rencontre des candidats en tête de liste et de leurs colistiers pour certaines. Lors de cette quatrième et dernière interview, nous nous sommes entretenus avec François-Jérôme Lallemand, tête de la liste Front de Gauche "L'humain d'abord".
Lepetitjournal.com/Berlin - Pourquoi avoir choisi "L'humain d'abord" comme nom de liste ?
François-Jérôme Lallemand - C'est tout simplement le nom du programme du Front de Gauche. Nous sommes une liste qui s'oppose aux politiques d'austérité, c'est à dire à la réduction des dépenses dans tous les domaines. Le thème de l'Humain d'abord fait référence à notre priorité accordée aux politiques sociales et écologiques avant celles économiques. Ces trois politiques sont mêlées, il n'y en a pas une qui fonctionne sans l'autre et qui peut être gérée à part, comme c'est la cas de la politique actuelle.
Est-ce sur ce point que vous vous démarquez des autres listes ?
Ce qui nous différencie des autres listes, c'est notre position politique. Ces élections consulaires sont présentées, de manière générale, comme apolitiques. Les autres listes mettent en avant la dépolitisation de ces élections en mettant l'accent sur la proximité et le local, hors nous, nous ne sommes pas d'accord avec ce discours. Si on affiche ou véhicule les idées d'un parti politique, il faut l'assumer. C'est ce que je reproche à la liste de Monsieur Tessier sur laquelle le Modem n'apparaît nulle part et ne se présente pas dans les réunions comme appartenant à un parti politique. Mais le conseiller consulaire va élire des conseillers AFE, des sénateurs et cela engendre des résultats concrets sur le plan législatif, au travers de ce mandat. En donnant sa voix pour un conseiller consulaire, on donne sa voix pour un collège électoral qui va élire les sénateurs. En conséquence, nous nous posons en tant que représentants du Front de Gauche et comme la seule liste s'opposant aux politiques d'austérité tant au niveau consultatif que dans le choix de nos votes pour les conseillers AFE et les sénateurs qui iront dans le même sens que notre programme. L'action politique actuelle du PS représente, selon nous, un désengament de l'état qui se répercute sur les services d'aides sociales et consulaires de plus en plus réduits. Et si on regarde la liste Modem qui avance cachée et le blog de la liste Ludovic Tessier, on se rend compte qu'ils étaient pour la vente de la Maison de France de Berlin. Et quant à l'UMP, ils proposaient 100 milliards d'économie. Et nous, nous y opposons.
Le Front de Gauche est présent depuis peu sur Berlin-Hambourg et il y a très peu d'information sur votre site, où peut-on se renseigner sur votre comité ?
Pour le moment, il y a une page Facebook et un site Front de Gauche Berlin, qui est actualisé au fur et à mesure. La représentation du Front de Gauche à Berlin a commencé à se créer en septembre dernier. Nous nous sommes ensuite rencontrés pour monter une liste afin de la déposer avant la date butoire. Mais le comité du Front de Gauche Berlin n'existait pas avant. Sur le site, vous trouverez la liste pour les consulaires sur laquelle trois des premiers colistiers sont du Front de Gauche. Mais sur Berlin, nous existons et travaillons avec toutes les forces militantes de la gauche de Berlin, tels que Blockupy, ATTAC ou encore die Linke. Pour Hambourg, nous sommes en cours de création. Nous avons déjà organisé une assemblée citoyenne dans le cadre de ces élections ce que nous poursuivrons après les élections.
Pour le comité de Berlin, de combien de personnes parle-t-on ?
Sur Berlin, les premières personnes que j'ai rencontré sont Marie-B. Schimmel et Laurent Sirizzotti, respectivement 2e et 3e sur la liste. Ils sont membres du parti de gauche et ont créé comité berlinois en septembre, qui s'est depuis élargi à trois autres membres du parti de gauche plus un membre du parti communiste français.
Et concernant vos autres colistiers, comment s'est faite la sélection ?
Hormis les trois adhérents du parti de Gauche, les autres candidats sont tous des citoyens non encartés qui ont décidé de rejoindre la liste du Front de Gauche pour soutenir le Front de Gauche. Ils sont juste électeurs et militants de gauche. Si on prend l'exemple de Stéphane Richeux, il a été par le passé représentant en Allemagne du S.N.E.S., syndicat national de l'enseignement secondaire identifié à gauche et, est désormais le représentant à Hambourg ainsi que d'Arnaud Filloux, lui aussi fonctionnaire et actif dans ce même syndicat. Notre candidate numéro 10 est retraitée de l'éducation nationale et tient un blog actif chez Attack Hambourg. Les autres sont des sympathisants du Front de Gauche.
Quelle est votre position sur la réforme consulaire ?
Elle a été votée par le Front de Gauche. Nous pensons qu'elle était nécessaire mais qu'elle pose des problèmes sur le fond comme la forme. La côté positif concerne les élections des sénateurs. Avant la réforme, ils étaient parfois élus avec 12 voix et avec la réforme, 444 élus conseillers consulaires composeront, avec les délégués, le collège électoral qui élira ces sénateurs ce qui démocratise ces élections. Pour l'aspect négatif, ce qui nous dérange, ce sont les décrets relatifs à l'exercice de la fonction de conseiller consulaire, du conseil consulaire, qui ont été votés deux semaines avant le dépôt des listes, c'est à dire il y a un mois et demi. Avant cela, nous ne savions pas ce qu'était exactement le statut de conseiller consulaire. On nous vend ce rôle comme une politique de proximité, comme un élu qui va pouvoir aider les Français de l'étranger, comme un emploi à temps. A cela nous répondons : on verra ! Serge Lavroff lui-même, consul général de Hambourg, que nous avons rencontré lors d'une réunion sur les élections organisée à l'Institut Français, nous dit que la fonction va se définir de manière empirique et que deux réunions par an seront organisées à l'ambassade, sans que l'on sache comment. En terme de pouvoirs, on ne sait pas non plus qu'est-ce-qui est entendu. Cela participe encore à la politique d'austérité et, en lieu et place d'un emploi de fonctionnaires qui viendraient pallier les manquements des services consulaires, on fait reposer la politique de proximité sur le bon vouloir bénévole des citoyens tels que mes colistiers et moi, ainsi que les candidats des autres listes. Il y a une forme de mensonge derrière ce discours. Il faut également rappeler que ce n'est pas un conseiller consulaire qui va mener cette politique mais un réseau. Si on prend l'exemple du PS, qui sont relativement bien implantés dans le tissu social de la 1ere circonscription d'Allemagne, si on vote pour un des candidats de cette liste, il y a l'appui du réseau derrière et de même manière, lorsque l'on vote pour moi ou un de mes colistiers, on vote pour notre réseau. Lors d'assemblées citoyennes organisées par le Front de Gauche, par exemple, il m'est tout à fait possible d'y participer en tant que conseiller consulaire. Il y a donc une véritable représentation politique et un appui sur un réseau politique dans l'exercice de cette fonction.
Le Front de Gauche a-t-il une présence sur l'ensemble de la circonscription ?
Nous sommes présents sur Hambourg et Berlin, contrairement aux autres listes qui ont « la chance » de couvrir beaucoup plus de villes de cette circonscription. Nous souhaitons souligner par contre que nous sommes récents sur l'échiquier politique local de cette zone géographique et que je suis la seule tête de liste vivant et présent à Hambourg. Toutes les autres sont à Berlin.
Comment comptez-vous représenter les Français en dehors de ces deux grandes villes ?
L'UMP s'est particulièrement lâché dans l'offre, c'est noël à tous les étages bien que d'un autre côté, ils en retirent en appuyant une réduction drastique des dépenses. Nous, nous sommes également basés plus ou moins sur les mêmes points que les autres programmes c'est-à-dire que nous avons regardé les décrets alloués et nous nous sommes appuyés sur ceux-ci pour dire que tous les devoirs proposés, nous les respecterons et les appliquerons. En revanche, nous n'allons pas promettre aux Français de la circonscription des choses que l'on ne peut faire. Je prends l'exemple des passeports pour une personne n'habitant pas Berlin, la seule chose que je peux faire, c'est remonter ce problème et influencer les décisions prises par nos institutions et ce, sur tous les sujets. Chaque élément sur lequel on pourra jouer un rôle, nous le ferons en appliquant la ligne politique du Front de Gauche, à l'encontre de l'austérité. Notre approche, contrairement aux autres programmes, sera pragmatique et créative. Nous exercerons notre rôle d'influence pour améliorer les services consulaires, notamment en multipliant les tournées consulaires qui, sur Hambourg, ne sont que toutes les six semaines et sur des créneaux horaires lors desquels tout le monde travaille. On ne peut rien promettre car nous avons qu'un pouvoir décisionnel mais on va se battre pour cela.

Quels moyens d'action avez-vous pour tenter de changer ces dysfonctionnements ?
Il faudrait le demander aux autorités compétentes, comme à l'Ambassade car, je le répète, les administrations locales nous ont clairement dit que le statut du conseil consulaire s'établira sur le temps, de manière empirique. Nous utiliserons tout ce qui nous est alloué pour l'exercice de la fonction de conseiller consulaire et concernant la politique de proximité, nous l'appliquerons au travers des assemblées citoyennes. Nous devons dans tous les cas travailler ensemble, que ce soit avec Monsieur Loiseau ou Monsieur Le Gleut, même s'il fait partie d'une liste opposée, je n'aurai aucun problème avec cela.
Comment avez-vous élaboré votre programme ?
Nous nous sommes basés sur les décrets que l'on nous a proposés. Nous avons, par exemple, un droit consultatif sur la vie culturelle francophone et nous allons faire tout ce que l'on peut afin d'améliorer l'offre culturelle. Nous allons tenté de faire un travail pédagogique avec les institutions locales pour qu'il y ait une existence culturelle moderne et diversifiée qui irait à l'encontre du mouvement réactionnaire que l'on connaît actuellement en France et en Europe. Et toutes les autres propositions reposent sur ces décrets et ce même raisonnement.
Qu'entendez-vous par « s'engager pour la transition énergétique » à un niveau local ?
Nous sommes éco-socialistes. Nous proposons que les administrations françaises présentes dans la 1ere circonscription d'Allemagne se modernisent en utilisant uniquement du papier recyclable, et souhaitons les encourager à s'inscrire sur des portails internet qui travaillent dans un objectif écologique comme Posteo, que le Front de Gauche de Berlin utilise. Le principe est de ce site est d'apporter une contribution mensuelle qui est ensuite réinvestie dans le développement des énergies vertes.
Certaines de vos propositions s'inscrivent dans un cadre plus national, européen que local, telles que la parité homme/femme, la lutte contre les inégalités, comment s'appliquent-elles une échelle locale ?
De manière générale, notre avis consultatif ira dans le sens d'une meilleure distribution possible pour les places dans les écoles, par exemple. Pour les droits LGTB, cela fait partie d'un tout et du mouvement du Front de Gauche ; l'humain d'abord. Dans la mesure où nous disons que toutes les politiques austéritaires, consistant à faire croire qu'il n'y a plus d'argent et qu'il faut faire avec, découlent des forces réactionnaires montantes en Europe. Au niveau des consulaires, les conseillers votent, comme je le disais, pour les conseillers AFE, les sénateurs qui influent sur le cadre législatif et ainsi sur la vie des Français de l'étranger. De ce fait, ces élections sortent du cadre uniquement local et il apparaît logique de ramener le débat national et européen sur les élections consulaires. De plus, au niveau local sur la 1ere circonscription et notamment à Hambourg, il y a des forces réactionnaires françaises, comme par exemple l'organisation d'une manifestation pour tous, qui, à nos yeux, menacent les droits pour l'égalité pour tous et on souhaite agir concrètement contre ces forces.
Comment comptez-vous mettre en place une démocratie plus participative ?
Tout le monde compte le faire plus ou moins mais nous, nous insistons la dessus car nous allons continuer à organiser des assemblées citoyennes même après les élections. Nous n'étions pas là avant mais nous sommes désormais présents à Berlin et Hambourg et nous comptons rester. La démocratie participative signifie que l'on va intégrer les citoyens au débat. Nous allons tout d'abord les informer sur notre travail, sur le développement des questions abordées et, ensuite, faire un travail de terrain en rencontrant les Français de l'étranger de la circonscription afin de leur demander leur avis. Si les personnes veulent participer aux réunions, au travail du conseiller consulaire, ils en auront l'opportunité et nous nous ferons leur porte parole. Sur Berlin, nous comptons mettre en place des assemblées citoyennes régulières, au moins une fois par moi et sur Hambourg, une tous les trois mois pour commencer. Dans les autres villes, nous ne savons pas encore exactement mais nous allons assurer une présence sur la circonscription grâce aux indemnités de déplacement. Toutes les réunions sont et seront communiquées sur le site.
Vous parlez de disparition des services consulaires, hors le site de l'ambassade indique des tournées consulaires, qu'entendez-vous par cela exactement ?
Il n'y a plus d'antenne consulaire à Hambourg. Il y a un institut consulaire que personne ne connaît. Il y a un Consul général, Monsieur Lavroff, qui n'a plus réellement les moyens d'agir à un niveau consulaire mais est également à la tête de l'institut français. Je vous parle quand même de Hambourg, même si la communauté française n'est pas aussi grande qu'à Berlin, hors tout est centralisé dans la capitale allemande. Il reste à Hambourg un service consulaire concernant une minorité de personnes. C'est dans tous les cas un mouvement politique général de réductions des services consulaires dans le monde.
Dans ce cas, à quoi sert le Consul général de Hambourg ?
C'est une très bonne question...à ce service dont je vous parlais précédemment et à la présence de l'Institut français.
Propos recueillis par Anaïs Gontier (lepetitjournal.com/Berlin) jeudi 15 mai 2014
Savoir plus :
http://fdgberlin.wordpress.com/
A relire :
Les élections consulaires, mode d'emploi
















































