Édition internationale

THÉÂTRE – La Schaubühne reçoit la jeune garde des écoles européennes d'art dramatique

Écrit par Lepetitjournal Berlin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 23 avril 2015

Ophélie Trichard et Hector Manuel sont étudiants en art dramatique au Théâtre National de Bretagne. Ils font partie des apprentis comédiens invités à participer via des workshops au Festival International New Drama (FIND), qui se déroule sur les planches du théâtre berlinois, la Schaubühne, du 17 au 26 avril. Pour le Petit Journal de Berlin, ils reviennent sur leur expérience et nous parlent du théâtre en Allemagne et à Berlin.

LPJ/Berlin - Comment cela se fait-il que vous participiez à ce festival ?
Hector Manuel - En fait, le FIND, le Festival Internationale Neue Dramatik, c'est le festival organisé tous les ans par la Schaubühne, qui est le plus grand théâtre de Berlin. Nous, en tant qu'élèves d'écoles de différents pays d'Europe et d'ailleurs, nous participons au FIND+. Ça regroupe des élèves de deux écoles en France ? de Rennes et de Paris ? de Liège en Belgique, de Modène en Italie, l'école de Göteborg en Suède, deux écoles berlinoises ? l'UDK et Ernst Busch, et l'école de Tunis. On assiste à tous les spectacles et on fait des workshops, tous ensemble, avec des pédagogues internationaux et des professionnels.

LPJ/Berlin - En quoi ces workshops consistent-ils ?
Ophélie Trichard - C'est un atelier, assez court. Le contenu dépend des intervenants. Par exemple le premier que l'on a fait était avec Gra?yna Dyl?g, qui a beaucoup travaillé sur l'action physique, ce qui te meut intérieurement. C'est l'idée de passer par le corps en premier pour s'exprimer, sans rien analyser, en suivant une impulsion.

HM - Aujourd'hui on en a fait un sur la scénographie avec Jan Pappelbaum, le scénographe principal de Thomas Ostermeier, qui dirige la Schaubühne. Il nous a présenté son travail et l'histoire de ce théâtre. Ensuite on a fait une mise en pratique, il nous a passé une commande et il fallait dessiner une scénographie de bateau. Et demain on va travailler avec Annick Bergeron, qui nous a demandé d'apporter une photo de notre enfance et notre chanson préférée. Ça va être un travail autour de la biographie, comment on crée un personnage à partir de sa propre biographie et d'autres éléments extérieurs qui nous seront donnés.

 Hector et Ophélie

LPJ/Berlin - Comment fait-on du théâtre quand on ne parle pas la même langue ?
HM - En anglais.
OT - Ou sinon on ne parle pas. Le premier jour l'exercice était tout bête, on devait se rencontrer sur scène. Ça ne demande pas de mot. À un autre moment, je me suis retrouvé avec un Tunisien, un Italien et une Allemande, le Tunisien parlait français mais pas anglais, les autres parlaient anglais mais pas français, donc je faisais la traduction, et on s'est débrouillé.

LPJ/Berllin - Berlin, c'est une place centrale pour le théâtre ?
HM - Oui. Vraiment. En Europe, la culture n'a plus d'argent excepté dans deux pays quasiment, la France et l'Allemagne. En France, on a l'exception culturelle, qui est censée réserver 1% du budget à la culture, ce qui est bien loin d'être le cas, mais c'est au moins quelque chose de sanctuarisé. La culture reste vivante en France, on le sait, le cinéma français se porte très bien, le théâtre quand même plutôt bien, malgré beaucoup de coupes budgétaires. Dans chaque ville, il y a un grand théâtre avec sa troupe permanente. Le théâtre est culturellement très important en Allemagne, elle a d'ailleurs été, à maintes reprises, une nation précurseur de grands mouvements théâtraux qui ont révolutionné la façon de faire du théâtre avec Brecht, le post-dramatique? En Europe et particulièrement en France, le théâtre allemand est un modèle. Et de fait, à Berlin, il y a trois grands théâtres avec des metteurs en scène reconnus partout dans le monde. La Schaubühne, le Volksbühne et le Berliner Ensemble.

LPJ/Berlin - Y-a-t-il plus de moyens en Allemagne pour le théâtre ?
OT - C'est dur à dire. Cela dépend des pays mais nous avons pu constater, lorsqu'ils ils nous ont montré des scénographies, qu'il y avait un financement important. D'ailleurs, un Italien a fait remarquer que dans son pays, on pense d'abord au budget. En France aussi on budgétise une scénographie avant de la planifier. Ça montre qu'ils sont plus sereins de ce côté là.
HM.- Et ils nous invitent ici. Ils offrent l'hôtel, les spectacles, les transports, un repas par jour à 80 élèves. Bien sûr les écoles invitées participent, mais pas tant que ça.

LPJ -Mais peut-on également parler de perte de vitesse côté allemand ?
HM - Oui bien sûr elle existe. Une perte de vitesse, comme en France, mais plus ténue, parce que ce n'est pas du tout le même système. C'est comme s'il y avait autant de Comédie-Française qu'il y a de Länder, donc ils bénéficient de ressources beaucoup plus importantes malgré la perte de vitesse. Il n'y a quasiment que des permanents en Allemagne, avec quelques intermittents.

LPJ ? Avez-vous entendu parler du changement de direction de la Volksbühne ?
HM - Oui, j'ai entendu dire que le directeur de la Tate Modern de Londres devrait prendre la direction de la Volksbühne. Je pense que c'est un danger qui nous guette car les artistes sont de plus en plus remplacés par des technocrates. Là en l'occurrence c'est pas un technocrate, mais il vient des arts plastiques, et les arts plastiques, malheureusement, c'est un milieu très très capitalisé, très soumis aux lois du marché. Et c'est malgré tout quelque chose dont le théâtre est encore un peu préservé. En France, en tout cas, j'ai le sentiment qu'à plein de niveaux on est préservés de la loi du marché, ça reste de l'humain. Il y a évidemment beaucoup de réseaux et de copinage, mais il y a aussi des vrais compagnonnages, des loyautés.

LPJ - L'arrivée de Chris Dercon permettrait de faire entrer d'autres arts dans le monde théâtral... Cela est plutôt une bonne chose, non ?
OT - En fait, c'est déjà le cas. Dans le spectacle dont on sort il y a de la vidéo, du son, il y a beaucoup de choses qui se mélangent. Le théâtre pioche déjà un peu partout. De quels outils se sert le théâtre ? Le peintre a les siens, le danseur aussi, ils ont des outils nommés. Le théâtre les leur emprunte. D'ailleurs c'est pour ça que notre métier est considéré comme un jeu par la plupart des gens, parce qu'ils ne se rendent pas compte de la technicité et du travail que ça demande.
HM - Et les arts plastiques pompent aussi beaucoup le théâtre !

Propos recueillis par Clément Louis Kolopp  (www.lepetitjournal.com/Berlin) vendredi 24 avril 2015

Savoir plus :

Le programme du FIND 2015 :
https://www.schaubuehne.de/en/produktionen/find-2015.html

L'école du Théâtre National de Bretagne :
http://www.t-n-b.fr/fr/ecole_tnb/index.php

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Publié le 23 avril 2015, mis à jour le 23 avril 2015
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