Édition internationale

Organon, le corps qui nous connecte au monde

Chaussee 36 présente la première exposition solo de Jaqueline Louan. Une trentaine de photographies place les corps nus au centre d’une réflexion sur la connexion : à soi, à l’autre et au monde qui nous entoure. Une exposition qui célèbre la force et la beauté féminines, loin des clichés et du male gaze.

Photo de Jaqueline Louan représentant des femmes nues sur un tronc d'arbrePhoto de Jaqueline Louan représentant des femmes nues sur un tronc d'arbre
SPIRITUS © Jaqueline Louan
Écrit par Sandrine Ibanez
Publié le 9 septembre 2026

L’essence des corps, l’essence des Femmes

En jetant un premier coup d’œil rapide et distant à l’exposition, on se demande presque si le monde de la photographie n’avait pas assez de corps de femmes dénudés. Mais quand on s’approche, on réalise immédiatement que ce que l’on regarde, ce ne sont pas des corps nus.

Déjà, l’accrochage surprend. Les photos ressemblent davantage à des tableaux, avec leurs cadres en bois doré vintage, travaillés, chacun différent. Jaqueline, que l’on ne pensait pas croiser mais qui est là, nous raconte qu’un encadreur professionnel a réalisé des cadres spécialement pour elle, puis qu’elle s’est amusée à choisir celui qui irait le mieux à chaque photo. Un peu comme un écrin pour un bijou unique.

Pas d’érotisme, pas de perfection glacée, pas de mise en scène outrancière. Les photos semblent un peu irréelles, oniriques, comme si on assistait à quelque chose de spécial, organique et puissant. On pourrait les croire très retouchées, mais non : c’est juste le bon regard avec la bonne lumière.

Ce sont des moments de communion. Queendom, Womb, Spiritus… les photos expriment toute la force féminine et parlent de contact, de connexion. La plupart sont prises en extérieur, dans la nature, et les corps font partie d’un tout : reliés entre eux, au monde qui les entoure, et à quelque chose d’encore plus grand. Un lien à la fois visible et invisible.
 

Femme nue flottant au milieu des rochers
Womb © Jaqueline Louan

 

Une approche personnelle de la photographie

Jaqueline Louan a grandi dans un petit village allemand, tout près de la frontière française. Elle vient à Berlin, où vit sa sœur, pour étudier la scénographie de théâtre, avant de se rendre compte que ce n'est pas pour elle. Alors elle s'achète un appareil photo.

Elle nous montre la plus ancienne photo de la série. Des femmes allongées sur le sol, en cercle, connectées les unes aux autres. C’était pendant un festival. Des femmes se baignaient nues, libres, elle a trouvé ça magnifique et leur a demandé si elles accepteraient de poser. Elle s’attendait à deux ou trois réponses positives. Il y en a finalement eu tellement qu’elle a presque manqué de formulaires d’autorisation de droit à l’image.

Jaqueline qualifie son style d’un peu sombre et avoue qu’elle pense être incapable de faire de la photographie commerciale ou de travailler sur commande. Autodidacte, elle a développé son propre œil, sa propre patte. Ses assistants lui demandent parfois ce qu’elle est exactement en train de faire, raconte-t-elle en riant.

Dans les photographies de Organon, les femmes ne sont pas des mannequins. Ce sont des personnes de tous âges et de toutes morphologies, qu’elle rencontre dans son réseau ou via Instagram. Jaqueline n’a d’ailleurs jamais vraiment de mal à trouver des femmes qui acceptent de poser. L’une des photographies a même été réalisée pour son anniversaire : chaque année, elle réunit ses amis pour une photo. Un joli cadeau.
 

Portrait de la photograph Jaqueline Louan
© Jaqueline Louan


 

La nudité, la version la plus authentique de soi

L’amour et l’acceptation de son propre corps sont au cœur de sa démarche, avec l’envie de permettre à d’autres femmes de se reconnecter au leur.

Même le déshabillage est ritualisé : une invitation à se débarrasser des couches inutiles, au sens propre comme au figuré. C’est nue, explique-t-elle, qu’on est le plus soi-même. Les vêtements changent la façon dont on se perçoit, mais aussi celle dont les autres nous perçoivent.

La nudité devient alors un espace d’acceptation. La sororité, la communauté et le rapport à soi sont au cœur de son travail. Elle veut que les femmes aiment leur corps, dans sa diversité, et puissent regarder celui des autres sans jugement. Loin des clichés et du male gaze, ses photographies ne cherchent pas à transformer les corps en objets. Elles les rapprochent, les mêlent et les mettent en relation.

Son prochain terrain d’exploration, ce sont les tresses. Elle s’intéresse notamment à la symbolique des tresses, perçues dans certaines cultures comme des extensions du corps et des « antennes » reliées à l’environnement et à l’intuition. On reste dans cette même recherche du lien.
 

➔ ORGANON, exposition pop-up jusqu’au 12 septembre 2026 à Chaussee 36, Chausseestraße 36, 10115 Berlin
➔ Pour suivre l’actualité de Jaqueline Louan, direction son compte Instagram ou son site.

 

Affiche exposition Organon
© Jaqueline Louan



Pour recevoir gratuitement notre newsletter du lundi au vendredi, inscrivez-vous !
Pour nous suivre : FacebookTwitter, LinkedIn et Instagram.

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Sujets du moment

Flash infos