À Neukölln, en passant devant un lieu tout juste ouvert, on repère de la tielle au menu. Pas très courant à Berlin. On pousse la porte, et on fait la connaissance de Lorraine et Justyne, deux Françaises qui ont troqué l'ingénierie et le corporate contre la restauration et l’accueil. De leurs premières impressions de la ville à l'ouverture de Timbale, elles nous dévoilent les coulisses de leur aventure berlinoise.


Deux trajectoires similaires
Elles auraient pu se rencontrer ailleurs. Lorraine vient de Toulouse. Justyne de la campagne toulousaine, dans le Tarn. Tout ça n’est pas très loin, mais c’est à plus de 1700 km, à Berlin, que leurs routes vont se croiser.
Lorraine a fait une école d'ingénieur « parce que je savais pas trop quoi faire de ma vie ». Puis elle a enchaîné sa carrière sans trop se poser de questions. Elle le dit sans détour : elle n'a jamais été passionnée, et elle l'a su dès le départ.
Étrangement, c’est la période Covid qui va enclencher un changement. Un passage forcé à temps partiel lui donne du temps à la maison. Elle se dit qu'il faudrait en profiter pour faire quelque chose de ses mains : elle s'inscrit à un CAP boulangerie, parce que son compagnon de l’époque était un grand fan de pain. Elle suit la formation depuis sa cuisine, en photographiant ses fournées pour une communauté de profs et d'élèves qui se corrigent entre eux sur internet, et passe ensuite le CAP en candidat libre. Une fois son diplôme en poche, la question se pose : on en fait quoi maintenant ?
De retour au bureau, le monde “corporate” lui pèse de plus en plus. En tâche de fond, elle a cette envie de travailler avec ses mains, de faire quelque chose de plus social, de donner un peu de sens à ses journées. C’est là que l’idée commence à germer : un café-pâtisserie à Toulouse.
Justyne, quant à elle, a fait un master, et elle est partie explorer le monde tout de suite après : « Je suis allée en Nouvelle-Zélande, en Australie, au Japon, enfin un peu partout. ». Au retour, il faut du travail. Ce sera Berlin, où elle avait passé un week-end trois ans plus tôt, et où elle arrive le jour de la fête de la musique 2019, un travail déjà en poche.
Elle passe trois ans chez SumUp, une start-up connue pour ses équipes multi-culturelles. Justyne trouve sa place au milieu d'une équipe de jeunes fraîchement débarqués dans la capitale allemande, un contexte propice pour sortir, profiter de la ville et se constituer un cercle d’amis. Beaucoup sont encore dans sa vie aujourd'hui. Puis le Covid, et « un petit burn-out», des événements majeurs qui lui donnent envie de démissionner et faire autre chose.
Oui, mais quoi ? Elle creuse, et finit par trouver : elle aime faire des gâteaux, elle s'imagine bien tenir un café un jour, et qui dit café dit savoir faire des gâteaux pour les vendre. C’est parti pour un CAP pâtisserie. Elle commence en 2021, à distance, en le finançant par un autre emploi, et en fournissant les copains, les copains des copains et les collègues.
C'est là que les deux trajectoires se rejoignent. Avant même d'avoir déménagé, Lorraine avait repéré Justyne sur le groupe Facebook des Berlineuses : même virage, même CAP en préparation. Elle lui écrit. « Coucou, j'aimerais bien avoir des infos sur le CAP pâtisserie. »
À ce moment-là, aucune d’elles ne sait sur quoi cette prise de contact va déboucher.
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