

Le projet alternatif Holzmarkt, dont la construction a commencé sur la rive Nord de la Spree, entre Jannowitzbrücke et Ostbahnhof, a enfin ouvert ses portes. A terme, il vise l'aménagement de ce terrain en espace populaire, regroupant habitations, commerces et espace culturel, contrant ainsi l'éruption récurrente des tours de verres de la MediaSpree.
Le projet Holzmarkt, un espace communautaire
Ce projet est présenté comme l'héritage du mouvement anti-MediaSpree, c'est-à-dire contre la politique urbaine visant à vendre au plus offrant les terrains bordant le fleuve dans le quartier de Kreuzberg-Friedrichshain pour renflouer les caisses de la ville et créer ainsi un centre d'affaires pour les médias et la communication. A l'initiative des exploitants de l'ancien Bar 25 et plus récemment du club Kater Holzig, deux célèbres lieux des nuits berlinoises établis sur ces fameuses berges puis fermés suite à la ré-acquisition des terrains par leurs propriétaires, le projet Holzmarkt revêt cette fois une ambition plus grande et durable. Au lieu de s'auto-approprier un espace voué aux longues soirées électro de plein-air, ses organisateurs souhaitent cette fois s'établir légalement dans un espace beaucoup plus grand, ayant pour vocation de créer un zone citoyenne et collective. En effet, conçu comme « une ville dans la ville », le projet Holzmakrt propose la construction d'un espace de loisirs et de détente, à l'instar des clubs précédents, mais également d'habitations, d'un parc et de commerces, recréant ainsi une vie communautaire. Il accueillera par exemple et entre autres, un jardin d'enfants. Inspiré par les mouvements alternatifs culturels berlinois, on pourra également voir la création d'un théâtre, d'ateliers d'artistes, de studios, lui conférant ainsi ce surnom de « village d'artistes ». Le but est alors de recréer un quotidien populaire le long de la Holzmarktstrasse, accessible à tout à chacun, proposant des activités culturelles et artistiques diverses, à l'opposé des immeubles de bureau impersonnels environnants.
Un projet légal et viable
Ce projet a été rendu possible par un système commun de loyer. L'emplacement de 18 000 m² où se situait le Bar 25 a en effet été acquis récemment par la Fondation Abendrot, une caisse de pension suisse, pour plus de 10 millions d'euros versés à la commune. Elle voit dans cette acquisition "un bon investissement à long terme" car le "le terrain est de très grande qualité", signale son dirigeant Hans Ulrich Stauffer. Elle ne souhaite cependant pas, pour le moment, investir dans l'aménagement et la construction de cet espace. Saisissant l'occasion, Juval Dieziger, Christoph Klenzendorf, co-fondateurs du Kater Holzig et du Bar 25 y voient l'opportunité de mener à bien leur dessein. Ils décident alors de réunir autour d'eux une centaine d'investisseurs en coopérative, permettant ainsi d'obtenir suffisamment de fonds pour prétendre à la location du terrain à la Fondation suisse puis à son développement. L'accord entre le propriétaire et les investisseurs établit, un bail d'une durée de 75 ans renouvelable a été signé. La coopérative Holzmarkt voit alors le jour. La part de chacun s'élève à 25 000 euros, permettant ainsi de réunir plus de 2,5 millions d'euros pour démarrer le chantier, qui prévoit de s'étaler sur 10 ans. Les mots d'ordre de cette association sont le financement collectif et le refus de la spéculation immobilière. Chaque membre possède le même poids en tant que votant quelque soit sa participation financière, et l'assurance d'un placement sûr est confirmé par le fait que la coopérative prend uniquement en charge la construction des bâtiments, qui seront ensuite à leur tour loués aux occupants investissant les lieux.

L'avenir du Holzmarkt
Articulé entre les propriétaires, les investisseurs, les acteurs et, possédant le soutien politique de l'arrondissement, le projet Holzmarkt croit en son avenir et compte sur "la confiance, la mise en commun et la bonne volonté de chacun". Le but, clament-ils, n'est pas de faire du profit mais de partager et de créer un espace collectif accessible à tous et où chacun peut y amener sa part de collectivité.
Cependant, ce chantier, immense, entouré de ces hauts murs, pose question. La coopérative citoyenne garante de ce projet repose en effet sur un système financier tout à fait similaire à ceux environnants, rien ne garantit vraiment que la spéculation immobilière n'influencera pas son évolution. De plus, ce quartier communautaire à fonds d'investissements privés n'est pas un espace public, sa vocation collective étant à la merci des décisions des investisseurs. L'espace citoyen privé pourra-t-il réellement être ouvert à tous ? Enfin, cet espace supposé alternatif fait finalement le jeu des politiques urbaines souhaitées par la ville de Berlin. N'oublions pas que les exploitants de ces bars et clubs et fondateurs du projet Holzmarkt, attirant de nombreux touristes et générant un maximum de profits, ont jusqu'alors créé des lieux convenant aux clubbeurs de la jeune génération européenne, soit un certain type de population amenant de l'argent à la commune, générant au sein des habitants un rejet de plus en plus important, comme le démontre cette lettre ouverte publiée dans le Berliner Zeitung cette semaine, critiquant l'attitude de ces voyageurs de passage envers la communauté.
Ce projet, rappelant finalement le sort de l'ancien aéroport de Tempelhof décidé en mai dernier par référendum, invite à réfléchir sur la gestion des espaces publics et encore libres de Berlin.
Chloé Thirion (lepetitjournal.com/Berlin) vendredi 25 juillet 2014
Savoir plus :
Le site de la coopérative




















































